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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 11:55
par Matt Grant, traduit en français par Noëlle Colle, article à la Une paru dans le bulletin de la Correspondance unitarienne de mars 2010.

“The Ongoing Search for Renewed Hope” / En chemin vers une nouvelle raison d’espérer ; The American Unitarian , Quarterly Journal of the American Unitarian Conference (AUC), volume 4, n° 4, décembre 2005 (lien)

Lors de mon adolescence et le début de mes vingt premières années, je me suis posé des questions à propos de chaque dogme, de la tradition chrétienne en commençant par la Trinité. Je me suis rendu compte que, rationnellement, je ne pouvais accepter la conception trinitaire de Dieu, pas plus que les théories du Rachat, du Péché originel, de la Naissance virginale, de la Résurrection physique ou de la Damnation éternelle. D'après les standards de la plupart des Eglises organisées et mouvements chrétiens, je savais que je ne pouvais plus être considéré comme chrétien. Cependant j'ai toujours considéré qu'un chrétien était celui (celle) qui étudie et suit les enseignements de Jésus. Et, bien que sachant que mon hérésie me fermerait les portes de toutes les Eglises, j'ai toujours senti dans mon cœur que j'étais chrétien et cela n'a pas changé.

Après avoir rejeté la doctrine traditionnelle de l'Eglise, j'ai d'abord cherché à la remplacer par d'autres religions telles que le soufisme, le taoïsme, le sikhisme, la Réforme [protestante], le judaïsme et le bouddhisme. J'ai apprécié la beauté de ces religions et de la culture qui les entouraient, mais j'ai toujours senti l'appel du christianisme (bien que les questions de doctrine soient restées un obstacle).

Après avoir cherché un chemin de retour vers le christianisme, j'ai failli renoncer.

D'abord j’ai décidé que j'avais simplement besoin de fréquenter plus souvent l'Eglise et de me "re-conditionner" en un croyant. Mais plus j'essayais, plus je sentais spirituellement et rationnellement que ce n'était pas le bon moyen. Le besoin de croire ne se satisfaisait pas en effet en assistant simplement à des cérémonies dans de luxueuses églises, pour y réciter le Credo et chanter des chants qui parlaient d'aider les pauvres ; c'était simplement « sauter à travers un cerceau pour atteindre un ciel imaginaire ».

Je m’apprêtai donc à me résigner à être un athée ou du moins un agnostique. Mais je ressentais dans cette position un vide intellectuel et éthique ; il y manquait en particulier l'espoir que donne la foi. Avancer simplement à travers les événements de la vie comme semble le proposer l'athéisme manquait d'espérance.

Je suppose que ce qui m'a toujours frappé au sujet du besoin de croire c'est finalement qu'il doit être centré sur l'espoir de quelque chose de grand, sur la pensée que nous les humains ne sommes pas de simples machines biologiques, que nous avons à tenir compte des actions de notre vie, que l'Humanité n’est qu’une partie d'un plan plus large et que le but est d'arriver tous ensemble comme un tout à ce grand but plutôt que de nous centrer sur nos besoins immédiats. Malheureusement la plupart des religions du monde sont plus préoccupées par la définition de ce qu'est ce grand but (souvent c'est un moyen d'affirmer leur pouvoir) plutôt que d'apporter ce message fondamental d'espoir dont l'Humanité à tant besoin.

Cork-Unitarian-Church--l-eglise.jpgCork-Unitarian-Church.jpg

Par Internet, j'ai finalement trouvé des informations sur l'unitarisme - un courant de pensée, religieux, provenant de chrétiens dissidents qui rejetaient le dogme de la Trinité. Malheureusement, aujourd'hui, ce mouvement, qui semble composé surtout de membres qui passent par le classique processus de remise en cause du christianisme traditionnel, n'a pas gardé le même désir de rester au sein de l'Eglise chrétienne. Il semble tellement se complaire dans le processus de questionnement que cela est devenu maintenant le cœur du mouvement. Il en résulte que les unitariens anglais et américains sont maintenant un mouvement qui, s'il facilite l'exploration spirituelle par ailleurs nécessaire pour beaucoup de gens, n'apporte pas beaucoup plus. [ndrl : nous laissons à l’auteur la responsabilité de son appréciation]


Ayant visité leurs églises et lu leurs journaux, je me suis rendu compte que ce qu'ils semblaient proposer était à peine plus que le vide de l'athéisme ou de l'agnosticisme, plus préoccupés qu’ils étaient par définir pourquoi ils n'étaient pas chrétiens ou pourquoi ils étaient "plus que chrétiens seulement" [ ndlr - allusion à l'unitarisme-universalisme qui s'est élargi à l'interfaith ] - plutôt que de chercher un changement de vie, un message enthousiasmant d'espérance et un objectif.

En fin de compte j'ai découvert que certains unitariens gardaient une identité chrétienne centrée sur l'étude, apprenant et suivant les enseignements et exemples de Jésus avec un esprit ouvert s’étendant à l'environnement. Lors d'une visite à une église unitarienne à Leeds, le pasteur - alors que nous regardions à travers les bans en direction de l'autel- a renforcé mon impression d'avoir finalement trouvé la place où je pourrai nourrir une perspective spirituelle, en m'expliquant que ce qui importait n'était pas la place mais la passion de donner de l'espoir aux gens, qu'ils soient en train de mourir d'un cancer, de se trouver sans abris, de se battre contre la drogue ou toutes autres épreuves.

Ce n'était pas l'espérance dont parlait Karl Max - lorsqu'il disait que la religion était l'opium du peuple - mais plutôt un moyen d'aider les gens à faire face à leurs problèmes, les aider à voir plus loin que leurs difficultés actuelles, à penser positivement et essayer d'obtenir quelque chose de meilleur.

Ces deux ou trois dernières années, j'ai été plongé dans le christianisme unitarien d'une façon ou d'une autre. En général cela a été une période constructive et qui valait la peine, pendant laquelle j'ai commencé à retrouver une approche spirituelle de la vie. J'ai commencé à retrouver l'espérance dont chaque être humain à besoin.

Mais mon problème a toujours été le suivant. Pourquoi les chrétiens unitariens qui continuent à se situer à l'intérieur de la traditionnelle dénomination unitarienne, doivent-ils toujours se défendre et se justifier auprès des unitariens qui ne le sont pas ? C'est parce que ces derniers - souvent arrivés chez les unitariens avec une expérience très négatives des Eglises traditionnelles - voient le christianisme comme un système intolérant de dogmes archaïques. Cette situation conduit souvent à des débats répétitifs qui n'apportent rien, qui ne peuvent être considérés comme une saine discussion théologique, mais pourraient être traités plus exactement de "nitpicking" [ ndlt - c'est-à-dire en français "chercher les poux dans la tête de quelqu’un, couper les cheveux en quatre" ].

Ceci n'est pas uniquement la faute des non-chrétiens - bien que, selon mes connaissances, ils aient souvent été les instigateurs de tels débats - mais aussi des chrétiens unitariens (y compris moi-même). Nous, chrétiens unitariens, sommes trop souvent préoccupés par ce qui fit dans le passé le succès de l'unitarisme à savoir "le souci de préserver la tradition chrétienne". Trop souvent nous nous laissons entraîner à argumenter et à discuter simplement dans le cadre de l'unitarisme. Et trop souvent nous sommes loin de prendre en considération la valeur des autres traditions, les nouveaux courants et autres dénominations de chrétiens libéraux, préférant rester confortablement à l'intérieur de nos associations et congrégations essentiellement bourgeoises.

Mais au XXIème siècle cela ne va plus. Il y a eu un brassage de peuples qui se sont ouverts au changement technologique, économique, politique et social ; leurs systèmes spirituels et éthiques ont du mal à s'adapter à ce monde complètement différent ; certaines religions ont essayé de s'élever contre ce changement en se construisant un "bunker" idéologique. Une partie du christianisme et de l'islam ont adopté cette position. Ils sont incapables d'adapter leurs communautés paroissiales au monde nouveau ; alors ils s'en retirent, souvent même le combattent. D'un autre côté des petits groupes de croyants comme les unitariens ou les quakers, incapables eux aussi de concilier leurs croyances avec le monde moderne, rejettent celui-ci [ndlr : jugement hâtif ! nous ne voyons pas à quels groupes unitariens et quakers l’auteur fait ici allusion].

Le christianisme unitarien a la possibilité d'offrir une autre solution. Il est assez souple et ses croyances peuvent être réévaluées et, si nécessaire, changées à la lumière des nouvelles connaissances. De plus, comme il est basé sur un solide message d'espérance, il peut continuer à apporter aux gens le sentiment d'avoir un but et la vision de quelque chose de plus grand - d'abord fondé sur les exemples et enseignements de Jésus, mais aussi parce qu’il est ouvert à d'autres sources de sagesse, de compréhension et d'intuition.

La position actuelle du christianisme unitarien peut cependant poser problème. Les chrétiens unitariens sont trop souvent un mouvement pour la préservation plutôt que pour le progrès, en tant que groupe primitivement bourgeois dans sa recherche, en tant que communauté qui, souvent à l'origine, s'est organisée pour réagir contre l'unitarisme moderne; et en tant que collectivité internationale apparemment gelée par son religieux respect pour l'Eglise fondatrice de Transylvanie - plutôt que de se tourner dans son propre pays vers d'autres groupes qui pourraient offrir un bien meilleur moyen pour construire au XXIème siècle un mouvement basé sur la foi. [ ndlr : là aussi, nous témoignons que l’Eglise unitarienne de Transylvanie est une Eglise tout à fait « moderne » dans le sens où l’entend l’auteur lui-même ].

J'ai commencé à penser quitter ce chemin. Parce que j'étais continuellement entraîné dans le jeu du chat et de la souris avec les autres unitariens qui ont peur des chrétiens parmi eux et, jusqu'à un certain point, je trouvai une mentalité de petite chapelle à beaucoup de communautés européennes de chrétiens unitariens où il semble, quoiqu'il en soit, que le plus important soit d'être vu comme allant régulièrement à l'Eglise, participant aux commissions et payant son dû à l’Eglise mère de Transylvanie. [ ndlr : chaque Eglise unitarienne locale gère ses propres ressources financières et l’aide qui a été envoyée à l’Eglise de Transylvanie l’a été bénévolement pour l’aider à sortir de la période du communisme roumain où elle a beaucoup souffert ]

Travailler en groupe pour ceux qui en ont le plus besoin, faire l'aumône, se battre pour la Justice, etc., ne faisait pas partie de ce plan. Ce que le révérend Cliff Reed écrivait dans une récente édition de The Unitarian Christian Herald montre un point de vue différent et je pense que cela restera en moi jusqu'à la fin de ma vie. Il écrit :

" Ce jour là le Fils de Dieu passait par là en route vers le pub, mais personne ne le remarqua. Ils étaient tous sur le chemin de l'église pour une fois. Dans une des églises, ils mangèrent le Fils de Dieu- ou pensèrent qu'ils le faisaient. Dans une autre église, ils acclamèrent son nom avec force mais semblèrent plus intéressés à s'en prendre les uns aux autres. Dans une autre église, ils se demandèrent s'il y avait un fils de Dieu, où s'il y avait un Dieu. Le fils de Dieu les laissa à leurs affaires comme il a toujours fait. Mais au pub, il parla avec un ami brisé par la vie et lui rendit l'espoir "

C'est un passage très émouvant et je trouve qu'il montre bien le sens des enseignements et exemples de Jésus. Jésus n'était pas concerné par ce qui se passait dans des endroits qui se proclamaient eux-mêmes "Maison de Dieu" ; il était concerné par la maison de l'Humanité. Il a apporté l'espérance aux peuples en mettant sans cesse en avant et en vivant la compassion et la justice, en mettant constamment en lumière le principe fondamental de notre union les uns avec les autres et avec la Grande force qui nous a donné naissance et nous conduit à travers nos existences.

Ainsi donc, je continue ma recherche pour une nouvelle espérance - le voyage avait commencé lorsque j'ai compris que le système d'espérance que proposait mon Eglise locale était à peine plus qu'un système de doctrines et de contrôle - je sens grandir en moi le besoin de quitter les chrétiens unitariens. Si tout ce que nous faisons, nous chrétiens unitariens est de simplement conserver "la tradition", de construire des Maisons de Dieu en briques et en mortier, de rester gelés dans le souci du respect de nos pères fondateurs, de rester en constante position de défense à l'intérieur de notre famille, alors ma place ne s'y trouve peut-être pas.

Si nous, chrétiens unitariens, voulons contribuer aux luttes de l'Humanité du XXIème siècle, alors nous avons besoin d'entreprendre un sérieux processus de réévaluation. Nous avons besoin de nous "reconnecter" avec la totale nouvelle forme de pensée que l'on trouve dans le mouvement des chrétiens progressistes. Et alors, utilisant cette source et forme de pensée héritée du passé, sortir de notre petit confort et nous engager dans la société avec une force de compassion, de justice et d'union, cherchant peut-être l'inspiration en regardant vers d'autres groupes de chrétiens socialement actifs tels que l'Armée du salut.

[ ndlr. d’une façon assez générale les unitariens sont très engagés sur les questions environnementales, d’écologie, de lutte contre les discriminations sexuelles notamment contre l’homophobie, de tolérance religieuse, etc. Aux Etats-Unis, au XIXème siècle, des pasteurs unitariens ont été les tout premiers à lutter contre la pauvreté ouvrière des grandes villes (1), à militer pour l’abolition de l’esclavage (2), à promouvoir, avec les universalistes, le mouvement féministe, etc. ]

(1) par exemple avec Joseph Tuckerman à Boston 1826-1838 (lien)
(2) par exemple Théodore Parker (lien)


Construire de nouvelles églises, sauvegarder la gloire de vieilles églises, prêcher la grandeur des fondateurs, publier un journal sans but [sic !], faire une conférence ici et là, critiquer pour le simple plaisir de critiquer, cela ne va pas. Le XXIème siècle demande de nous beaucoup plus que cela.

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Published by Matt Grant - dans CU 2010 - articles
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