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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 16:37

André Gounelle est professeur de théologie émérite à la Faculté libre de théologie protestante de Montpellier et membre de l’Association Evangile et Liberté.

André Gounelle s’est intéressé dans les années 1990 à l’Eglise unitarienne de Transylvanie et à son fondateur, l’évêque Ferencz David, mais il ne s’est jamais dit unitarien et n’a pas été séduit par le style de ce dernier, meilleur orateur qu’écrivain, ni par la finesse de sa théologie (indépendamment du contenu). Son admiration va à Sébastien Castellion et non à Michel Servet.

Fidèle à la tradition protestante, il s’en tient aux textes du Nouveau Testament lesquels affirment les trois figures que sont le Père (le Dieu créateur, le Notre Père), le Fils (Jésus qui se disait « fils de l’homme » et plus rarement « fils de Dieu ») et l’Esprit. Figures ternaires bien loin (encore) du dogme trinitaire qui, lui, affirment que ces trois figures (tout en restant distinctes !) sont une seule et même personne, Dieu ; théologie que les grands conciles œcuméniques élaboreront à partir de celui de Nicée en 325 non sans rencontrer beaucoup de résistances … et de dissidences ! « En résumant et en simplifiant à l’extrême, ils déclarent que Dieu est une essence ou une substance unique en trois personnes ou instances distinctes. On ne peut ni séparer ni confondre le Père, le Fils et l’Esprit ; ils sont à la fois identiques et différents. » (2).
Pour lui, Jésus n’est pas Dieu. « À cette question, pour ma part, je réponds : « Non ». Je crois que Dieu se rend présent et agit en Jésus de Nazareth, qu’il me rencontre et me parle à travers lui, mais pas que Jésus soit Dieu. Si, pour moi, il y a du divin en Jésus, il n’est pas lui-même divin ; il est uniquement (mais exemplairement) humain.
L’autre et l’intime - On trouve dans le Nouveau Testament deux séries d’affirmations. La première suppose une étroite proximité et une union entre Dieu et Jésus, la seconde une distance et une différence. D’un côté, Jésus dit : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jn 10, 30), « qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14, 9), « le Père est en moi » (Jn 10, 38). De l’autre, il déclare : « Celui qui croit en moi croit non pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé » (Jn 12, 44), « le Père est plus grand que moi » (Jn 14, 28), « pourquoi m’appelles-tu bon ? Personne n’est bon, si ce n’est Dieu seul » (Mc 10, 18).
Jésus parle de Dieu comme d’un être distinct, qui se situe au-dessus de lui, qui l’a envoyé, lui a donné une mission, auquel il obéit (« que ta volonté soit faite, non la mienne », Lc 22, 44) et qu’il prie. Il met ainsi l’accent sur l’altérité et la supériorité de Dieu. Mais Thomas, en présence du Ressuscité, lui dit « mon seigneur et mon Dieu » (Jn 20, 28).
On pourrait sans peine multiplier les citations et il faudrait longuement discuter de la portée de chacune d’elles. Prises en leur ensemble, elles suggèrent une relation entre Dieu et Jésus qui conjoint une profonde intimité avec une altérité irréductible » (4).

Cependant, toujours fidèle au protestantisme protestant, il estime que les formules dogmatiques sont élaborées à une époque historique ; elles sont donc à réactualiser, mais n’en restent pas moins porteuses de sens.
« À la différence de beaucoup d’unitariens et de libéraux, je ne vois pas dans la doctrine trinitaire un tissu d’absurdités. Elle ne manque ni d’intérêt ni de valeur.
D’une part, pour faire comprendre ce qu’est ou qui est le Dieu chrétien, elle utilise les catégories de la pensée philosophique du monde hellénistique. Les Conciles ne disent pas la même chose que le néoplatonisme dominant à leur époque, mais ils se servent de son vocabulaire, de ses notions, de ses analyses. Cette tentative d’adaptation à la culture du monde ambiant me semble louable en son principe. Il y a là un exemple à imiter. Au lieu de répéter des formules qui appartiennent à un autre temps (comme celles des anciens conciles), nous devrions nous efforcer, nous aussi, de dire l’Évangile dans le langage de notre époque.
D’autre part, des intuitions justes s’expriment dans cette doctrine. Ainsi, pour le croyant, Dieu est puissance (je ne dis pas « toute-puissance » qui n’est pas un concept biblique), ce qui correspond à la première personne de la Trinité, symbolisée par la figure du Père, créateur et providence. Dieu est également sens, ce qui correspond à la deuxième personne de la Trinité, associée à la sagesse ou au Logos (qui veut dire parole raisonnée) et symbolisée par la figure du Fils. Et surtout Dieu est l’unité de la puissance et du sens ; il n’est pas une puissance dépourvue de sens ni un sens dépourvu de puissance, ce qui correspond à l’Esprit, dont on dit classiquement qu’il est l’union du Père et du Fils.
Comme l’écrit A. Schweitzer, pourtant plutôt critique à l’égard des doctrines classiques, « le dogme de la Trinité touche à des réalités profondes, auxquelles nous restons sensibles.
Ce que je refuse :
Si je discerne dans la doctrine trinitaire des intuitions et des visées que je crois justes, en revanche je trouve ses formulations peu convaincantes, parfois maladroites, et dangereuses. Je lui reproche d’avoir transformé une expérience de foi vécue en une spéculation ontologique alambiquée, vaine et incompréhensible pour le monde moderne.
  Cette doctrine propose une interprétation à mes yeux défectueuse, parmi d’autres également discutables (mais quand même moins), du témoignage du Nouveau Testament. Je ne crois pas que ce soit la meilleure possible, tout en admettant qu’on puisse en juger autrement et y tenir. Je fais mien ce qu’en écrivait un humaniste du XVIe siècle, Castellion, ancêtre du protestantisme libéral, qui n’estimait guère cette doctrine : « Si je pouvais [la] défendre, je le ferais. Mais je dois confesser franchement que je ne puis. Si quelqu’un le peut, je l’approuverai de le faire [...] Si certains possèdent un esprit assez aigu pour saisir ce que moi et ceux qui me ressemblent ne saisissons pas, tant mieux, je n’en suis pas jaloux. »
On ne doit ni rendre obligatoire la doctrine trinitaire ni l’exclure (ce serait tomber dans une intolérance et une rigidité dogmatique à rebours de celles d’une certaine orthodoxie, mais de même nature). Je n’en demande pas la suppression, je souhaite seulement qu’on accepte aussi d’autres options.
Après ce rapide historique, j’en viens à ma position personnelle.
Je respecte, même si je pense qu’ils ont tort, ceux qui voient dans la Trinité une expression ou interprétation convenable du message du Nouveau Testament. En revanche, parler du « Dieu trinitaire » ou de « Dieu Père Fils et Esprit » me paraît une grave erreur. On touche là à l’inacceptable. En effet, on identifie une formulation ecclésiastique et une définition théologique avec la révélation divine. On confond l’être de Dieu avec notre discours sur Dieu, ce qui fait de ce discours une idole. Aucune doctrine ne doit prétendre « enclore » Dieu. Il serait si simple et si juste de parler tout simplement du « Dieu de Jésus » (2).

eglise_lutherienne_de_la_trinite_boulevard_Vincent-Auriol.JPGLa fusion avec les luthériens de France n’est pas sans poser problème à André Gounelle. Alors que l’Eglise réformée de France (ERF) avait, en 1938, adopté une « déclaration de foi » ne mentionne pas expressément la Trinité * et qu’en 1961, lors de l’Assemblée OEcuménique de New-Delhi, avec la Fédération des Églises Protestantes de Suisse, elle avait exprimé leur refus d’obliger pasteurs et fidèles à souscrire à ce dogme, les luthériens en sont au contraire partisans. Plusieurs Eglises locales de la toute jeune Eglise protestante unie de France, dans l’enthousiasme de l’union, ont adopté une formulation pro-trinitaire.
* En 1938, l'Église Réformée de France est née d'un accord entre quatre Églises Protestantes. Cet accord s'est scellé grâce à une Déclaration de Foi qui fait partie des textes constitutifs de l'Église Réformée de France et qui est toujours en vigueur (on la lit au début de chaque Synode régional et national). Cette Déclaration de foi ne mentionne nulle part directement et explicitement la trinité. Toutefois, elle « affirme la perpétuité de la foi chrétienne, à travers ses expressions successives, dans le Symbole des Apôtres, les Symboles œcuméniques, et les Confessions de foi de la Réforme, notamment celle de La Rochelle ». Si le symbole dit des apôtres est plus ternaire que trinitaire, les autres textes mentionnés affirment très nettement la trinité. (1)

photo : temple luthérien "La Trinité", n° 177, boulevard Vincent-Auriol, Paris, XIIIème

 

L’auteur met alors en garde :
« À l’assemblée générale de ma paroisse [Montpellier], lors du vote pour l’Église Protestante Unie, je me suis abstenu. Avec regret et tristesse, car l’union entre luthériens et réformés me paraît une excellente chose. Malheureusement, le texte qui nous était présenté contenait une allusion, à mes yeux équivoque, à la Trinité ; de plus, mais c’est une autre histoire, il insistait sur la soumission non pas à Dieu, mais aux autorités ecclésiastiques, ce qui m’a inquiété. Si dans les textes à venir de l’Église Protestante Unie, il est question du « Dieu trinitaire » ou du « Dieu Père Fils et Esprit » ou encore du « Dieu triun », je n’y adhérerai pas ou j’en sortirai. Pour la première fois de ma vie, je serai « hors Église » – mais pas hors communauté croyante. » (2).

Vers une christologie néo-nestorienne ? Dans son dernier texte sur la Trinité, l’auteur sympathise avec la position suivante, sans pour autant exclure d’autres approches pouvant être elles aussi intéressantes (toujours l’extrême prudence du protestantisme libéral !) : « De même en Jésus Christ, l’humanité et la divinité sont reliées l’une à l’autre, la première conduit à la seconde, mais sans aucun mélange ; il y a des choses qui appartiennent à Dieu et non à Jésus (ainsi la connaissance du jour où aura lieu la fin, Mt 24,36) ; d’autres appartiennent à Jésus et non à Dieu (c’est Jésus et non pas Dieu qui est tenté). Ici, on considère que Marie est mère de l’homme Jésus, pas de Dieu ; que berceau et langes sont ceux du bébé Jésus, pas de Dieu ; et qu’à Golgotha, c’est Jésus qui meurt, pas Dieu. On ne prie pas Jésus (ce serait de la « jésulâtrie », idolâtrie de l’homme Jésus), on prie Dieu au nom de Jésus. Jésus n’est pas Dieu, mais l’homme en qui Dieu se révèle. » (4)

Paradoxalement, nous ne sommes pas loin non plus d’une autre position, cette fois-ci catholique libérale et humaniste : une part de Dieu en Jésus, qu’il y aurait aussi en chaque homme, dans une dynamique d’Incarnation …( lien).

textes d’André Gounelle :
(1) « Trinité et Dieu trinitaire », Évangile et Liberté, juin 1993 (lien).
(2) Evangile et Liberté, n° 269, mai 2013, rubrique « Questionner », À propos de la Trinité (lien) ; et (3) le commentaire de Marc Pernot, pasteur à l’Oratoire du Louvre « D’importantes réserves d’André Gounelle vis à vis des statuts de l’EPUF (Eglise Protestante Unie de France) », 3 mai 2013 (lien).
(4) Jésus est-il Dieu ? article paru dans Évangile et Liberté de septembre 2013 (lien).

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Published by Jean-Claude Barbier - dans sur le protestantisme libéral
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