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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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14 août 2007 2 14 /08 /août /2007 15:33

exposé de Roger Sauter à l’Union protestante libérale de Genève, le 13 octobre 1997

 

Le culte de Mithra a-t-il influencé le christianisme ? Oui, ont répondu plusieurs historiens au début de ce siècle, à la suite de la publication par le Belge Francis Cumont d’un splendide inventaire intitulé : " Textes et monuments figurés relatifs aux mystères de Mithra " (Bruxelles 1896-1899). . Parmi eux, citons J.M. Robertson, A. Loisy, Autran, Arthur Weigall. Le plus convaincu était sans doute A. Weigall, qui affirmait en 1928 : " Pendant trois siècles et demi, le plus puissant rival du christianisme fut la religion connue sous le nom de mithriacisme (…). Une grande partie de sa doctrine et de ses rites fut adoptée par l’Eglise ; ainsi fut-elle pratiquement absorbée par sa rivale " (The Paganism in our Christianity). L’auteur mentionne une vingtaine d’exemples à l’appui de sa thèse . Nous verrons ce qu’il faut en penser.

 

Disons d’emblée que l’opinion des archéologues et des historiens a beaucoup changé au cours des trente dernières années, grâce aux découvertes et à l’étude critique des documents. Le meilleur résumé illustré relatif au mithriacisme est celui de Robert Turcan : " Mithra et le mithriacisme " (Paris, 1993). Deux des découvertes récentes ont eu lieu en Suisse romande : la première en 1993 à Martigny, la seconde en 1995 à la villa romaine de Boscéaz, près d’Orbe. Dans les deux cas, il s’agit des ruines d’un mithraeum. Celui de Martigny a livré un important métériel, visible au musée de la Fondation Giannada à Martigny (voir aussi l’article de François Wiblé dans " Archéologie suisse ", 1995, fasc. 1).

 

Charles-François Dupuis, Atlas de l'origine de tous les cultes  ou religion universelle, an III (1795), planche XVII, le culte de Mithra.

Origine du dieu Mithra

 Mithra a fait un long chemin avant d’arriver à Rome et d’y rencontrer le Christ et l’Eglise. Au départ Mithra est l’un des dieux de l'Inde, il y a environ 5 000 ans. Son nom signifie " Ami " , car il protège les humains. De l’Inde, ce dieu arriva en Iran ancien, où il est l’un des dieux du mazdéisme (la religion des Mages), continuant son œuvre de bienfaiteur, de garant des contrats et des serments. L’Avesta, l’Ecriture sainte des anciens Iraniens, assure que Mithra est " le plus vertueux des dieux ".

 

Toutefois, une nouvelle religion monothéiste le met à l’écart. Sa fonction propre revient maintenant aux anges gardiens du zoroastrisme, sous le regard de Ahoura Mazda, le dieu unique. Le culte de Mithra se réfugie en Cappadoce, devenant même le protecteur de plusieurs rois hellénisés, aux II° et I° siècles avant notre ère. Certains se faisaient appeler Mithidate, du nom du dieu dans les royaume d’Arménie, du Pont et de Commagène. C’est là que naquit le culte de Mithra, combinant des éléments indiens, iraniens et grecs. Et c’est aussi là que des soldats romains le découvrirent, puis l’adoptèrent, avant de l’amener en Europe occidentale.

 Expansion dans l’empire romain

 Le culte de Mithra s’est répandu dès la fin du II° siècle dans l’empire romain. Le plus ancien document connu est une statue du dieu qu’un esclave offrit à un notable de Rome en l’an 80. Grâce aux nombreux mithraea conservés ou en ruines, aux inscriptions et aux peintures, aux autels et statues, aux objets de culte offerts par les fidèles du dieu, nous avons une idée assez précise de l’expansion du mithriacisme. Cela va de la Syrie à la Mer Noire, le long du Danube puis au Rhin pour en finir au mur d’Hadrien en Ecosse. Cela correspond à la frontière nord de l’Empire. Mais on en a trouvé également le long des grandes routes suivies par les légions et dans les ports (voir carte des trouvailles mithriaques).

 

A ces documents objectifs, il faut ajouter les textes subjectifs émanant des Pères de l’Eglise (par exemple tertullien) ou d’auteurs païens (par exemple Celse), textes à utiliser avec prudence. Parmi tous ces documents, admirons le buste de Mithra provenant de Walbrook et conservé à Londres.

 

Qui étaient donc les adeptes de ce culte ? C’étaient des militaires, des marchands, des douaniers et des administrateurs, tous gens appelés à se déplacer au service de l’Etat. Dans ce groupe, pas de femmes, ni d’hommes infirmes ou débiles. Au contraire, des hommes solides et sérieux, ayant subi avec succès les dures épreuves de l’initiation. Ces adeptes, les mithriastes, forment en quelque sorte une franc-maçonnerie avant la lettre. Ils savaient pouvoir, au cours de leurs déplacements, trouver des frères et un mithraeum.

 Qu’est-ce qu’un mithraeum ?

 C’est une salle de culte, allongée, d’orientation variable, que l’on atteint en descendant quelques marches depuis le vestibule d’entrée, comme vous le voyez sur le plan du mithraeum de Martigny. Ici, l’ensemble est orienté vers le N-NO.

 Le vestibule : un vestiaire, un coin cuisine et une sacristie. C’est aussi là que les candidats à l’initiation étaient informés, interrogés, puis soumis à diverses épreuves destinées à s’assurer de leur résistance à la chaleur, au froid, à la douleur et à la solitude dans l’obscurité. S’il réussit, le candidat doit encore prêter serment et reçoit le premier grade au sein de la confrérie, celui du Corbeau. Par la suite et successivement, il obtiendra des grades de plus en plus honorables : Fiancé, Soldat, Lion, Perse, Courrier du soleil et peut-être celui de Père.

 La salle de culte : 15 mètres sur 8 à Martigny. Elle est semi-enterrée, parfois souterraine, dépourvue de fenêtres. Son plafond voûté évoque le Ciel avec ses étoiles peintes. Deux longues banquettes, inclinées vers le mur, sont prêtent à recevoir les initiés, qui s’y allongent pieds vers le mur et visage tourné vers le mur du fond. L’icône de Mithra occupe le centre de ce mur du fond, au dessus d’un podium. Au milieu du large couloir séparant les banquettes, se dressent des autels, des statues de dieux divers, des braséros où brûle l’encens. L’éclairage est fournie par des lampes à huile.

 L’histoire du monde en image

 A défaut de textes décrivant leur religion, les fidèles de Mithra nous ont laissé nombre d’images peintes ou sculptées, retrouvées dans les mithraea en ruines. Elles accompagnaient l’icône du dieu, racontant son œuvre ainsi que l’histoire du monde. Nous allons examiner trois grandes stèles à reliefs provenant de Rhénanie.

 stèle du mithraeum d’Osnabrücken (musée de Karlsruhe) : La scène principale illustre le jeune dieu Mithra, coiffé du bonnet phrygien et vêtu à l’asiatique, immolant le taureau consacré (le martelage de son visage est l’œuvre de chrétiens). Un chien, un lion et un serpent lèchent le sang s’écoulant de la blessure. Un scorpion s’attaque aux testicules. Ce sang à régénéré les créatures vivantes, y compris les plantes ; en effet des épis de blé jaillissent de la queue du taureau. A gauche et à droite les deux compagnons d’aventure de Mithra, Caudès et Cautopadès, torche en main.

 

Au dessus du zodiaque bordant l’ouverture de la caverne, on voit à gauche le Soleil levant, au centre des bergers, et à droite la Lune descendante. Les petites scènes placées les unes sur les autres, à gauche et à droite, racontent les gestes de Mithra et la création du monde. Tout en bas, à gauche, Saturne émerge du chaos et crée le Temps. Au-dessus, il a créé le Ciel et la terre. Puis les trois Parques filent nos destinées. Au-dessus, Saturne et Jupiter maîtrisent des monstres et un taureau. Enfin, Mithra naît, sortant d’un rocher. Son premier geste est de cueillir une grappe de raison. Nous abandonnons cette stèle pour une autre.

 stèle de Neuenheim (musée de Karlsruhe) : A gauche en bas, on retrouve la création du Ciel puis celle de la Terre ; avec, au-dessus, Jupiter recevant la foudre des mains de Saturne. Puis c’est la naissance de Mithra issu du roc. Dans le coin, à côté du buste du Soleil, Mithra moissonne. Plus à droite, à côté du buste de la lune, le dieu crée une source en frappant le rocher d’une flèche (on pense à Moïse au désert). Cela fait reverdir un arbre. Descendant à droite, on voit le Taureau dans une caverne, Mithra l’emmenant dompté. C’est alors que se place l’Immolation figurée par le tableau central. Mais l’histoire continue comme nous allons le voir.

 stèle de Duisbourg (Musée de Duisbourg) : En bas à gauche, on reconnaît Jupiter tenant la foudre, puis, au-dessus, Mithra émerge du roc et cueille une grappe. Il s’en va moissonner. En haut, le Taureau poursuivi se réfugie dans une maison que l’on incendie. La bête sort, Mithra la dompte et c’est l’Immolation, sujet principal. Un arbre reverdit, signe de renouveau. Dans le coin droit, en bas, Mithra partage un repas avec Hélios, le soleil. Enfin, juste à côté, on voit Mithra prendre place sur le char solaire, car il est devenu, lui aussi, un dieu solaire, bienfaiteur des humains. Ses adorateurs le nomment : " Dieu invaincu, soleil Mithra ".

 

Voilà donc les images que les mithriastes avaient devant eux lorsqu’ils se réunissaient, au Jour du Soleil, c’est-à-dire le dimanche : pour un repas de communion.

 Un culte mithriaque

 Essayons de nous représenter un culte mithriaque. Les initiés ont revêtu le costume de leur grade, dans le vestibule. Ils sont descendus dans la grande salle et ont pris place sur les banquettes selon leur grade. Proches de l’icône, les Pères en manteau pourpre portent le bonnet phrygien et tiennent une baguette. Puis voici, en allant vers la porte, les Courriers du soleil en tunique rouge à callerette jaune, les Perses en tunique blanche, les Lions portant un masque léonin, les Soldats, les Fiancés portant un voile jaune, et enfin les Corbeaux au masque à bec d’oiseau. L’origine de ces costumes en apparence fantaisistes nous échappe.

 

Le culte commence par une partie liturgique assurée par un Père se tenant sur le podium, devant les images. Nous ne savons pas ce qu’il disait, mais on peut supposer qu’il commentait les vertus du dieu, adressait des prières, encourageait les adeptes à demeurer fermes et courageux, solidaires entre eux et fidèles à leur dieu préféré Mithra.

 

Puis, c’était le repas de communion. Les Corbeaux s’affairent, apportant plats et gobelets, puis les morceaux de viande, les fruits et légumes, les pains, l’eau et le vin. Les viandes sont consacrées par les Pères, sur les autels, puis grillées. C’est généralement du poulet, parfois d’autres oiseaux ou bien de la chèvre, du mouton. Le sang et les os sont jetés dans des fosses creusées dans le sol. L’ambiance devait être à la fois chaleureuse et grave. Chacun en ressentait un regain de vigueur pour l’accomplissement de sa tâche.

 

Notons que Justin Martyr et Tertullien ont considéré ce repas mithriarque comme une initiation satanique de la Cène chrétienne. Pourtant, quelle différence ! Les adeptes de Mithra ne recherchaient pas la communion avec un dieu qui se serait sacrifié lui-même pour expier les péchés dus hommes.

 Jours solennels

 A propos des jours de fête chez les mithriastes, nous savons déjà que leur culte avait lieu au Jour du soleil, le dimanche, jour férié chez les Romains. D’autre part, ils commémoraient le 25 décembre, jour du solstice d’hiver, la naissance de Mithra. Certains pensent qu’ils devaient commémorer également l’immolation du taureau à l’équinoxe de printemps puisque cela correspondait au renouveau de la nature.

 Fin du mithraisme

 Après une notable expansion au III° siècle, vint le déclin puis la disparition de la religion de Mithra. Plusieurs raisons à cela : son inadaptation aux besoins de la masse, au peuple, l’exclusion des femmes et des malades, la supériorité du christianisme en ce domaine face à la crise engendrée par les invasions barbares. La conversion des empereurs au christianisme sonna le glas du mithriadisme. En l’an 391, il fut interdit en même temps que tous les cultes païens. Les chrétiens martelèrent les figures de Mithra et ruinèrent les mithraea, à Martigny et à Boscéaz comme ailleurs.

 

 Conclusion

 Nous dirons en concluant que le christianisme n’a rien emprunté au culte de Mithra si ce n’est la date du 25 décembre pour fêtrer Noël dans l’Eglise romaine. Peut-être aussi le titre de " Père " appliqué aux curés.

 

 

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Published by Roger Sauter - dans SAUTER Roger
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