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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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5 juillet 2007 4 05 /07 /juillet /2007 15:08

prédication de Louis Pernot, pasteur à la paroisse ERF de l’Etoile, culte radio du 1er juillet 2007 passé sur France-Culture à 8h 30, texte intégral 

Jésus de Nazareth

La foi chrétienne est par définition centrée sur un personnage : Jésus de Nazareth. Mais qui est Jésus pour le chrétien ?

Dans le Nouveau Testament, il est dit être « le seigneur », le « fils de Dieu », mais l’affirmation la plus fondamentale est qu’il était le « Christ », et donc le « Messie », puisque « Christ » et « Messie » sont en fait le même mot, l’un en grec et l’autre en hébreu. Le Messie, c’était celui qu’attendaient les juifs et qui devait accomplir toutes les promesses de Dieu.

Mais aujourd’hui, Jésus est considéré de très diverses manières, même dans le christianisme. Certains voient en lui Dieu lui-même, et d’autres à l’opposé le considèrent simplement comme un homme, inspiré par Dieu certes, mais bien humain. Peut-on être encore chrétien en considérant Jésus comme un simple prophète, un porte parole de Dieu ?

Je pense qu’on peut être chrétien de différentes manières, et à différents niveaux. « Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père » nous dit Jésus. Dans l’Evangile, on trouve toute sorte de confessions de foi concernant Jésus. Ainsi, par exemple, dans le chapitre 4 de l’Evangile de Jean voit-on une femme Samaritaine qui dialogue avec Jésus, elle va proclamer que Jésus est « le prophète » comme une chose extraordinaire, mais ensuite, grâce à elle, ses proches le reconnaîtront comme le Sauveur du Monde.

Peut-on voir en Jésus un simple prophète ? Jésus Dieu ou homme ? Ceux qui vont dans ce sens, le font en général, pour aller contre l’idée qu’il soit divin. Or il s’en trouve effectivement qui s’opposent à la divinité du Christ, et qui proclament que Jésus était seulement un prophète. C’est le cas, en particulier de l’islam pour lequel Jésus a été le dernier grand prophète avant Mahomet. Et dans le sein même du christianisme, certains s’opposent aussi à la divinité du Christ, comme les unitariens qui rejettent la doctrine de la Trinité, et que l’on peut considérer pourtant comme authentiquement chrétiens.

On peut penser effectivement que l’affirmation radicale que Jésus est Dieu est certainement un raccourci problématique, ou tout au moins un peu rapide. Dieu ne se promène pas en sandales dans la Palestine, Dieu n’est pas crucifié et ne peut mourir sur une croix. Et l’on voit encore moins comment, si Jésus était Dieu, il pourrait dire : « mon Dieu mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné » (Marc 15 :34), ou « Père... non pas ma volonté mais la tienne » (Marc 14 :36).

Cependant ce débat est un peu simpliste, comme si Jésus devait être soit Dieu lui-même et en personne, soit un « simple » prophète, c’est-à-dire une sorte de prédicateur ordinaire. Même la théologie traditionnelle n’a pas affirmé d’une façon schématique qu’il fallait assimiler le Jésus historique à Dieu lui-même.

Pourtant, aujourd’hui, certains pensent qu’il est indispensable pour être chrétien de croire que Jésus soit Dieu, cela découlant de la doctrine de la Trinité. Or tout cela est très discutable. D’abord la doctrine de la Trinité n’est pas biblique, c’est un développement théologique du 4e siècle. Le protestant qui préfère s’en tenir à l’Ecriture et non aux développements tardifs de l’Eglise n’a pas de nécessité à y adhérer. Et même, la doctrine de la Trinité est plus complexe qu’il n’y paraît. Elle n’affirme pas brutalement que Jésus est Dieu. Ce qui est appelé « Fils » dans la Trinité et qui est dit l’égal du « Père » n’est pas le Jésus historique, mais la dimension divine du Christ, la Parole éternelle et créatrice de Dieu qui s’est incarnée en Jésus de Nazareth. Ainsi la théologie des premiers grands Conciles est-elle claire sur ce point, Jésus n’est pas Dieu seulement, il est Dieu uni à l’homme, il est un homme complet totalement uni au Dieu véritable. Tout ce qu’affirme la Trinité, c’est que la partie divine de Jésus est totalement égale à Dieu.

Je crois qu’on devrait donc sortir de cette fausse obligation qui imposerait aux chrétiens d’affirmer que Jésus est Dieu. On peut le croire, certes, mais on peut aussi ne pas le croire. Et puis certainement y a-t-il des positions plus subtiles et mieux fondées que d’être dans le « tout ou rien » concernant Jésus qui ne pourrait être que Dieu, ou sinon un beau parleur...

 Jésus prophète

Affirmer que Jésus est prophète n’est d’ailleurs pas si faible que cela. Pour le judaïsme, le prophète n’est pas un simple prédicateur, c’est celui qui dit la parole de Dieu. Et les paroles connues des anciens prophètes ont été recueillies avec la plus grande attention pour être incorporées dans la Bible elle-même.

Or, du temps de Jésus, on pensait que l’esprit de Dieu ne soufflait plus, qu’il n’y avait plus de prophètes, la Bible était close, on n’y mettait plus rien parce que Dieu avait cessé de parler. Affirmer alors comme la Samaritaine que Jésus est un prophète était une chose considérable, une vraie confession de foi. C’était dire qu’en lui, de nouveau, Dieu s’exprime comme il l’avait fait à Moïse et aux prophètes de l’Ancien Testament. C’était dire que, de nouveau, l’esprit de Dieu se met à souffler, et qu’une nouvelle parole, une nouvelle loi peuvent être données, que la Bible peut être rouverte pour y ajouter de nouvelles paroles divines. C’était rendre possible d’envisager un « nouveau Testament ». C’est pourquoi, par exemple, quand l’aveugle né guéri par Jésus confesse sa foi en disant de lui : « C’est un prophète », les pharisiens sont furieux. (Jean 9:17).

Jésus plus qu’un prophète

Pourtant, je crois que Jésus est plus qu’un prophète. D’abord en ce qu’un prophète dit la parole, mais ne la vit pas forcément, il se contente de délivrer un message. Or Jésus, lui, a fait plus que de dire la Parole de Dieu, il l’a vécue concrètement, il a appliqué à lui-même son enseignement, faisant de sa vie l’exemple vivant de son message. C’est en ce sens que l’on peut dire qu’il a « incarné » cette parole, il était animé par elle. Ainsi, ce n’est pas seulement ce qu’a dit le Christ qui est intéressant, mais aussi sa vie, et sa personne elles-mêmes. C’est en cela qu’être chrétien n’est pas seulement adhérer au message de l’Evangile, mais aussi « croire » dans le Christ.

Ensuite, si le Nouveau Testament n’affirme pas que Jésus soit Dieu, (sauf en un endroit dans la bouche de Thomas à la fin de l’Evangile de Jean et qui concerne non pas le Jésus historique, mais le Christ ressuscité), ce qu’il affirme continûment, c’est que Jésus est « le fils de Dieu », et c’est bien plus qu’être seulement un prophète. Là effectivement se trouve une affirmation essentielle hors de laquelle on n’est certainement plus chrétien.

Mais cela aussi on peut le comprendre de diverses manières. Certains le comprennent au sens fort, mais pour d’autres, si Jésus est le Fils de Dieu cela n’a rien à voir avec sa naissance physique, ou sa conception biologique, mais cela doit être compris dans un sens spirituel. Cela peut vouloir dire qu’il tire son être de sa relation à Dieu, qu’il est le serviteur de Dieu, l’incarnation de Dieu lui-même, en totale proximité avec Dieu et transparence avec lui.

Jésus est un messie-oint, roi, prêtre et prophète

Quant à la Samaritaine, après avoir vu en Jésus le « prophète », elle découvre qu’il est le Messie. C’est là en effet l’affirmation fondamentale de l’Evangile concernant Jésus : il est le Christ, c’est-à-dire le Messie, puisque ces deux mots signifient la même chose : être « oint » c’est-à-dire recouvert d’huile.

Un christ, c’est donc un messie, c’est quelqu’un qui a reçu l’onction d’huile. Cette huile qui symbolisait la présence de Dieu, parce que, comme lui à sa façon, elle est source de lumière (dans les lampes), de nourriture, et de vie (pour soigner les plaies). On enduisait d’huile ceux que l’on considérait comme revêtus de la présence de Dieu pour agir ou parler en son nom, et en particulier les rois, les prêtres, et les prophètes. Dire que Jésus est messie, c’est donc affirmer qu’il est, au nom de Dieu, à la fois roi, prêtre et prophète. C’est le « triple ministère » du Christ.

Jésus est donc prophète, effectivement, mais il est plus que cela, il est aussi roi et prêtre. Sans doute est-il important de le rappeler, surtout aujourd’hui, où dans certains milieux protestants, il y a une tendance à considérer le Christ comme seulement un sage, un prophète, quelqu’un qui nous révèle quelque chose sur Dieu, sur la vie et sur nous. Or on peut aller plus loin. Si Jésus est roi, alors il est celui qui dirige, qui ordonne, il est le maître, le seigneur, celui qui agit concrètement dans le monde et qui demande à agir avec lui. Certes, il y a plein de belles choses qui peuvent se faire sans le Christ, mais précisément, il est plus que prophète, il peut aussi être notre roi.

Jésus est prêtre... or la fonction du prêtre, c’est de mettre en relation avec Dieu. Jésus, précisément, peut nous permettre d’accéder à Dieu lui-même. Normalement, l’homme ne peut pas voir Dieu, seul le prêtre négocie avec lui et transmet ensuite la parole. Le Christ, lui, instaure un nouveau mode de relation à Dieu, passant par lui, et nous permettant de voir Dieu lui-même.

Et puis le prêtre avait aussi pour rôle de restaurer la relation entre le fidèle et Dieu, il offrait les sacrifices de réconciliation, pour permettre le pardon du péché. Ce rôle essentiel appartient aussi au Christ : il nous met en contact directement avec Dieu, et nous réconcilie avec lui.

Jésus est le Messie par excellence

Mais plus précisément encore, la confession de foi chrétienne, ce n’est pas de dire qu’il est « un » messie, mais qu’il est « le » Messie, c’est-à-dire « le Christ », avec un « C » majuscule. Il est le Messie par excellence. Jésus est ainsi le Prophète par excellence. Un prophète dit une certaine parole, mais ne dit pas tout. Si Jésus est LE prophète, alors sa parole n’est pas partielle, il a dit toute la parole de Dieu.

Le chrétien n’a donc pas besoin d’attendre un autre prophète ou une autre révélation, il n’est pas seulement une étape, le Christ a accomplit la révélation prophétique. Bien sûr, il peut y avoir encore des paroles édifiantes et inspirées, mais qui n’ont pas valeur de révélation.

Il est aussi le Prêtre par excellence, non seulement celui qui nous met en relation avec Dieu, mais aussi celui qui nous donne la plénitude de la présence de Dieu. Avec lui, plus de nécessité d’autres prêtres, plus de nécessité de rites ou de temples, tout se trouve en lui. Il nous réconcilie une fois pour toute avec Dieu nous offrant la libération et le pardon des péchés. Il est enfin le Roi des rois, il n’y a pas à obéir à quiconque d’autre, il est l’autorité suprême, au-dessus de tout et de toute exigence, qu’elle soit humaine ou même religieuse. Il est le prêtre, le roi et le prophète par excellence, il n’y en a plus besoin d’autres.

Jésus est le Messie attendu

Il y avait enfin dans le judaïsme une attente très particulière concernant LE Messie qui devait venir en accomplissant les promesses que l’on trouve dans les prophètes de la Bible, comme en Esaïe en particulier. Affirmer que Jésus est « le Christ », c’est-à-dire « le Messie », c’est aussi affirmer qu’il est celui qui accomplit l’espérance messianique de l’Ancien Testament.

Ce qui était attendu de la part du « Messie », c’était qu’il apporte la plénitude de la présence de Dieu, qu’il donne en abondance tous les dons de Dieu, qu’il réalise concrètement toutes ses promesses, portant toute chose à son terme. Le Messie devait donner la lumière, la paix, l’eau vive qui irrigue et fait nous fait vivre, il devait être celui qui ouvre les yeux des aveugles, fait entendre les sourds, et donne la vie. Etre chrétien, c’est croire que « Jésus est le Christ », et qu’il est donc bien celui qui accomplit ces promesses.

Avec une particularité cependant, c’est qu’il est un Messie spirituel et non pas politique. Il a endossé le rôle annoncé et attendu dans l’Ancien Testament, mais sous la forme particulière représentée par Esaïe 53 montrant le Messie non pas comme un roi politique glorieux, mais comme un serviteur humble et souffrant. Jésus est donc un Messie ne réalisant pas de grandes choses matérielles, mais qui offre tous les dons spirituels. Ainsi peut-on croire que Jésus donne la paix, mais non pas la paix politique, la paix du cœur. Il donne la guérison, mais pas nécessairement comme un acte médical, comme une guérison intérieure. Et il donne la vie éternelle, mais pas une immortalité terrestre.

Mode d’accomplissement des promesses

Jésus accomplit tout cela, mais comment le fait-il ? Là est une autre particularité de la façon avec laquelle Jésus a compris son rôle de Messie : c’est que son action n’est pas automatique, elle nécessite notre participation, notre adhésion. Il a considéré son rôle comme étant essentiellement un rôle de parole, un enseignement, un appel, une vocation, une parole qui crée, parole qui ne peut être efficace que si elle est entendue et reçue.

De plus, son enseignement n’est pas une parole ordinaire, ce n’est pas seulement de bons conseils moraux, c’est une parole qui transforme celui qui s’y expose, une parole qui sauve celui à qui elle est adressée, qui le fait vivre. Une parole qu’il faut prendre en soi un peu tous les jours, comme un philtre d’amour et de vie éternelle. Et c’est cette modalité d’accomplissement de son œuvre qui fait que son action n’est pas automatique, il est un sauveur, certes, mais un sauveur à recevoir, à accepter, à prendre dans sa vie comme source de vie.

Pour être pleinement chrétien, il faut donc, comme la Samaritaine passer de « prophète » à « Christ », c’est-à-dire de l’enseignant au Messie, à l’envoyé-même de Dieu. Certes, il n’est déjà pas mal d’avoir de la considération pour l’enseignement du Christ et de se positionner par rapport à son message, mais on peut aller infiniment plus loin. Et on peut enfin, comme dans le récit de la Samaritaine découvrir qu’il est pour soi un « sauveur » : Jésus donne aussi la vie et tout ce qu’il faut pour vivre pleinement.

Ainsi, quand Jésus guérit un aveugle, il ne se contente pas de lui expliquer comment vivre malgré son handicap. Il ne se contente pas de lui redonner courage, de lui dire que ce n’est pas si grave d’être aveugle physiquement... il le guérit, il lui ouvre les yeux.

Et moi, aujourd’hui, je n’attends pas du Christ dans ma vie qu’il opère des guérisons d’ordre médical, mais je crois que Jésus peut me guérir de mon aveuglement intérieur, il peut transformer ma vie en me permettant de voir l’essentiel qui est invisible pour les yeux, Jésus agit en moi et me transforme.

Sa parole est efficace, elle n’est pas seulement un discours avec des considérations sur la vie, elle n’est pas faite seulement de promesses et de mises en garde comme les prophètes de l’Ancien Testament, c’est une parole qui transforme, une parole qui guérit, une parole qui donne la vie et qui donne sens à la vie de celui qui la reçoit.

Oui, le Christ est plus qu’un prophète, être chrétien ce n’est pas seulement adhérer à une idéologie, c’est découvrir une parole créatrice et vouloir la mettre en soi. Personnellement, je ne peux pas dire que Jésus soit Dieu, pourtant je crois qu’en lui se trouve la plénitude de la parole créatrice de Dieu.

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Published by Louis Pernot - dans sur l'unitarisme
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