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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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18 juin 2007 1 18 /06 /juin /2007 18:40

Les principes et orientations actuelles de l’unitarisme universalisme à la lumière de l’héritage religieux de Michel Servet, par le révérend Donald W. McKinney, STD, ministre émérite de la Première Eglise unitarienne à Brooklyn, New-York, allocution prononcée lors des cérémonies de clôture commémorant le 450ème anniversaire de la mort de Michel Servet, à l'Institut Miguel Servet, Villanueva de Sijena (Aragon, Espagne), le 23 octobre 2004

traduction en français de Fulgence Ndagijimana, président de l'Assemblée des chrétiens unitariens du Burundi (ACUB).

portrait de Michel Servet sur vitrail, 1915, First Unitarian Church pf Brooklyn (Etat de New-York).

Il y a 27 ans, à l’automne 1977, feu senior Julio Arribas, d’heureuse mémoire, m’amena ici de Saragosse, et j’eus le privilège inattendu d’être accueilli comme membre de votre institut. Je crois que je fus le premier unitarien américain à visiter le lieu de naissance de Servet et la première personne ayant un intérêt primordial et un respect profond pour la perspective théologique et les convictions de foi de ce savant à être ainsi accepté parmi vous ; j’en ai été profondément honoré. Chaque fois que je m’adresse aux congrégations unitariennes pour leur rappeler le rôle essentiel de Michel Servet dans notre tradition, je porte la médaille que le senior Arribas me mit à cette occasion. autour du cou.

Ce fut le professeur Alcala qui, le premier, m’a fait connaître votre institut lorsqu’il vint me voir pour visiter l’église qui avait un vitrail en l’honneur de Servet. C’était là dans le Brooklyn où il enseignait. Nous sommes, semble-t-il, la seule église ayant un tel vitrail dédié à Michel Servet. En 1964, nous reçûmes les copies de la toute première édition de Servet " Sur les erreurs de la Trinité ", de même que le plus rare " Spurious ", l’édition de 1731 et les Dialogues de 1532. Ces œuvres précieuses sont reliées ensemble avec d’autres écrits dans deux petits volumes. Ils sont les reliques sacrées de notre congrégations . L’Eglise de Brooklyn est la seule institution unitarienne dans le monde à posséder les copies de ces originaux et très valeureux documents.

C’est de la place de Servet dans l’unitarisme aujourd’hui, de l’influence de son héritage religieux sur les principes et l’orientation actuelle de notre foi libre, sans credo, qu’on m’a demandé de parler aujourd’hui. C’était déjà pour la quête d’une telle réponse que j’étais venu en Espagne il y a 27 ans. Même si aux USA, nous appelons Servet " le père de l’unitarisme " (un titre qu’il pourrait bien dédaigner), il est devenu, s’il n’a pas toujours été, une figure plutôt distante et énigmatique pour beaucoup d’unitariens, du moins aux USA.

Réalisant que j’avais peut être une obligation spéciale comme ministre d’une Eglise qui a de tels liens avec Servet, j’ai senti qu’il était important pour moi de comprendre plus clairement comment lui et ses vues correspondent ou non avec ce que les unitariens universalistes croient aujourd’hui, et voir s’il y a quelque chose de significatif pour nous, aujourd’hui, dans sa quête continuelle de la vérité et du sens. J’ai par conséquent consacré une année sabbatique à cette question et j’ai choisi de le faire non pas sous forme d’une recherche érudite, car je ne prétends pas être un érudit, mais d’une manière plus existentielle, quelque chose comme un pèlerinage personnel. J’ai ainsi suivi les pas de Servet en Espagne et à travers l’Europe. J’ai traversé dix sept villes et cités où il a mené sa vie qui s’est terminée à Genève. Là bas, ce chevalier errant de la théologie, comme le populaire auteur australien du 20ème siècle, Stefan Zweig, l’a appelé dans son " Droit à l’hérésie ", a eu le grand honneur d’être jugé, déclaré coupable, condamné à la peine de mort et mis au bûcher par les protestants - au moment où les catholiques faisaient la même chose à Vienne, pour la même hérésie, mais, là, ils ne purent brûler Servet qu’en effigie.

Deux choses sont devenues plus évidentes pour moi au cours de ces merveilleux mois de solitude et de recherche. Premièrement que l’héritage religieux de Servet est central et même vital pour comprendre l’unitarisme aujourd’hui, même si nos convictions religieuses particulières et nos préoccupations sont largement différentes ; deuxièmement, qu’il faut tenir compte de " l’hispanicité " de Servet pour le comprendre. En tout cas, le sens de sa vie, de son travail et de sa mort est plus important que cela n’a été reconnu jusque là, non seulement pour les unitariens universalistes mais aussi pour tout un monde qui sombre dans les passions religieuses, de nouvelles rancunes et d’épouvantables divisions et polarisations.

Il y a une certaine vérité dans l’affirmation de Stephan Zweig selon laquelle Servet est une figure quixotique. Comme le héros de la Mancha, il avait (selon les termes de Zweig), " un splendide mais grotesque besoin de se battre aveuglement contre l’absurde et le moulin de la réalité ". Cependant, ceci est certainement loin, très loin de toute la vérité sur l’homme. Si cet avis évoque un Servet amateur magnifiquement talentueux et infatigable, il fait l’impasse sur l’intellectuel fin et solitaire qu’il fut. Ses diverses et nombreuses réalisations furent considérables et significatives, comme vous, à l’Institut, le savez bien. Quelque soit le caractère fluide et difficile à prédire de son comportement, il y avait une grandeur tragique et hors du commun qui culmina à Campel, il y a quatre siècle et demi.

Enfant et héros de la Renaissance et de la Réforme , Servet fut déchiré entre la poursuite de son travail intellectuel, non exempt de renommée mondaine, et une vision de foi qu’il ne pouvait pas, ne voulait pas renier même lorsqu’il fut brûlé pour hérésie. Oui, pendant son emprisonnement et son jugement à Genève, Servet confessa des erreurs sous la pression de l’interrogatoire et la menace d’exécution comme il me l’a été vivement rappelé lorsque j’ai eu, sous la main, les récits écrits de son jugement, gardés dans les archives de Genève, et que j’ai pu les déchiffrer tant bien que mal avec mon pauvre latin d’école secondaire. Mais l’unique chose sur laquelle il refusa de se rétracter était où devait être placé ce simple adjectif " éternel " lorsqu’on s’adressait à la personne de Jésus. Ses tout derniers mots sur le bûcher ont été ceux qu’il n’avait pas rétractés : " Ô Jésus, fils de Dieu éternel, aies pitié de moi ". Rappelez vous que s’il avait voulu adresser sa prière à Jésus comme le fils éternel de Dieu, même à la dernière minute, sa vie pouvait être épargnée ou, du moins, il pouvait mourir par l’épée au lieu de l’agonie prolongée des flammes.

Il a choisi de mourir avec ses livres. Pourquoi fit-il ce choix pour le placement d’un simple adjectif ? Etait-ce une folle et têtue  arrogance ? L’absurde ultime allant à l’encontre du principe réaliste de survie. Beaucoup bien sûr l’ont senti comme cela, comme l’ont fait beaucoup d’Espagnols avec qui j’ai discuté de ceci, depuis 27 ans. Mais l’adjectif n’est-il pas placé là précisément pour mieux comprendre la nature de Jésus, sa relation et notre relation à Dieu. N’impliquait-il pas une vision plus universelle, ce qui avait été une préoccupation qu’il n’avait fait qu’effleurer quelques années auparavant dans " Erreurs sur la Trinité " ? Etait il entrain d’entrevoir, dans une lancinante vision, ce que la religion pouvait devenir. Personne ne peut le savoir.

Pourtant, dans un sens très réel, l’unitarisme est né ce jour là en 1553 à Campel. Servet, bien sûr, n’a pas laissé d’adeptes et lui-même n’avait certainement pas l’intention de lancer un mouvement religieux distinct. L’unitarisme n’est d’ailleurs pas seulement anti-trinitaire. Ce n’est pas un ensemble de croyances à propos de Dieu, Jésus ou autre chose. C’est une approche à la religion, qui nous aide à trouver des réponses à celle-ci et à toutes sorte d’autres questions sur la foi, comment nous choisissons de vivre et cherchons à façonner un monde plus vrai, plus bon et plus juste. Feu Earl Wilbur, jusqu’ici le principal historien de l’unitarisme, a écrit au premier chapitre de son grand tome sur le sujet que à travers l’histoire, l’unitarisme a toujours été caractérisé par trois principes de bases qui sont valables encore aujourd’hui. Premièrement, la liberté de croyance en religion plutôt qu’une adhésion à des credo spécifiques ou déclarations de foi ; deuxièmement, l’usage de la raison plutôt que l’autorité et la tradition et, troisièmement, la tolérance des vues et pratiques religieuses différentes. Dans le drame de la vie de Servet - son œuvre, son martyr et dans la réponse immédiate à ces événements - ces trois éléments de l’unitarisme sont nés ou ont commencé à se cristalliser. L’histoire de quatre cent et quelques années qui ont suivi est tout simplement un récit des hommes et des femmes qui cherchent à appliquer ces principes dans un monde davantage changeant et exigeant.

En aucun cas, Servet ne fut la première ou l’unique personne de son temps à mettre en cause l’insistance sur la Trinité dans le christianisme ou à souffrir pour cette conviction. Mais les circonstances de son martyr, les questions qu’il posa à ses amis réformateurs sur la façon dont les différences dans les croyances devaient être traitées, ont focalisé l’attention sur l’importance de la liberté et la tolérance religieuses. Un intérêt plus vaste dans la recherche libre et ouverte a ainsi été fermenté par les questions et arguments très bien raisonnés de Servet sur les limites d’un christianisme qui s’était fixé sur une abstraction philosophique comme le facteur déterminant de la foi. Précisément, bien sûr, ce fut le " De hereticis " de Sébastien Castellion qui, par sa critique du bûcher de Servet, a postulé pour la première fois dans la pensée religieuse occidentale, le principe le plus fondamental de la liberté religieuse - qu’il a résumé en une seule simple ligne : " tuer un homme n’est pas protéger une doctrine, c’est tout simplement tuer un homme ". Il a fallu l’italien Faustin Socin (comme le professeur Hillar vient de nous le rappeler) pour donner forme et structure institutionnelle à l’anti-trinitarisme - ou socianisme comme il allait être appelé dans bien d’endroits en Europe. Avec la publication en 1607 de son " Racovian catechism " en Pologne, se trouvait détaillé sous la forme de questions - réponses ce que les unitariens de son temps croyaient et pourquoi. Cet important document, pour lequel beaucoup allaient encore mourir, a pu aller de l’Europe à l’Angleterre, puis en Amérique. Là-bas, ces questions réponses ont été soumises à une nouvelle interprétation, une révision et une expansion radicale au cours des années.

Le nom " unitariens " pour définir ce nouveau mouvement religieux est apparu d’abord en Transylvanie. Ce fut là-bas que le roi Sigismond I, le premier et l’unique roi unitarien de l’histoire, décréta le premier édit de tolérance en 1557, quatre ans seulement après la mort de Servet. Profondément intéressé par la religion, il chercha à pacifier les conflits qui existaient entre catholiques romains, catholiques grecs [uniates], luthériens, calvinistes et unitariens nouvellement rassemblés. Les unitariens voyaient croître leurs effectifs grâce à la prédication persuasive de François David. David, dans sa quête pour la vérité religieuse, commença comme catholique, devint luthérien puis calviniste et finalement unitarien après avoir été influencé par les questions que Servet avait soulevées et de sa montée au bûcher. David fut un très éloquent et passionné avocat de la liberté individuelle de pensée, de la raison plutôt que la tradition ou l’autorité et de la tolérance religieuse qu’il exprima par ces mots : " chaque individu responsable seulement devant Dieu ".

Trois grands débats, largement diffusé compte tenu de la présence du roi qui attira des foules très attentives, furent organisés durant ces courtes mais excitantes années. Les différentes interprétations du christianisme dans le royaume y furent représentées et défendues Ce fut un moment exceptionnel dans l’histoire religieuse  : la vérité était recherchée dans un dialogue libre et ouvert et par un débat. Par acclamation populaire, François David en fut déclaré vainqueur Cependant, après la mort du jeune roi Sigismund I, en 1571, la tolérance religieuse fut restreinte. David fut emprisonné et resta en prison jusqu'à sa mort en 1589 tout en refusant de se rétracter. En effet pendant ces huit ans d’emprisonnement, sa lecture et sa réflexion le convainquirent de croyances encore plus hérétiques concernant Jésus, la naissance virginale, etc. Contrairement à Servet cependant, dans les pas duquel il marchait, David ne fut pas exécuté, ceci à cause de sa grande popularité parmi le peuple. Les quelques 500 Eglises qui sont devenues unitariennes à partir de sa prédication ont été autorisées à continuer mais ont été empêchées de prêcher ou de professer les nouvelles vues de plus en plus radicales de David. Les seules Eglises unitariennes établies en cette période en Europe occidentale qui survivent aujourd’hui se trouvent en Roumanie.

C’est en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis que l’unitarisme pourra s’établir plus fermement, fleurir et plus tard se développer. En effet, il viendra jouer un rôle significatif dans la culture et l’histoire de ces deux pays, même si le nombre des unitariens a été toujours relativement faible. Sans nul doute, les deux unitariens anglais qui ont eu la plus grande influence dans la formation de ce qui allait devenir l’unitarisme américain sont John Locke, philosophe et ardent défenseur de la raison et du libre discours, et Joseph Priestly, ministre de paroisse, scientifique de renom, découvreur de l’oxygène et avocat révolutionnaire de la démocratie.

Même s’il y a des différences manifestes entre Michel Servet et Joseph Priestley dans le langage, la culture, le tempérament - et plus de deux siècles et demi qui les séparent -, ils étaient tous les deux de brillants scientifiques et d’astucieux théologiens et chacun a apporté de grandes contributions dans les deux domaines que sont la religion et la science. Aucun d’eux ne pouvait rester tranquille quand la raison exigeait une réponse fut-elle controversée et dangereuse. Alors qu’il pratiquait la médecine à Vienne, Servet écrivit, publia et diffusa sa " Restitution du Christianisme ", qui bien sûr s’est terminé par son arrestation et tout ce qui a suivi. Priestley, alors qu’il était ministre de l’Eglise unitarienne de Birmingham, en Angleterre, passait ses jours de la semaine à faire des expériences dans son laboratoire et les dimanches il prêchait, du haut de sa chaire, des sermons soigneusement raisonnés et passionnés, mais hautement controversés, en faveur de l’esprit libre et ouvert en politique et en religion. Il soutint vigoureusement les révolutions française et américaine. Finalement, le gouvernement britannique envoya des gangs pour le faire taire, en ravageant sa maison et en détruisant son laboratoire. Il échappa de justesse et s’enfui en Amérique en 1794. Presque immédiatement, il établit la première Eglise unitarienne organisée comme telle en Amérique. A Philadelphie, alors capitale de notre nation, Priestly donna des sermons et des conférences sur l’unitarisme qui attirèrent beaucoup de leaders de notre jeune nation. Nombreux parmi eux étaient convaincus de la validité et de la viabilité de cette nouvelle approche religieuse par la vision minutieusement réfléchie et spirituellement affirmative de la nature humaine, du potentiel de l’homme à créer une société vraiment libre, juste et équitable dans cette terre vierge, libre des vieilles restrictions européennes de corps, esprit et âme. En fait Thomas Jefferson - auteur de notre déclaration de l’Indépendance et qui bientôt deviendra le 3ème président des Etats-Unis, prédit qu’"il n y a pas de jeune homme vivant en Amérique aujourd’hui qui ne deviendra pas unitarien avant qu’il ne meurt ". Heureusement pour l’Amérique, Jefferson était plus un homme d’Etat qu’un prédicateur ou un prophète !

L’unitarisme et sa sœur , le mouvement religieux libéral appelé l’universalisme, ont commencé en Amérique en grande partie en réponse au Grand réveil qui fut un puissant fondamentalisme, un protestantisme du renouveau qui prêchait un Evangile extrême mettant en avant un enfer de feu et de damnation, et qui avait, quelques années auparavant, balayé les Colonies. En réaction, spécialement à Havard College, les professeurs et les étudiants commençèrent à lire Castellion, Socin et Locke et méditèrent les arguments de Servet. La raison les convainquit que les doctrines de la prédestination, de l’homme pécheur et d’un Dieu coléreux était inappropriées à un monde qu’il leur appartenait de modeler dans cette nouvelle terre très prometteuse. La valeur et la dignité essentielle à la nature humaine, la responsabilité de l’homme à créer son propre ciel et son propre enfer sur terre semblait être une interprétation plus valide de la Bible et de l’enseignement de Jésus.

Les universalistes sont arrivés aux mêmes conclusions, en partant d’une approche différente. Au lieu d’une première attention sur la dignité et valeur humaine et la responsabilité personnelle à vivre une bonne vie, les universalistes ont insisté sur le fait qu’un Dieu aimant pouvait et voulait sauver toute la race humaine. Il ne pouvait en aucun cas damner ses enfants aux feux éternels et à l’enfer. Pour les deux groupes, l’attention était d’abord portée sur notre vie sur cette planète et ce que les humains peuvent et doivent faire pour créer une bonne vie pour nous-mêmes et pour la société en général, nous tous étant enfants d’un Dieu juste et aimant.

Aujourd’hui, pour les unitariens universalistes, l’intérêt n’est qu’historique pour les questions théologiques du temps de Servet, ou pour beaucoup de questions et croyances particulières avec lesquelles nos récents ancêtres ont jonglées. Bien avant la fusion des deux mouvements libéraux que nous venons de citer, il y a un quart de siècle, nous avions rejeté toute obligation vis-à-vis d’une profession de foi quelle qu’elle soit comme condition d’inclusion dans nos communautés de Foi. La liberté personnelle individuelle de croyance est en effet le plus sacré principe. Nous insistons en disant que chacun d’entre nous doit être libre de croire ou de ne pas croire selon que notre raison nous l’indique ou notre conviction personnelle, l’expérience de nos jours, les conseils de nos cœurs et esprits. Quoique différents de ceux Servet, les particularités de ce que nous devons croire ou ne pas croire, les principes qui nous guident sont et restent les mêmes.

Un large pourcentage des UUs aujourd’hui se déclarent " religieux humanistes ", beaucoup disent être des agnostiques et, certains, des athées déclarés. Mais si nombre d’entre nous trouvent que les visions et les croyances diverses ne font plus sens aujourd’hui pour notre voyage spirituel, ce n’est pas le cas pour d’autres. Certains se disent chrétiens, mais ce n’est pas le cas de beaucoup d’entre nous. Suivant l’idée du philosophe américain du 19ème siècle, essayiste et ministre unitarien, Ralph Waldo Emerson, nous regardons aussi vers d’autres cultures, traditions religieuses et exemples d’une vie éthique et spirituelle à côté de celle de Jésus - ou bien encore dans d’autres exemples de notre héritage judéo-chrétien. Certains trouvent en Buddha une figure plus porteuse de sens que le Christ . Beaucoup de UUs cependant pourraient être d’accord avec le philosophe allemand unitarien et médecin humanitaire Albert Schweitzer, qui, en dernière analyse, affirmait que toutes les croyances éthiques et religieuses et les valeurs morales peuvent et doivent être réduites à un seul principe évident : la révérence pour la vie.

Les congrégations et les Eglises unitariennes se trouvent ensemble dans un mouvement continental, au sein de l’Association unitarienne universaliste (UUA : Unitarian Universalist Association). Là, nous partageons la référence commune à une déclaration de principes qui est stipulée dans les statuts de notre association. Nous affirmons et promouvons :

1° la valeur et la dignité inhérente à toute personne ;

2. la recherche libre et responsable de la vérité et du bon sens ;

3. le respect de la Vie, dont nous faisons partie

et 4. le but d’une communauté humaine est de réaliser la paix, la liberté et la justice pour tous.

Cette déclaration portant sur l’objectif des religions est en résonance très lointaine avec les arguments de Servet contre l’usage de la Trinité et son cri courageux sur le bûcher, nous, unitariens contemporains, nous nous pensons comme faisant partie d’une évolution de son temps au nôtre. Nous sommes également les héritiers de tous ceux qui ont douté et questionné toute vérité, quoique honorée, et qui ont pensé qu’une nouvelle façon de penser et d’interpréter étaient nécessaires. Nous nous situons dans cette recherche continuelle pour plus de sagesse et de compréhension de cette vie que nous partageons tous et devons, d’une certaine manière, aider à créer un monde meilleur pour les créatures de Dieu.

Il n’est pas inapproprié de mentionner un incident qui s’est passé en 1962, au grand concile Vatican II, avec Jean XXIII sur l’unité des chrétiens. Les unitariens n’étaient pas invités à participer aux délibérations du concile, car nous n’étions pas considérés comme des chrétiens authentiques, nous étions toutefois acceptés comme observateurs. Le révérend dr. Dan Greeley, alors président de l’UUA, fut invité à une réception que le Pape donna aux participants du concile. Lorsque le révérend Greeley fut présenté au pape, celui-ci s’est immédiatement exclamé en riant et fit remarqué "  Ah oui, vous êtes les personnes qui ont créé une religion avec toutes nos hérésies !". Ceci pourrait sembler une manière bien frivole de définir l’histoire de notre foi, laquelle ne fut pas sans mérite. Tout a commencé avec Servet cela lui coûta la vie. Hérétique est souvent ce qu’un esprit questionnant, un esprit ouvert et enquêtant, finit par être appelé. Cette attitude n’est-elle pas essentielle cependant, à l’avancement de la connaissance et de la compréhension dans tous les domaines de la vie ?

Les unitariens sont bien sûr, les descendants spirituels de Servet, seulement très peu d’entre nous sont de sang espagnol. J’ai déjà dit que mon pèlerinage d’il y a 27ans m’avait persuadé que, en général, très peu d’attention était apportée au fait que Servet fut Espagnol. Bien sûr, il a été dit que l’une des raisons pour lesquelles ses arguments concernant la Trinité furent froidement reçus à Bâle et ailleurs était parce qu’il était suspecté d’être Espagnol et peut être l’un de ces marranes [Juifs convertis de force au catholicisme et qui étaient suspectés de continuer en douce leurs pratiques]. Il était certainement en dehors du christianisme orthodoxe européen. Après tout, il est venu d’une terre où l’influence corruptrice des juifs et des musulmans n’avaient pu qu’affaiblir les croyances chrétiennes durant les nombreuses années du règne des Maures. Lors de son jugement, Servet nia qu’il était de descendance juive et avança même qu’il n’aiderait pas plus un mahométan qu’un démon.

Mais dans " Erreurs de la Trinité ", il avait signalé que cette abstraction philosophique non biblique, qu’était la Trinité, empêchait beaucoup de chrétiens à avoir des relations plus immédiates avec les autres croyants alors qu’à travers un Jésus vraiment humain ces relations auraient été facilitées. Aussi était-ce ce qui empêchait le christianisme d’être une religion vraiment universelle. Sans l’imposition restrictive de la Trinité comme test ultime selon lequel les infidèles vivront ou mouront, l’Eglise pourrait librement et ouvertement accueillir les musulmans et les juifs.

Sans nul doute, était-ce le plus osé de ses rêves, l’ultime refus du cours de la réalité, la pire des hérésies religieuses et politiques. Les Maures venaient enfin d’être chassés d’Espagne. Les catholiques et les protestants ayant peur des nouvelles invasions à partir de l’Est, n’avaient aucun intérêt à rendre le christianisme ouvert aux croyances étrangères. Il n’y a pas moyen de savoir quelle vision Servet avait de cette approche plus universelle de la foi, qu’il avait effleurée quelques années auparavant. Ceci n’apparaît pas vraiment dans sa " Restitution du christianisme " ; peut être avait-il abandonné toute pensée en ce sens comme désespérée. Ceci serait encore plus hérétique pour l’Europe de son temps. Ou peut être a t-il gardée dans son cœur une part de ce saint esprit de Dieu qu’il avait proclamé comme animant la circulation sanguine de chacun sans considération de race ou de religion.

Il connaissait Jésus comme juif et avait une riche connaissance de l’histoire juive, coutumes et croyances qu’il fut lui-même de descendance juive ou pas. Il connaissait le coran et l’avait étudié en arabe. Il savait que Mahomet considérait Abraham, Moïse et Jésus comme des messagers de Dieu. Et que toutes les trois religions étaient comme Mahomet l’avait dit " les religieux, personnes, peuples du Livre ". Il savait et sentait tout ceci d’une manière spéciale et unique, parce qu’il était Espagnol.

Proclamer une telle approche universelle à la religion aujourd’hui est probablement aussi hérétique et naïf que de se détourner des contraintes de la réalité comme à l’époque de Servet. Mais cette vision et compréhension de l’humanité que nous partageons tous sur cette minuscule planète qui est la nôtre, nous unitariens universalistes croyons qu’elles doivent nous guider pour nous mener hors de cette morosité mortelle dans laquelle nous pataugeons. Aujourd’hui avec la bigoterie religieuse, la division et la haine qui montent tous les jours.

Sans doute, les siècles du règne des Maures en Espagne ne furent-ils pas le ciel sur la terre en Espagne, bien qu’ils soient ainsi décrits aujourd’hui afin de satisfaire notre recherche désespérée pour savoir comment faire pour que les peuples de différentes coutumes et croyances puissent vivre ensemble dans la paix et l’harmonie. Mais ceci a été l’histoire et la culture unique de l’Espagne dont Servet a été témoin même quand l’Inquisition la détruisait. N’est ce pas que l’Espagne a une occasion spéciale de dire au monde les possibilités que votre histoire démontre si explicitement ? Par quelle voix, sinon celle de Servet, ceci serait-il proclamé ? La vie de Servet, son incroyable parcours de vie, ses nombreuses et distinguées réalisations, le sens de sa mort sont un grand héritage dont nous devons tous être fiers.

Puisse quelque chose de ce feu toujours questionnant et courageux esprit qui était en Servet soit dans chacun d’entre nous aujourd’hui et toujours. Parce qu’ici il y a encore beaucoup à faire.

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Published by révérend Donald W. McKinney - dans (hist) SERVET Miguel
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