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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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16 juin 2007 6 16 /06 /juin /2007 12:58

De l’un de nos rédacteurs en Espagne " Michel Servet, seul dans sa quête de la vérité ", Réveillez-vous !, mai 2006, pages 18-21.

 affiche pour le 450° anniversaire de la mort de Michel Servet, en 2003. Instituto de Estudios Sijenesnses Miguel Servet, Villanueva de Sijena, Aragon.

 

Nous sommes le 27 octobre 1553 à Genève, en Suisse. Michel Servet est brûlé sur le bûcher. Son bourreau, Guillaume Farel, bras droit de Jean Calvin, lance cet avertissement aux témoins de l’exécution : " [Servet] est un homme sage qui pensait sans doute enseigner la vérité, mais il est tombé aux mains du Diable [...]. Gare que cela ne vous arrive ! " Qu’a fait ce malheureux pour mériter un tel sort ?

Michel Servet voit le jour en 1511, dans le village de Villanueva de Sigena, en Espagne. Il devient très tôt un élève brillant. Un biographe écrira qu’" à l’âge de 14 ans il connaît le grec, le latin et l’hébreu, et [qu]’il a une vaste connaissance de la philosophie, des mathématiques et de la théologie ". Alors qu’il est encore adolescent, Servet se retrouve secrétaire de Juan de Quintana, confesseur de l’empereur espagnol Charles Quint. Au cours de ses voyages officiels, il constate les divisions religieuses profondes qui affligent son pays, où juifs et musulmans ont été exilés ou convertis de force au catholicisme.

À l’âge de 16 ans, Servet part en France étudier le droit à l’Université de Toulouse. C’est là qu’il voit pour la première fois une Bible complète. Il est alors strictement interdit de la lire, mais Servet le fait en cachette. Au bout de sa première lecture, il se jure de la lire " des milliers de fois encore ". La Bible qu’il étudie est probablement la Polyglotte de Complute, une version où figurent les langues originales (hébreu et grec) avec, en parallèle, une traduction latine. Son étude des Écritures ainsi que la décadence morale du clergé qu’il a constatée en Espagne ébranlent sa foi dans la religion catholique.

Ses doutes augmentent lorsqu’il assiste au sacre de Charles Quint. Le roi espagnol est couronné empereur du Saint Empire romain par le pape Clément VII. Assis sur sa chaise à porteurs, le pape reçoit le roi, qui lui baise les pieds. Servet écrira plus tard : " J’ai vu de mes propres yeux que le pape était porté sur les épaules des princes, en grande pompe, et adoré par le peuple le long des rues. " Impossible pour lui de concilier tout ce faste et cette prodigalité avec la simplicité de l’Évangile.

Sa quête de la vérité religieuse

Discrètement, Servet abandonne son emploi chez Quintana et entreprend seul sa recherche de la vérité. Selon lui, le message du Christ ne s’adresse ni aux théologiens ni aux philosophes, mais au petit peuple qui désire le comprendre et le mettre en pratique. Il est donc bien résolu à examiner le texte biblique dans les langues originales et à rejeter tout enseignement contraire aux Écritures. Détail intéressant, le mot " vérité " et ses dérivés sont les termes qui apparaissent le plus souvent dans ses écrits.

En étudiant l’Histoire et la Bible, Servet parvient à la conclusion que le christianisme s’est corrompu au cours des trois premiers siècles de notre ère. Il apprend que Constantin et ses successeurs ont propagé de faux enseignements qui ont finalement conduit à l’adoption de la Trinité comme doctrine officielle. À l’âge de 20 ans, Servet publie Des erreurs du dogme trinitaire (De Trinitatis erroribus), œuvre qui fera de lui l’une des principales cibles de l’Inquisition.

Servet est clairvoyant. " Dans la Bible, écrit-il, il n’est pas fait mention de la Trinité [...]. Nous apprenons à connaître Dieu, non pas grâce à nos conceptions philosophiques orgueilleuses, mais grâce à Christ. " Il aboutit aussi à la conclusion que l’esprit saint n’est pas une personne, mais la force de Dieu en action.

Les œuvres de Servet vont quand même susciter des réactions positives. Sebastian Franck, réformateur protestant, écrira : " Servet, l’Espagnol, prétend dans son traité qu’il y a une seule personne en Dieu. L’Église romaine soutient qu’il y a trois personnes en une seule essence. Je suis plutôt d’accord avec l’Espagnol. " Cependant, l’Église catholique romaine et l’Église protestante ne pardonneront jamais à Servet d’avoir contesté leur doctrine.

Par son étude de la Bible, Servet en vient à rejeter d’autres doctrines chrétiennes. Il pense aussi que l’utilisation des images est contraire aux Écritures. Voilà pourquoi, un an et demi après avoir publié Des erreurs du dogme trinitaire, il s’adresse avec respect aux catholiques et aux protestants en ces termes : " Je ne suis ni en accord ni en désaccord avec l’un ou l’autre des deux camps. Tous deux me semblent avoir quelque vérité et quelque erreur. Chacun remarque les erreurs de l’autre, mais aucun ne discerne les siennes. " Quant à Servet, il reste seul dans sa quête de la vérité.

Sa sincérité ne l’empêche toutefois pas de tirer quelques conclusions erronées. Par exemple, il pense qu’Har-Maguédôn et le règne millénaire de Christ auront lieu de son vivant.

À la recherche de la vérité scientifique

Contraint de fuir ses persécuteurs, Servet change son nom en celui de Villeneuve et s’installe à Paris, où il obtient des diplômes en art et en médecine. Sa curiosité scientifique l’amène à pratiquer la dissection pour comprendre le fonctionnement du corps humain. Selon certains, il deviendra le premier Européen à décrire la circulation pulmonaire du sang, dont il parlera dans son livre Restitution du christianisme (Christianismi restitutio). Ce n’est que 75 ans plus tard que William Harvey expliquera tout le système circulatoire.

Servet prépare également une nouvelle édition de la Géographie de Ptolémée. Cette œuvre a un succès tel que certains qualifieront Servet de père de la géographie comparée et de l’ethnographie. Lors de son procès à Genève, Servet sera accusé d’avoir décrit la Palestine comme une terre stérile, peu cultivée. Servet se défendra en affirmant que sa description s’appliquait à son époque et non à celle de Moïse, où le pays ruisselait certainement de lait et de miel.

Servet écrit aussi un traité sur les sirops, Syruporum universa ratio, dans lequel il propose une approche nouvelle, équilibrée, d’une certaine médecine. La richesse des connaissances médicales contenues dans cet ouvrage fait de Servet un pionnier dans les domaines de la pharmacologie et de l’emploi des vitamines. Impressionné par les compétences de Servet dans tant de domaines, un historien le qualifiera de " l’un des plus grands esprits de l’histoire humaine, qui a contribué à la culture universelle ".

Un opposant redoutable

Ceux qui cherchent la vérité ont toujours eu beaucoup d’opposants (Luc 21:15). Parmi les nombreux adversaires de Servet figure Jean Calvin, qui a établi un État protestant autoritaire à Genève. L’historien Will Durant dit de lui que " sa dictature ne reposait pas sur la loi ou la force, mais sur la volonté et le caractère " et qu’il " était aussi consciencieux que n’importe quel pape dans le rejet de l’individualisme de la foi ".

Servet et Calvin se sont probablement rencontrés à Paris alors qu’ils étaient jeunes hommes. Dès le départ, leurs personnalités se sont affrontées, et Calvin est devenu l’ennemi de Servet le plus implacable. Bien qu’étant lui-même réformateur, il finit par dénoncer Servet à l’Inquisition. Servet réussit de justesse à quitter la France, après y avoir été brûlé en effigie. Cependant, il est reconnu et fait prisonnier à Genève, ville frontalière où la parole de Calvin fait loi.

Calvin fait infliger de cruels traitements à Servet lorsque celui-ci est en prison. Toutefois, au cours de son procès, Servet se dit prêt à changer d’opinion à condition que son adversaire lui fournisse des arguments bibliques pour le convaincre. Calvin s’en montre incapable. À la fin du procès, Servet est condamné au bûcher. D’après des historiens, il sera le seul dissident religieux à avoir été brûlé en effigie par les catholiques et brûlé vif par les protestants.

Un précurseur de la liberté religieuse

Même si Calvin s’est débarrassé de son rival, il perd de son emprise. L’exécution injustifiée de Servet révolte toute l’Europe. Elle fournit aussi un argument de poids aux défenseurs de la liberté individuelle, pour qui personne ne doit être tué à cause de ses croyances. Ils deviendront plus déterminés que jamais à poursuivre leur lutte pour la liberté religieuse.

" Ni Dieu ni son esprit n’ont conseillé un tel acte, protestera le poète italien Camillo Renato. Christ n’a jamais traité de la sorte ceux qui l’ont renié. " Quant à Sébastien Castellion, humaniste français, il écrira : " Tuer un homme, ce n’est pas défendre une doctrine, c’est tuer un homme. " Servet lui-même avait déclaré : " Pour moi, c’est une affaire très grave que de tuer des hommes parce qu’on les croit dans l’erreur ou pour quelque détail d’interprétation des Écritures, quand on sait que même les élus peuvent se tromper. "

L’exécution de Servet laissera une trace indélébile. À ce propos, on lit dans Michel Servet, géant intellectuel, humaniste et martyr (angl.) : " La mort de Servet a été un tournant décisif dans l’évolution des idéologies et des mentalités qui prévalaient depuis le IVe siècle. " " D’un point de vue historique, ajoute ce livre, Servet est mort pour que la liberté de conscience devienne un droit civil de l’individu de la société moderne. "

En 1908, un monument a été érigé à la mémoire de Servet en France, dans la ville d’Annemasse, à environ 5 kilomètres du lieu de son exécution. Il porte cette inscription : " Michel Servet, [...] géographe, médecin, physiologiste, a bien mérité de l’humanité par ses découvertes scientifiques, son dévouement aux malades et aux pauvres, l’indomptable indépendance de son intelligence et de sa conscience. [...] Ses convictions étaient invincibles et il avait fait à la cause de la vérité le sacrifice de sa vie. "

[Notes]

Les autorités espagnoles ont exilé 120 000 juifs qui n’acceptaient pas le catholicisme. En outre, plusieurs milliers de Maures ont péri sur le bûcher.

Voir l’article " La Polyglotte de Complute : une aide à la traduction qui a fait date ", dans La Tour de Garde du 15 avril 2004.

Dans son œuvre Declarationis Iesu Christi Filii Dei (Déclaration sur Jésus Christ, fils de Dieu), Servet qualifie de déroutante la doctrine de la Trinité. Il fait remarquer que les Écritures ne contiennent " pas la moindre syllabe " de ce mot.

En prison, Servet signera sa dernière lettre ainsi : " Michel Servet, seul, mais confiant en la protection assurée de Christ. "

La Révolution religieuse, trad. Y. Rosso et B. Médici, Lausanne, éditions Rencontre, La Réforme II, 1963, p. 223-4.

Contre le libellé de Calvin, après la mort de Michel Servet, trad. E. Barilier, Genève, éditions Zoé, 1998, p. 161.

V. Zuber, Les conflits de la tolérance, Michel Servet entre mémoire et histoire, Paris, éditions Champion, 2004, p. 147.

[Encadré/Illustrations, page 21]

Servet et le nom " Jéhovah "

Dans sa quête de la vérité, Servet en vient également à employer le nom de Jéhovah. Quelques mois après que William Tyndale a utilisé ce nom dans sa traduction du Pentateuque, Servet publie Des erreurs du dogme trinitaire, livre tout au long duquel il cite le nom de Jéhovah. " L’autre nom, explique-t-il, le plus saint de tous, הוהי, [...] peut être interprété ainsi : [...] ‘ celui qui fait être ’, ‘ celui qui transforme en essentiel ’, ‘ la cause de l’existence ’. " Il fait aussi remarquer : " Le nom de Jéhovah ne convient qu’au Père. "

En 1542, Servet édite aussi la célèbre traduction latine de la Bible par Sanctes Pagninus (voir ci-dessous). Dans ses nombreuses notes marginales, il met encore en valeur le nom divin. Par exemple, il mentionne le nom Jéhovah en marge de textes-clés tels que Psaume 83:18, où figure le mot " Seigneur ".

Dans sa dernière œuvre, Restitution du christianisme, voici ce qu’il dit concernant le nom divin, Jéhovah : " [Il] est clair [...] que nombreux furent ceux qui prononcèrent ce nom dans l’Antiquité. " -

texte présenté à La Besace des unitariens par Fabien Girard

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Published by un Témoin de Jéhovah d'Espagne - dans sur les témoins de Jéhovah
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