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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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12 juin 2007 2 12 /06 /juin /2007 08:38

Jésus Christ à l’image des hommes. Brève enquête sur les représentations de Jésus à travers l’histoireBernard Sesboüé S.J., Paris : Desclée de Brouwer (novembre 1997), note de lecture de Michel Jamet *, février 1998.

à partir de la boutade attribuée en dernier lieu à Voltaire " Dieu a créé l’homme à son image - et l’homme le Lui a bien rendu... "

*NDLR depuis leurs onze ans jusqu’au baccalauréat, Michel Jamet et Bernard Sesboüé ont été condisciples chez les Jésuites, Bernard est resté chez les Jésuites et Michel a fait une carrière dans la Banque. Mais ils ne se sont pas quittés de vue !


 Christ, église de Mazille, vu sur le site du mouvement "Jésus simplement"


la relation " filiale " de Jésus au Père : les témoins qui ont vu remonter Jésus auprès du Père s’interrogent : ils se demandent qui est Jésus en définitive pour le Père et qui il était avant sa venue parmi nous. Certains avec Théodore l’Ancien professent l’adoptianisme : le Christ est un homme exceptionnellement comblé de la grâce divine, c’est-à-dire adopté comme fils de Dieu.


le Jésus sans âme " humaine " d’Apollinaire (non, pas Guillaume ! mais l’évêque du IVème siècle...) - c’est bien dans l’âme que réside le pouvoir d’autodétermination de l’homme. Si donc Jésus en avait été doté comme tout un chacun ici-bas, comment aurait-il pu éviter le péché ? 

 

le Jésus " monophysique " d’Eutychès (au V° siècle) : l’humanité christique se perd  dans la divinité comme une goutte d’eau dans la mer - mais cela contredit le témoignage des évangiles sur l’agonie du Christ, où sa volonté humaine surmonte son horreur pour la mort et se soumet à la volonté du Père : toute l’attitude de Jésus en sa Passion est celle d’une obéissance filiale, parfaitement libre et volontaire, un acte d’homme...le Jésus médiéval " omniscient " : Jésus " dans les jours de son incarnation " (Hébreux, V- 7) aurait disposé en fait de toute la science divine. Quand il posait une question, il aurait donc fait comme si... Et pourtant, Jésus n’a-t-il pas avoué ignorer le jour du Jugement ? (Marc XIII-32) .

 

le Christ d’Arius (IV° siècle) : il ne saurait y avoir deux principes souverains (ce qui ferait deux dieux) ; il y aurait d’autre part contradiction à affirmer que le même est à la fois engendré - en tant que Fils- et inengendré en tant que Dieu dont le propre est de constituer sa propre origine... Jésus est donc un Dieu créé puis adopté comme Fils. C’est par cette adoption qu’il est devenu Dieu et Fils...- ce qui revient à dire que ce Dieu-là n’est pas Dieu au même titre que le Père (....). Dieu stricto sensu ne saurait se prêter aux abaissements et aux vicissitudes humiliantes auxquels Jésus a été confronté - ledit Jésus se déclarant d’ailleurs à de nombreuses reprises inférieur au Père, qu’il traite en seul vrai Dieu (Jean XIV-26 et XVII-3, Marc X-8, Luc XXII-42 etc.).


Cent ans plus tard, la controverse " arianiste " s’est apaisée mais non sans laisser des traces : - c’est ainsi que Nestorius patriarche de Constantinople refuse de qualifier Marie de " Mère de Dieu " dès lors qu’elle a engendré un homme mais sûrement pas pu engendrer Dieu !


Citant le théologien Gustave Martelet (op. cit.1962), le Père Sesboüé s’interroge sur ce qui change avec cette " christologie d’en-bas " : surnaturel et humain deviennent étrangers l’un à l’autre au point que certains fidèles parfois très engagés et réputés " bons chrétiens " - mais dont le rapport à Dieu fonctionnait " selon des schèmes de piété stéréotypée ou de dévotion puérile " (...) - subissent une crise d’ordre moral, intellectuel ou affectif si intense qu’ils croient perdre " subitement " ( ? ) la foi.

 

le " maître sublime " de l’Age des Lumières : pour Jean-Jacques Rousseau, qui récuse la Révélation - Jésus est un homme divin qui dépasse de cent coudées tous les philosophes connus, Platon compris. A propos de l’Evangile, il note : "Se peut-il qu’un livre à la fois si sublime et si simple soit l’ouvrage des hommes ?... pour conclure... Oui à Jésus, non aux dogmes... ".

En 1793, Kant écrit son ouvrage " La religion dans la limite de la simple raison ", titre révélateur. N’excluant pas formellement une origine surnaturelle de Jésus, il n’y voit simplement aucun intérêt : " Au contraire élever un pareil saint au-dessus de l’infirmité de la nature humaine nuirait plutôt à la mise en application de l’idéal qu’il propose à notre imitation... " (Arius pas mort finalement ! : commentaire du lecteur)".

 

le Sans-Culotte " de Nazareth : " Il naquit pauvre, il vécut pauvre. Il annonça son évangile aux pauvres, il vécut pour les pauvres, il mourut pauvre ! Et les pauvres ont été dépouillés et asservis pour enrichir les ministres de l’évangile... " (in " Les fureurs des théocrates dévoilées " , texte écrit sous la Terreur).


le " Christ républicain " (1848) ; c’est le titre du journal édité par le " citoyen Declergues " :

" Jésus veut l’ordre, celui de l’amour du prochain - pas celui des baïonnettes : - l’épée ne rétablira jamais la paix et l’ordre tant que la misère sera le partage de la multitude et l’abondance l’apanage de quelques uns... ".

Bernard Sesboüé ajoute : " Quand les hommes de la Révolution et de 1848 voient dans l’idéal de Liberté-Egalité-Fraternité une expression de l’Evangile, ils ne se trompent pas. De plus, quand des hommes accusent l’Eglise de contredire l’Evangile - même s’ils le font de manière ambiguë - les croyants ne peuvent se contenter d’écarter l’objection d’un revers de main. 

 

"le Jésus " moderne " des historiens : pour les chrétiens anciens, l’historicité évènementielle du Jésus de Nazareth allait de soi. Avec la naissance de la critique historique naît l’opposition entre le Jésus de l’Histoire et le Christ de la Foi : héritage avec lequel, en cette fin du XX° siècle, nous continuons de nous débattre (cf. le " malaise " avec lequel le Jésus de Jacques Duquesne - dont il sera question plus loin - a été accueilli dans les milieux catholiques traditionnels - c’est toujours ici le lecteur qui s’exprime) .

Renan dans sa Vie de Jésus (1863) rejoint Rousseau pour faire le double constat qu’il n’est plus catholique mais en conservant un goût vif pour l’idéal évangélique et pour le fondateur du christianisme. Il conclut : " L’idée qu’en abandonnant l’Eglise je resterais fidèle à Jésus s’empara de moi... ".

Bultmann (exégète et théologien luthérien contemporain, disciple de Heidegger) est bien conscient de la difficulté posée par l’acte de croire pour l’homme d’aujourd’hui formé à la culture scientifique et l’incite à démythifier sa lecture du Livre en distinguant le Jésus historique du Christ prêché qui est Seigneur. Le Nouveau Testament ne prétend pas nous délivrer une image du monde mais nous faire passer un message. Ce qui implique un décodage du récit des miracles qui ne sont que des manières d’exprimer le rapport de Dieu au monde en fonction de représentations primitives (finalement ça dédouane bien Duquesne - et quelque part moi aussi puisque c’est un jésuite " autorisé " qui me l’explique) .


 et le " Jésus " de Jacques Duquesne ? (" une nouvelle vulgarisation pour le grand public " , écrit Bernard Sesboüé). L’ouvrage présente comme on sait une image " moderne " de Jésus telle qu’on peut au moins la dégager des connaissances historiques les plus récentes. Selon les termes de B. Sesboüé, Duquesne entend décrasser la vie de Jésus de quelques fausses certitudes mais aussi déniaiser certains croyants aux assurances trop naïves (d’où le trouble évoqué plus haut !).

Quasiment tout le monde ayant déjà lu l’ouvrage paru voici trois ans, il est intéressant d’en résumer seulement ici ce que notre auteur, en tant que lecteur averti en a retenu :

la conception virginale de Jésus : Duquesne se satisferait de l’interprétation restrictive du " symbole " exprimant l’origine divine de Jésus - même si en fait il était né d’une union conjugale " normale " entre Marie et Joseph...Pour B.S. , " ce qui fait problème est de savoir d’abord si symbole et événement sont à ce point exclusifs... " ;

la virginité " perpétuelle " de Marie : pour Duquesne la cause est entendue : les " frères et soeurs " de Jésus mentionnés plusieurs fois par les évangiles ne sont pas des cousins mais bien une fratrie issue du même père et de la même mère. L’école adverse disposerait selon B.S. d’arguments tout aussi solides mais qui ne sont même pas cités comme une possible alternative. Les miracles : à l’inverse, " la problématique selon laquelle les miracles sont présentés est dans son ensemble ( ! ) saine... "

En résumé : " J. Duquesne se situe sur le plan de " l’histoire événementielle ". Il opère nombre de ses vérifications au niveau des détails - comme si c’était là que se jouait la question de la vérité des évangiles ".


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Published by Jamet Michel - dans sur l'unitarisme
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