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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 19:43

EXTRAITS SIGNIFICATIFS DES MINUTES DU PROCÈS EN INQUISITION intenté à Etienne JAMET, alias Esteban JAMETE (1er mars 1557 - 15 mai 1558), par Michel Jamet, août 2003

en 1541-1543, le sculpteur orléanais Etevan Jamete, orna les portes de la Chapelle sacré du Sauveur à Ubeda. Détail vu sur le site de la ville http://www.ubeda.com/

 

" Au Très Magnifique et Révérend Seigneur Don Diego del Rego, Docteur en Droit Canon, Inquisiteur de par l’Autorité Apostolique à l’encontre de la perversité hérétique et l’apostasie dans les cités et évêchés de Cuenca et Siguenza.

Moi, Bachelier Serrano, Promoteur de la Foi de par le Saint Office, je déclare - ainsi qu’il est enregistré et attesté dans les livres dudit Saint Office - que le nommé Esteban JAMETE sculpteur de nation étrangère, habitant cette ville et plus précisément Castillo de Garcimunoz, a fait, dit, perpétré et commis moult délits hérétiques, horribles et scandaleux contre notre Sainte Foi Catholique – délits aux chefs desquels j’entends ici le mettre en accusation.

C’est pourquoi je prie, supplie et, en tant que de besoin, requiers de Votre Grâce d’ordonner l’arrestation et détention d’iceluy en les prisons du Saint-Office, outre la mise sous séquestre de tous ses biens.

Afin qu’il me soit fait de lui la justice que je requiers, j’atteste et signe : Alonso Serrano "

Enregistré en la cité de Cuenca par devant moi Sebastian de Landeta, notaire du Secret, le quatrième jour du mois d’avril de l’an mil cinq cent cinquante sept.

Déposition à charge de Giraldo de Fluga, Cuenca le 10 avril 1557

Ledit Esteban Jamete a montré souventes fois au témoin un livret de petit format imprimé en langue française de Clemente Marot et dont un passage disait : " J’en aurais beaucoup à dire sur les clercs mais je redoute les bois [de justice] et le feu… " Et qu’il avait aussi moult fois vu et entendu l’intimé chanter en français une chanson qui dit : " Le pape de Rome se prend pour Dieu et abuse les hommes en tous lieux (… ) Eteignez vos cierges hypocrites, délaissez les statues idolâtres (*) et adorez Dieu… "

(*) Là, Esteban pousse un peu, la confection de " statues idolâtres " étant son gagne-pain quotidien ! (N.D.L.R.)

Déposition de Santo Picardo, verrier (même date)

Esteban Jamete lui a montré un petit livre en parchemin relié et qui ne mentionnait ni l’auteur ni l’endroit où il avait été édité. Le témoin se rendit chez Giralte, un imagier allemand qui habite en la ville basse et qui lui dit que " ce livre estoit de Martin Luther ". Le comparant ayant confié à sa femme qu’il avait vu un livre luthérien et qu’il l’avait brûlé, la susdite épouse lui intima de s’en confesser ; le prêtre à qui il s’en fût confesser lui reprocha " d’avoir mal agi en ne portant pas sur le champ ce livre à l’Inquisition " (…).

Être " où " ne pas être, là est la Question !

" Le onzième jour de décembre de l’an mil cinq cent cinquante sept, l’affaire Jamete ayant été vue et examinée par les Seigneurs Inquisiteurs, ceux-ci émirent le vœu que ledit Jamete fût soumis à la Question en Chambre des Tortures, afin qu’en celle-ci, il dise la vérité (…)

Fut donc déshabillé et déchaussé pour ne plus rester qu’en chemise, avec les chausses qu’on lui avait enfilées en la Chambre. Il dit alors qu’il allait répéter ce qu’il avait déjà dit avant : savoir qu’il n’avait jamais dit qu’il ne fallait honorer que Dieu (…). Il fut donc ordonné qu’on le serrât. Et pendant qu’on le serrait, Esteban Jamete demanda que le tourmenteur attendît : car il la dirait la vérité ET MÊME PLUS (…)

Lui fut répondu par les Seigneurs Inquisiteurs que c’était bien le moins qu’on attendait de lui : qu’il dise la vérité ! (…) Et pour qu’il obtempère, on ordonna de le serrer derechef

Et pendant qu’on le serrait, il dit qu’on le laissât car il avouerait la vérité : - qu’il était vrai qu’il avait bien dit qu’il ne fallait se confesser qu’à Dieu et à nul autre (…) Et qu’il avait dit aussi qu’il fallait seulement prier Dieu et pas les Saints ; et qu’il avait bien soutenu que point n’y avait de Purgatoire – et que les âmes allaient de suite où elles devaient aller (…) Que le purgatoire, en fait, il était dans ce monde-ci (…) "

Audience du 25 février 1558

Esteban Jamete répète … " que le Purgatoire pouvait bien se trouver en ce monde-ci et en n’importe quelle partie dudit monde voire dans une coquille de noisette si Dieu l’entendait ainsi, car tout Lui était possible (…). ". [Le prisonnier] demanda ensuite qu’on lui relise ce qu’il avait pu dire et déclarer en la Chambre des Tortures. Et comme on lui lisait le passage sur " la prière et la confession à Dieu seul " il assura que : " s’il l’avait vraiment dit, il en avait menti " (…)

De même affirma-t-il qu’il avait toujours tenu et cru ( !!!) que le pape avait bien le pouvoir tant de lier que d’absoudre (…)

Interrogé aux fins de savoir comment il avait pu dire ce qui vient d’être cité plus haut - alors que maintenant il disait le contraire – il répondit " qu’il l’avait dit à cause des grandes souffrances que lui avaient infligées la torture (…) Mais qu’il croyait fermement en Dieu. "

L’alcade [le juge] fit alors redescendre Esteban Jamete à la Chambre des Tortures. Leurs Révérences y descendirent aussi, ordonnant [à l’accusé] de se déshabiller et pendant qu’il ôtait ses habits, l’admonestèrent de dire la vérité. Quand il fut nu, elles le firent attacher au chevalet de torture. [L’accusé] dit alors que depuis qu’il avait lu ce petit livre [luthérien], il avait des doutes quant à la " Présence Réelle " de Notre Seigneur Jésus-Christ dans les hosties consacrées. Qu’à certains moments il y croyait, à d’autres pas. Qu’il avait cru aussi que le prêtre ne pouvait ni le confesser ni l’absoudre puisqu’il n’en avait pas reçu le pouvoir (…). Et qu’il avait bien chanté la chanson qui disait : " Le pape de Rome qui se prend pour Dieu etc… ".

Dernier interrogatoire avant jugement, en date du 10 mars 1558 ( extraits)

(…) Qu’étant en colère il avait bien pu se laisser aller à dire à telle personne (qu’il nomme) " que point n’était besoin de se confesser… ".

Et qu’il possédait bien un livre de Clément Marot, Valet de Chambre du Roy de France. Livre qui disait " que s’il osait, il dirait bien ce qu’il savait des clercs et parlait moult fois (en mal) des prêtres. Mais qu’il craignait les bois [de justice] (…)

Aussi qu’il avait tenu et cru qu’on pouvait sans péché manger de la viande en Carême (*) . " Car ce n’est pas ce qui entre par la bouche qui souille l’homme – mais ce qui sort de sa tête (...) ".

(*) Nota : Clément Marot (dont Etienne Jamet était comme on sait un fervent admirateur) fut lui-même embastillé au Châtelet exactement pour le même motif : " rupture du jeûne du Carême " .(N.D.L.R.)

Jugement final d’Etienne Jamet par les Inquisiteurs (15 mai 1558) : - réquisitoire et condamnation, avec exposé des motifs (extraits)

(…) "  Ytem que le susdit, doutant du pouvoir des Souverains Pontifes et des Indulgences qu’ils concèdent, dit (en mettant en avant l’opinion d’un sien ami) … " que ce dernier avait peu de foi dans lesdites Indulgences, que l’histoire de ces Indulgences était une dérision et que le pape ne pouvait pas donner le Paradis pour deux réaux (…) ". Et qu’en offense et opprobre envers les Souverains Pontifes, il avait maintes fois chanté dans sa langue française une chanson qui signifiait en castillan : " que le pape de Rome se prenait pour Dieu et trompait les hommes… ". Qu’il vous fallait souffler vos cierges hypocrites, hypocrites [sic] et abandonner vos idoles [le culte de la Vierge et des Saints] pour adorer Dieu (…)

Ytem que le susdit, blasphémateur qualifié ( !) tenait en sa possession des livres pernicieux et de mauvaise doctrine. Et qu’il les lisait et utilisait. Qu’il avait enfin commis maints autres délits d’hérésie et d’apostasie à l’encontre de notre Sainte Foi Catholique.

En foi de quoi prions et requérons que vous mandiez et procédiez contre le susdit en le déclarant hérétique et apostat, fauteur et receleur d’hérétiques tombant [de ce fait] sous le coup d’une excommunication majeure avec confiscation et perte de tous ses biens (…). Ordonnant de remettre sa personne au bras séculier, déclarant ses descendants inhabiles et incapables de tenir et posséder dignités et bénéfices tant ecclésiastiques que séculiers. Ce conformément au Droit et aux lois de ce Royaume, à la jurisprudence et aux instructions du Saint-Office.

Au prononcé de la sentence, Esteban Jamete a abjuré les fautes d’hérésie confessées par lui devant les Seigneurs Inquisiteurs [qui lui infligèrent tout de même trois ans de prison, outre la préventive]

Par devant nous Juan de Ivaireta , notaire du Secret, a fait serment, sous peine de cent coups de fouet, de garder le secret de ce qu’il avait vu ou subi dans les prisons du Saint-Office.

 

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