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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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11 juin 2007 1 11 /06 /juin /2007 19:28

 DES TRIBULATIONS endurées du fait de la Sainte Inquisition par ETIENNE JAMET (1515 - 1565) (alias ESTEBAN JAMETE), sculpteur français de la Renaissance pour s’être risqué à faire son " coming out " huguenot dans l’Espagne de Sa Majesté Très Catholique Charles-Quint. par Michel Jamet (août 2003).

" Une chose ne cesse pas d’être vraie au seul motif "  Quid quid latet apparebit… " qu’elle serait récusée par beaucoup d’hommes… " Dies irae Spinoza

Remerciements à François LAVANANT-JAMET, notre généalogiste - informaticien, pour avoir su " dénicher ", à l’occasion de ses recherches patronymiques via Internet, l’ouvrage d’André Turcat (*) sur l’œuvre de sculpteur et la vie mouvementée d’Etienne Jamet : gros opus de 400 pages illustré de dizaines de photographies prises in situ dans toute l’Espagne par l’auteur : polytechnicien, ancien pilote d’essai du Concorde, reconverti, après un Doctorat d’Etat, à l’Histoire de l’Art.

Hispanophone, André Turcat a de surcroît traduit le mémoire (Madrid 1933) de l’historien Dominguez-Bordona consacré au Proceso Inquisitorial contra el escultor Esteban Jamete " dont les minutes, intégralement reprises, font largement état des confessions de l’inculpé : notre unique source d’information avérée et datée le concernant…

Confessions " fascinantes " dont les variations mêmes donnent à penser ! Car fonction du moment, des circonstances où elles ont été consignées : i.e. avant, pendant ou après la Question (…) Tel par exemple ce trait d’humour (involontaire ?) qui ressort de son interrogatoire en date du 25 février 1558 :

Fut donc déshabillé et déchaussé pour ne plus rester qu’en chemise, avec les chausses qu’on lui avait mises en la Chambre. Et dit qu’il répétait ce qu’il avait déjà déclaré, savoir qu’il n’avait jamais dit qu’il ne fallait honorer que Dieu (…). Il fut donc ordonné qu’on le serrât. Et pendant qu’on le serrait, Esteban Jamete demanda que le tourmenteur attendît. Car il dirait la vérité ET MÊME PLUS (…) ".

A partir des repères chronologiques cités au début de l’ouvrage d’André Turcat, on constate une extraordinaire unité de temps et de lieu avec deux personnages très connus – coïncidence qui ne paraît pas avoir outre mesure attiré l’attention de l’auteur (principalement focalisée, c’est vrai, sur l’œuvre artistique d’" Esteban Jamete "). C’est à ce stade qu’on se trouve, comment dire, embringué dans une enquête quasi policière ! 

On est entre 1531 et 1534 à Orléans : " l’escholier" Etienne Jamet (âgé alors de 16-19 ans) étudie à cette période la peinture et la sculpture et comme c’était l’usage chez un maître local. Marteau et burin, il connaît depuis l’enfance : son père était tailleur de pierres !

Or c’est précisément dans cette tranche triennale que séjourne lui aussi à Orléans un jeune étudiant en théologie, Jean Calvin 22 ans. Qui va y écrire son "Traité sur la vigilance de l’âme". Premier ouvrage, estimé tellement déviant par les autorités universitaires que son auteur sera contraint de s’enfuir précipitamment en Suisse, sous le coup d’une arrestation pour hérésie.

Clément Marot (1496-1544), poète en vogue sous François 1er, aquarelle vue sur le site du Quercy, sa région natale (http://www.quercy.net)

 

Quant à Clément Marot, natif de Cahors et sans attaches familiales à Orléans, il ne s’y rend (autour de 1532/1534 tout comme Calvin) qu’à l’invitation de son " La Boétie " : Lyon Jamet, ami et mécène de Marot (originaire comme Etienne des Pays de Loire mais sans parenté avérée - mais probable : sinon pourquoi avoir choisi ce poète-là pour " l’accompagner " en Espagne ?).

Une telle cohabitation " fortuite " n’implique certes pas que ces trois personnages de même génération (Clément Marot est juste un peu plus âgé, trente-six ans à son arrivée à Orléans) s’y soient " nécessairement " rencontrés physiquement. Probable non, mais très possible : si ! Car pour l’affirmer on dispose de vrais " indices " :

- Orléans est alors une ville " petite-moyenne " où, entre étudiants, tout le monde se connaît ;

- il est établi qu’Etienne, avant même de s’expatrier pour l’Espagne (il a tout juste vingt ans) connaissait l’œuvre pamphlétaire de Marot (car retrouvée chez lui par les Inquisiteurs).

Alors qu’a priori, si on n’emporte que quelques livres dans son baluchon, on choisirait plutôt Homère et Cervantès : pas le " gentil " Marot ... Sauf si on se connaissait " d’avant " !

de même pour les livres " hérétiques " trouvés eux aussi lors de la perquisition au domicile d’Esteban Jamete : en sus d’un écrit " sans indication d’auteur ni d’éditeur " - qui se révélera être la traduction française d’un texte de Luther, le " Traité sur la vigilance de l’âme " de Calvin édité à Orléans juste avant qu’Etienne Jamet ne quitte la ville.

C’était en tout cas le seul ouvrage de Calvin que Jamet ait pu emporter dans son bagage car les autres sont tous postérieurs. Par exemple,  L’ Institution de la religion chrétienne publié à Bâle en 1536 mais dont la première édition française (traduite par Calvin lui-même) est datée de 1541 :

soit plus de six ans après l’expatriation pour l’Espagne de notre " escultor " orléanais.

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