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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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19 mai 2007 6 19 /05 /mai /2007 09:07

"Unitarisme et libéralisme à Genève", Roger Sauter, Approches unitariennes, n° 27, septembre-octobre 1996, pp. 7-8

Genève à la fin du XVI° siècle, dessin de Matthieu Méran fait en 1642 d'après un tableau plus ancien

Des évêques à Calvin

Dès l’an 1034 et pendant cinq siècles, des princes-évêques gouvernèrent Genève, permettant aux riches bourgeois d’avoir toujours plus de regard dans l’administration, élisant le Conseil et leurs syndics. Pour mieux résister aux attaques du duc de Savoie, Genève conclut une alliance, en 1526 avec Berne et Fribourg. Mais voilà que les Bernois adoptent la Réforme deux ans plus tard et soutiennent bientôt la prédication réformée à Genève. Le dernier prince-évêque, ne réussissant pas à expulser les prédicateurs, quitte définitivement Genève en 1533.

Le duc de Savoie se fait alors un devoir d’organiser le blocus de la ville pour affamer les Genevois. Mais les syndics embrassent la Réforme et appellent à l’aide les Bernois, qui délivrent Genève en janvier 1536, après avoir conquis le pays de Vaud et d’autres terres savoyardes. Enfin, le 21 mai 1536, les citoyens décrètent la Réforme de Genève. Bientôt Calvin sera appelé et imposera sa religion.

Premiers unitariens à Genève

En dépit de cette intolérance, des unitariens étrangers visitèrent Genève, tels Gribaldo et les deux Socin. Michel Servet, passant par là, y fut reconnu, jugé et brûlé le 27 octobre 1553. D’autre part, parmi les réfugiés italiens, parce que réformés, il se trouva plusieurs unitariens. Calvin, averti, leur imposa de signer une confession de foi calviniste ; ce qu’ils firent pour sauver leur tête, mais à la première occasion, ils quittèrent Genève. Les plus connus de ces unitariens furent : le professeur de médecine Georges Biandrata, le professeur Gentile et le soldat Alciati. Tous trois allèrent en Pologne où ils aidèrent les anti-trinitaires à s’organiser. Biandrata fut appelé en 1563 à la cour de Transylvanie, et là, participa à la création de l’Eglise unitarienne.

Revenons à Genève. Le calvinisme y est obligatoire. Gare aux non conformistes ! C’est ce que montre l’étrange et tragique histoire du Lorrain Nicolas Antoine (encore un étranger). Au cours de ses études de théologie à l’académie de Genève, il en vint à rejeter la manière chrétienne d'interpréter l'Ancien Testament, ainsi que le dogme trinitaire et la christolâtrie. Tout cela sans le laisser paraître. Antoine voulut même devenir juif ! A la fin de ses études, afin de gagner sa vie, il obtint le poste de pasteur réformé de Divonne, cachant soigneusement son judaïsme. Au bout de deux ans, en 1632, il crut son hypocrisie découverte et fut pris d’une crise de folie. S’évadant de Divonne, il courut à Genève où on le soigna, puis on tenta en vain de la ramener à l’orthodoxie. Emprisonné, jugé et condamné pour " apostasie et lèse-majesté divine ", il fut brûlé le 30 avril 1632, en dépit des efforts déployés par les pasteurs pour sauver son âme de l’enfer et son corps des flammes.

Les pasteurs s’émancipent

Cinq ans après la fin dramatique de Nicolas Antoine, donc en 1637, René Descartes publiait son " Discours sur la Méthode ", livre qui marqua le début d’une ère nouvelle dans l’histoire de la pensée. Il encourage en effet la remise en question en question des traditions, en vue d’une recherche indépendante de la vérité. D’autre part, les écrits de Fausto Socin, le réformateur des unitariens polonais, se répandaient, prônant comme ceux de Pierre Bayle, la tolérance religieuse.

Lentement, prudemment, les pasteurs genevois se laissèrent influencer par cette révolution de l’esprit. Le calvinisme orthodoxe en prit un sérieux coup. Ainsi, en 1725, ils décident d’enseigner " la doctrine telle qu’elle est renfermée dans la Sainte Ecriture et dont nous avons un sommaire dans notre catéchisme ". Bientôt, Jacob Verne propose son " nouveau catéchisme ", qui insiste sur la morale évangélique et glisse sur les croyances intellectuelles. L’épître de Jacques est préférée à celles de Paul. Le dogme de Nicée-Constantinople a perdu de son autorité.

Aussi d’Alembert, dans son article " Genève " de l’Encyclopédie, se plaît-il à qualifier les pasteurs genevois de " sociniens ", c’est-à-dire d’anti-trinitaires. Cependant, ceux-ci ne veulent pas de pareille étiquette, car elle les présente comme des hérétiques aux yeux des Eglises suisses et surtout aux yeux des patriciens gouvernant Genève.

Ce même gouvernement a banni Jean-Jacques Rousseau pour avoir mis dans son " Emile ", publié en 1762, une " profession de foi d’un vicaire savoyard " jugée hérétique car attaquant les religions dites révélées au profit d’une religion dite " naturelle ", où la raison et le cœur dicteraient la foi. On sait que le parlement de Paris condamna également le livre de Rousseau. Celui-ci, banni de France et de sa ville natale, se réfugia à Môtier, dans le Jura.

Dans cet exil, Rousseau adressa des lettres aux pasteurs de Genève. Il les traite de " sociniens honteux ". On ne sait pas ce qu’ils croient, ni ce qu’ils ne croient pas, ni ce qu’ils font semblant de croire. Enfin, dans ses " Lettres de la montagne ", Rousseau révèle sa propre foi : adoration d’un Dieu unique et non trinitaire, une religion du cœur et de la conscience, éclairée par la raison ; son attachement à la personne et à l’enseignement du Jésus historique. S’affirmant ainsi unitarien, Rousseau dut quitter Môtier, et il erra dès lors jusqu’à sa mort en 1778.

Naissance du libéralisme protestant

Après la Révolution, les pasteurs se sentirent plus libres à l’égard de la tradition calviniste. En 1806, la Compagnie des pasteurs supprima l’obligation de suivre un catéchisme unique, mais décide de prendre comme base de la foi la Bible et le Symbole des apôtres – ce vieux symbole, que l’on date de l’an 100 environ, ignore la Trinité.

Un pas de plus est franchi en 1810 : les pasteurs n’ont plus à souscrire au Symbole des apôtres et doivent enseigner la Bible " selon leur propre conscience " ", en tenant compte des progrès contemporains de la critique biblique. Comme il fallait s’y attendre, des pasteurs rejetèrent ce libéralisme et s’en tinrent au fondamentalisme et à l’orthodoxie du XVI° siècle. Des paroisses, communautés séparées, s’organisèrent. C’est ce qu’on appelle le Réveil. Il s’ensuivit des querelles entre orthodoxes et libéraux. Pour mieux défendre leurs opinions, les libéraux créèrent en 1831 un journal, " Le protestant genevois ". Ce fut ainsi l’ancêtre du mensuel " Le Protestant " actuel. Et quarante ans plus tard, en 1871, ce fut la fondation de l’Union protestante libérale (UPL), association toujours active aujourd’hui.

Cette Union prend position dans les grandes questions qui se débattent au Consistoire, organe directeur de l’Eglise nationale protestante, et elle organise des conférences. Dans un récent " Manifeste ", l’UPL se présente au grand public. Il est intéressant d’y lire comment elle définit sa foi. En voici un résumé :

Dieu appelle, mais l’homme peut dire oui ou non. Dieu n’est pas à confondre avec la personne de Jésus. Jésus, fils de Dieu par l’Esprit, est le suprême révélateur de la volonté de Dieu. Jésus accomplit parfaitement la volonté de Dieu, qu’il appelle son Père. La Bible doit être lue sans asservissement à la lettre des textes, dont les auteurs furent des hommes inégalement inspirés ; d’où la nécessité d’une lecture critique. La Réforme doit être permanente. Le dialogue interreligieux est souhaitable.

Comme vous le voyez, les opinions des libéraux genevois sont très proches de celles des unitariens.

Une constitution libérale

En 1907, le gouvernement genevois décrète la séparation des Eglises et de l’Etat. La Constitution de la nouvelle Eglise nationale protestante, approuvée par les citoyens protestants, entra en vigueur en 1909. Elle commence par une " Déclaration " tout à fait libérale. En voici deux extraits significatifs :

" L’Eglise nationale de Genève reconnaît pour seul chef Jésus-Christ, sauveur des hommes ".

" Elle place à la base de son enseignement la Bible, librement étudiée à la lumière de la conscience chrétienne et de la science. Elle fait un devoir à chacun de ses membres de se former des convictions personnelles et réfléchie. Elle ouvre ses portes aux protestants du canton de Genève sans leur imposer aucune confession de foi ".

Cette constitution est demeurée en vigueur jusqu’à nos jours, en dépit du fait que le majorité des pasteurs invoquent la Trinité et que certains regrettent l’absence d’une confession de foi orthodoxe.

Et c’est pourquoi le pasteur Claude-Jean Lenoir a pu, en 1989, organiser au Lignon, une rencontre protestante ayant pour titre cette question provocante : Jésus est-il Dieu ? Y participèrent des pasteurs unitariens : Mme Kirk, Messieurs Pierre-Jean Ruff et Hostetter ; le professeur Théodore Monod, président de l’Association unitarienne francophone (AUF) [ndlr : à cette date encore dénommée " française "] et d’autres personnalités. De même, le centre protestant du Lignon a pu accueillir, récemment, le 31 août 1996, nos amis français de l’AUF pour une assemblée générale.

Bénissons Dieu pour cette liberté religieuse.

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Published by Roger Sauter - dans SAUTER Roger
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