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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 20:07

"Les catéchismes peuvent-ils être non conformistes ? Celui de Rakow (1605)", par Albert Blanchard-Gaillard, texte inédit, 2003

Un catéchisme est d’abord un outil pédagogique, mais pas seulement. Son étymologie dérive du verbe grec " katechéô ", qui signifie retentir, et en second, enseigner de vive voix.

Dans l’univers religieux socinien, c’est le rabbi Ieschoua’, Jésus, qui a été notre premier instructeur. En effet, si l’on excepte sa mort, qui n’a pas forcément vertu d’exemple, toute l’activité publique du Maître est faite d’éducation. On n’en finirait pas de citer les péricopes des évangiles (unités de discours renfermant une scène ou un enseignement) qui commencent par une question, souvent une énigme dont seul l’auditeur a la clé ; bref l’invitation à une sorte de recherche dont la réponse n’est pas donnée d’avance.

Jésus n’assène pas de certitudes dogmatiques qu’il faudrait admettre sans réfléchir, qu’il faudrait apprendre par cœur. Certes, " il parlait avec autorité, et non pas comme les scribes " (Mc, 1,22 et //), mais il s’agit d’une autorité personnelle, de type charismatique, et non l’autorité conférée par une fonction. " Et il leur posait cette interrogation : ‘Mais vous, qui dites-vous que je suis ?’ " et, quelles qu’aient été les réponses, il leur enjoignit d’un ton sévère de ne rien dire de lui " (Mc, 8, 29-30 et //). " Qui est le plus grand ? " (Lc, 22,27) ; " Qui est ma mère et qui sont mes frères ? " (Mt, 13,48) ; " Pourquoi cette génération cherche-t-elle un signe ? " (Mc, 8,12) ; " N’avez-vous pas encore réfléchi ni compris ? Avez-vous le cœur endurci ? " (Mc, 8, 17) ; " Comment les scribes disent-ils que le christ est le fils de David ? " (Mc, 12, 35), etc.

En bref, la parole de Jésus est éducation, souvent : " Ne faites pas…ne dites pas … ". Elle est aussi fréquemment questionnement, dont la réponse est à chercher en soi, donc remise en question personnelle, appel à la conversion. Elle est enfin contestation, c’est-à-dire d’un autre côté attestation, proclamation : " On vous a dit…mais moi je vous dis… ".

Les catéchumènes sont des postulants chrétiens ; mais, simples auditeurs comme leur nom l’indique, ils ne deviendront de vrais fidèles qu’après avoir été instruits. Le baptême est le couronnement et le symbole de leur accession à une foi maîtrisée et comprise.

Tout cela est du temps de la tradition orale, puis vint celui de l’imprimerie. Le catéchisme tel que nous le concevons, ouvrage imprimé exposant la foi par demande et réponses, est l’œuvre de la Réforme, et cela se comprend. Grand et petit catéchisme de Luther dès 1529, catéchisme de Calvin en 1545 - intitulé " Formulaire d’instruire les enfants en la chrestienté, faict en manière de dialogue ou le ministre interroge et l’enfant respond " -, ces exposés, étant ceux de nouvelles Eglises, ont avant tout une fonction protestataire dans les deux sens d’attestation de foi et de contestation des erreurs de l’Eglise antérieure. Dans un milieu au départ peu encadré, ils servent aussi de référence et d’aliment pour les isolés.

Bien entendu, l’Eglise romaine, ébranlée dans son autorité, va répondre et se mettre, elle aussi, à la confection d’un catéchisme ; ce sera celui du concile de Trente, publié en 1566. On voit combien la " Grande Eglise " est totalitaire, car elle veut avoir réponse à tout, y compris ce qui n’a été ni observé, ni connu, ni même révélé par les Ecritures, comme par exemple ce qu’il en serait de la nature profonde de Dieu en ses " processions " et ses " relations internes ". Aussi ce genre de catéchisme, finalement très rhétorique, est-il fort long. Le Nouveau catéchisme de l’Eglise catholique, promulgué par Jean-Paul II en 1992, ne comporte pas moins de 2 865 propositions, cette fois-ci sans questions, en 676 ou 800 pages suivant l’édition. Aussi ne doit-il pas être compris comme un outil d’instruction des enfants ou un compendium de foi, mais comme une sorte de dictionnaire dogmatique de référence ; ce qui explique son succès de vente (sa possession est un brevet de conformisme)…et sa faible influence sur les croyances des fidèles.

La problématique principale à laquelle doit répondre cette présentation est la suivante : les responsables cléricaux sont généralement très pénétrés, par leur formation et leur état, du bien fondé de leur activité catéchétique ; or, pour la plupart des gens il n’en est pas de même et le mot catéchisme évoque plutôt l’endoctrinement des jeunes enfants, avec tout ce que cela comporte d’argument d’autorité et de démarche persuasive habile pour faire tenir comme évidentes des affirmations plus qu’hypothétiques. Les grands dictionnaires de langue gardent la trace de cette connotation très péjorative du processus de catéchisation. Ainsi le " Robert ", à l’article catéchiser, donne les deux sens

1°) d’instruire de la religion chrétienne, et 2°) d’endoctriner, avec la citation suivante de M. van der Meersch (écrivain catholique) dans " L’élu " : " Ces superstitieuses épouvantes qui vous restent du catéchisme… " ; et, à l’article endoctriner : " Chercher à gagner quelqu’un à une opinion, un point de vue ", avec des renvois à circonvenir " agir sur quelqu’un avec ruse pour parvenir à ses fins" et à entortiller " envelopper quelqu’un de ruses et de séduction ". On parle aussi de bourrage de crâne, qui est " une action insistante et persévérante pour en faire accroire ", c’est-à-dire abuser de la crédulité de quelqu’un, faire croire ce qui n’est pas. On voit que le catéchisme n’a pas forcément bonne presse aujourd’hui.

Or les courants religieux minoritaires, qui sont nés par réaction à des abus de positions dominantes institutionnelle et/ou théologique des grandes Eglises, sont censés être tolérants, critiques et amoureux de la liberté spirituelle ; " dans la véritable Eglise du Christ, disaient les sociniens, nul ne peut commander à d’autres en matière de foi ". Cette manière très libérale est-elle compatible avec l’élaboration de catéchismes ? La question que nous voulions amener est la suivante : les non-conformistes peuvent-ils produire et utiliser ce qui est le symbole du conformisme, un catéchisme ?

Les courants contestataires chrétiens ont tous produits des catéchismes, comme celui que nous allons vous présenter sommairement. N’y a-t-il pas là une contradiction ? Il nous semble que non pour les raisons suivantes :

1°) Il faut rappeler dans quelles conditions sont apparus et ont essayé de se faire une place les courants chrétiens " radicaux ", toujours très minoritaires, même au sein de la Réforme. On a voulu immédiatement les détruire, méthodiquement, par le fer et par le feu, pour qu’ils ne puissent pas se faire entendre et ainsi menacer des situations acquises. Dans ce but, les catholiques ont rivalisé de cruauté avec les luthériens, les réformés et les orthodoxes.

Il fallait, à ces protestants non trinitaires de la première heure, être bien informés des conséquences théologiques et ecclésiologiques qui découlaient de leur ardente foi en un Dieu Un, strictement un, et en l’humanité de Jésus. Il leur fallait être sûrs, en raison et par l’histoire, que le bricolage rhétorique du dogme trinitaire n’était pas constitutif du christianisme, comme l’affirmaient les clercs, mais datait seulement de l’époque constantinienne. Ces sociniens, chassés de leurs terres par la persécution tridentine et l’exil, étaient souvent des individus ou des familles isolés, soumis à la terrible pression des Eglises installées. Ce catéchisme des périodes difficiles fut d’abord le viatique des Frères sans congrégation.

2°) Leurs adversaires soutenaient que les contestataires chrétiens étaient seulement des " anti ", des destructeurs des dogmes traditionnels (les intéressés n’aimaient pas, à cause de cela, l’appellation d’antitrinitaires). Aussi la diffusion d’un document aussi important que le Catéchisme de Rakow fit connaître à un très marge public européen leur véritable prédication.

3°) Les premiers propagateurs du christianisme non trinitaire (ou unitarien) sont des hommes de la Renaissance ayant un certaine notoriété ; l’Espagnol Michel Servet, les Italiens Lelio et Fausto Sozzini, Biandrata et bien d’autres, sont savants, des médecins, des juristes, en tout cas des lettrés de haut niveau, bons exégètes, lisant le latin, le grec et l’hébreu, et maniant aisément les procédures rationnelles. Avant Descartes et son Discours de la Méthode, ils en mettent en œuvre les démarches que permet un catéchisme par demandes et réponses : la démarche analytique, qui décompose un tout en ses plus petites parties, pour en mieux résoudre les difficultés ; la démarche déductive, qui infère d’un principe découvert par l’intuition ou par la foi toutes les conséquences.

Ainsi, tous les grands catéchismes de cette époque sont les fils légitimes de la Renaissance (érasmienne particulièrement) et de la Réforme, aidés par les prémices du rationalisme qui allait triompher au XVIIème siècle De plus, les chrétiens non trinitaires, qu’ils soient unitariens ou sociniens, ont la conviction de revenir au " vrai " christianisme des origines, celui d’avant les dogmes et les hiérarchies, que la majorité des protestants n’a pas eu, d’après eux, l’audace de rejoindre, et qui est le seul enseignement de Jésus le Nazôréen, débarrassé de toutes les adjonctions ultérieures qui l’auraient défiguré et perverti.

Avant l’officiel Catéchisme de Rakow des Frères polonais, il y en eut d’autres. Les historiens signalent une première tentative de Grégoire Paul (1525-1591), un des leaders des Frères. La Contre-Réforme l’a détruit, ne nous en laissant que le souvenir. Vers 1574, un certain George Schormann établit une Confessio Fidei, sans doute fort courte. Fauste Socin lui-même avait composé deux traités inachevés, donc à l’époque restés manuscrits : une Christianae Religio brevissima Institutio per Interrogationes et Responsiones, quam Catechismus vulgo vocant, et un Fragmentum Catechismi Prioris.

Une lettre de F. Socin, en date du 23 novembre 1603, nous indique que le synode des Frères de l’Ecclesia Minor lui confia, avec l’aide de Pierre Statorius junior, la tâche de présenter une édition plus aboutie sinon définitive du Catéchisme. Mais F. Socin mourut trois mois plus tard et Statorius disparut début 1605. Le soin d’achever cette mission fut alors confié à trois éminents théologiens non trinitaires : Valentin Smalcius (Schmalz, 1572-1622), Jéröme Moscorovius (Moskorzowski) et Johannes Völkel. Ces trois hommes menèrent à bien le travail de révision des premières ébauches sociniennes et publièrent la première édition en polonais du Catéchisme à la fin de 1605 (une seconde édition paraîtra en 1619). Il y aura, à partir de 1609, six éditions en latin, langue internationale de l’époque, trois en néerlandais, deux en allemand et deux en anglais.

Le titre exact (traduit par nous) du Catéchisme de Rakow était : " Le Catéchisme des Eglises qui, dans le Royaume de Pologne, le grand Duché de Lituanie et autres Provinces royales, affirment que personne d’autre que le Père de notre seigneur Jésus-Christ n’est le seul Dieu Un d’Israël ; et reconnaissent et confessent qu’un Homme, Jésus de Nazareth, né d’une Vierge, est le fils unique engendré par Dieu, et personne d’autre en plus ou avant lui ". Déjà presque tout est annoncé dans ce titre, à la manière feutrée des Sociniens qui, on le sait, croient en la naissance miraculeuse de Jésus, en sa résurrection et en son ministère triple de Prophète (principalement), de Roi et de Prêtre, tout en n’étant, par nature, qu’un homme exactement comme nous ; l’Esprit saint (ou Souffle de Dieu) étant la communication de sa force vivifiante et éclairante.

Ce catéchisme, en ses diverses éditions, fut imprimé d’abord sur les presses des imprimeurs amis de Rakow, d’où son nom courant. Quand la cité des Frères fut vidée par ordre des Jésuites, l’impression se fit, sous de fausses indications de lieu (et parfois de date) à Amsterdam avec l’aide des Collégiants (les amis de Spinoza - celui-ci lut le Catéchisme et s’en inspira) ou des Remonstrants, l’aile libérale du calvinisme.

Il était de format réduit (in-12), ce qui permit de le transporter et de le diffuser plus facilement dans toute l’Europe, malgré les interdictions et les risques. Une édition anglaise, imprimée par des sociniens anglais, fut, audacieusement, dédiée au roi Jacques Ier (de la Maison des Stuart), lequel prit très mal cet hommage, déclara l’ouvrage satanique et le fit brûler en 1614 par ordre du Parlement. N’empêche que des exemplaires furent lus par les évêques latitudinaires anglicans vers 1640. Cela ne fit que renforcer leur recherche d’une théologie rationnelle et leur volonté d’œuvrer pour une Eglise " large " (Broad Church), tendance qui existe toujours dans l’Eglise d’Angleterre.

Le catéchisme  socinien en effet, s’il était de petit format, n’en comportait pas moins de 400 pages, ce qui en faisait non pas un court manuel à l’usage des enfants mais un ouvrage de référence pour théologiens et fidèles instruits. On en fit des réfutations jusqu’à la fin du XVIIIème siècle ; ce qui accrut encore sa notoriété (par exemple auprès de J. J. Rousseau et des rédacteurs de l’Encyclopédie). Cependant, la Révolution et les guerres européennes le firent oublier et il ne fut réimprimé qu’en Angleterre au début du XIXème siècle, à l’usage des pasteurs unitariens, cette tendance du protestantisme étant enfin autorisée dans le Royaume-Uni en 1813.

Les thèses du Catéchisme ne seront pas analysées ici, étant résumées dans d’autres articles. On me permettra cependant, du moins je l’espère, d’affirmer ma sympathie pour leurs auteurs, ces hommes courageux et obstinés, malgré les persécutions, qui déclaraient dans l’introduction de leur traité :

" En rédigeant ce catéchisme, nous ne prescrivons rien à personne. En exprimant nos sentiments, nous n’opprimons personne. Que chacun soit libre de manifester son jugement en matière de religion, pourvu qu’à nous aussi il soit permis de faire connaître nos opinions sur les choses divines sans injures ni invectives. Telle est en effet cette belle liberté de prophétiser […] dont l’Eglise primitive des Apôtres nous donne un lumineux exemple […] quant à nous, nous sommes tous frères, aucun pouvoir, aucune domination ne nous a été accordée sur la conscience d’autrui". Tels étaient les Frères polonais, des chrétiens libres qui furent pour cela haïs et persécutés.

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Published by Albert Blanchard-Gaillard - dans BLANCHARD-GAILLARD Albert
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