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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 19:53

"Le nom de Jésus", Recherches unitarienne, n° 7, début 2000 et n° 8, mi 2000, étude coordonnée en 1999 par Albert Blanchard-Gaillard au sein du groupe unitarien de Digne

Les chrétiens libres sont au courant de l'exégèse contemporaine (et critique) la plus sophistiquée: par exemple celle qui est recensée dans Daniel Marguerat et al. : Jésus de Nazareth, Nouvelles approches d'une énigme, Genève, 1998 ; ou celle qui est issue des travaux du Jesus Seminar. II n'en reste pas moins que l'exégèse rationnelle et indépendante commence avec Érasme (1536) et se poursuit avec les chrétiens non-trinitaires Servet (1553), Socin (1604) et ses disciples, et surtout Francis Dávid (1579), dont les oeuvres (en hongrois ou latin) restent manuscrites. Tous ces chrétiens engagés n'avaient pas attendu Richard Simon (1712) ou Reimarus (1765) pour rechercher adogmatiquement la vérité dans l'Écriture.

C'est dans cette ligne que nous nous situons. Nous savons bien que les "récits de la naissance", qui ne figurent que dans Luc 1, 26-38 et 2, 1-7, et allusivement dans Matthieu, 1, 18-25, les plus tardifs (80-90 ?) des Synoptiques, sont considérés comme "rédactionnels" par les exégètes sérieux (rédactionnel veut dire inventé par les auteurs, autrement dit passablement mythique, ou du moins romancé). Les Églises reconnaissent - en privé - cette caractéristique, mais ne se privent pas d'utiliser tous ces "récits de l'enfance" pour attiser la piété populaire. Quant à nous, nous rechercherons, au-delà de l'utilisation d'un surnaturel très daté (attendrissant, mais plus vraiment croyable), s'il ne se serait pas glissé, au milieu des proclamations théologiques, les fameux "thèologoumènes"*, quelques détails factuels utilisables.

* l'héologoumène est un texte ou récit des Ecritures rédigé pour prouver une affirmation théologique.

II en est ainsi, pour nous, de l'imposition du nom de Jésus. C'est le tout premier épisode de sa carrière future, avant même qu'il soit conçu (ce qui n'est pas habituel, car les enfants juifs étaient prénommés, nous allions dire baptisés, les garçons lors de la circoncision, les filles à la synagogue, lorsque l'on lit pour la première fois devant elles la Torah). Cette imposition du nom est même une faveur quasi divine; ainsi dans "Pirké de Rabbi Elezier" : "Six personnages ont reçu leur nom avant leur naissance : ce sont Isaac, Ismaël, Moise notre législateur, Salomon, Josias, et le nom du Messie). Or l'imposition d'un nom n'est pas chose sans importance, car dans la culture juive, "le nom d'une personne agit sur sa vie" (Talmud, Ber. 7b). Le nom, quand il a un sens précis, détermine le destin d'une personne. Et ce sera le cas ici.

Dans Luc, un messager vient dire à Marie que, sous peu, elle sera enceinte et qu'elle devra appeler son fils Jésus (transcription du grec Ièsous, lui-même rendant l'hébreu Iéchouah ou Iéhochouah - autre transcription Josué -, dont la signification est : Iah(vé) sauve. Le fait sera rappelé par le même évangéliste en 2, 21 : "Huit jours plus tard, quand vint le moment de circoncire l'enfant, on l'appela du nom de jésus, comme le messager l'avait demandé avant sa conception.". Dans Matthieu, Joseph, dans un rêve, s'entend dire : "Marie, ton épouse, enfantera un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus, "car c'est lui qui sauvera son peuple".

Ce nom est donc programmatique : il dit que celui qui le recevra sera l'intermédiaire de Dieu dans l'ouvre de salut. Dieu sauvera par lui. Peut-on aller jusqu'à dire que jésus, dès avant sa conception, a été programmé ? Programmé par qui ? Par Dieu qui, selon l'espérance juive, devait envoyer un messie pour libérer son peuple? Par des hommes à coup sûr, puisque Dieu a besoin d'eux pour se faire entendre et agir.

Ces militants, qui attendent avec impatience le Messie annoncé et qui seront ses hommes (Gabriel = homme fort de Dieu) quand il viendra, ce sont tous ceux qui refusent l'ordre établi, la situation politico-religieuse d'alors : les partisans de la mouvance messianiste, "esséniens, zélotes, baptistes, Nazôréens" (les noms de groupes ont en ce temps-là peu d'importance). De nombreux textes décrivent leurs espoirs : les écrits de certains prophètes comme Isaïe, pratiquement tous les écrits "inter testamentaires", Daniel, Hénoch, tous les textes trouvés près de Qumrân. Ils précisent peu à peu le portrait-robot du futur oint de Dieu. Celui-ci sera un descendant de David et d'Aaron, c'est-à-dire qu'il cumulera les lignées royale et sacerdotale; les textes pensent savoir où (vraisemblablement à Bethléem, cité davidique), et quand (au moment où la Judée sera au plus bas, souillée par la présence dominante des païens) il naîtra. Pour plus de sûreté, des horoscopes tenus secrets calculent la date précise de la naissance du messie. Ce dernier est plus qu'attendu, il est imminent. II sera soit l'agent de la libération, son chef, soit le catalyseur qui fera advenir le jour de colère de Dieu.

C'est dans ce climat, manifesté par l'attribution à un enfant à venir du nom, que baignent les rares textes évangéliques de la première enfance du Sauveur. Ils sont non pas miraculeux et divins, mais massivement messianiques

- Les parents choisis sont censés être descendants de David (Joseph) et d'Aaron (Marie).

- Le nom du messager, nous l'avons vu, équivaut à "soldat, militant de Dieu", qui pouvait bien convenir à un essénien ou à un zélote.

- Le "Magnificat", mis fort artificiellement dans la bouche de la toute jeune Marie est un virulent hymne messianiste : "II (Dieu) a renversé les puissants de leurs trônes, et a élevé les humbles (annawim, les futurs partisans de Jésus). Les affamés, il les a comblés de biens, les riches, il les a renvoyés les mains vides."

- Le voyage périlleux et exténuant à Bethléem, avec une très jeune (en principe, 13 ans) femme sur le point d'accoucher. Ce voyage est destiné à faire naître Jésus dans "la" cité messianique, celle de David. Hérode demande où devait naître le messie ( (Mt. 2, 3.). On lui répondit : "A Bethléem de Judée, car ainsi est-il écrit par le prophète (Michée 5, 1-2)"

- La présence et le concours des bergers, considérés par les pharisiens comme des bandits et des hommes particulièrement impurs, en fait hommes turbulents et peu orthodoxes.

- L'allusion horoscopique dans Mt. 2, 1-2 : les mages - ici des astrologues, non des rois - ont vu non pas "une" étoile, mais "son étoile" (celle du roi des juifs), c'est-à-dire son thème astrologique.

- Le moment vraisemblable de la naissance : le temps de la Pâque, car les bergers sont de nuit dans les collines ; l'encombrement de l'hostellerie indique une date de grandes migrations, de pèlerinage obligatoire (à Jérusalem, distante d'une dizaine de km) : Pâque commence par le repas de Séder, où on lit Ex. 6, 6-7: "Je vous délivrerai de la servitude, je vous rachèterai ....".

- Tout cela ne fait pas preuve : c'est une convergence significative du dessein messianiste du texte.

L'attitude qui nous paraît la plus raisonnable, l'histoire étant la science des plus fortes probabilités, est de dire que Jésus n'est pas une sorte de météore, surgi par miracle et prétendant par lui-même à la dignité de messie (messie "prétendant"), mais un homme choisi par un courant religieux puissant et fervent, pour être l'oint attendu (messie "prétendu").

Sa famille, comme on le voit à toutes les notations messianistes citées plus haut, n'est pas d'appartenance majoritaire (pharisienne, surtout répandue dans la population aisée des villes de Judée), mais, galiléenne et pauvre, ancrée dans le courant protestataire messianiste, ce que donne à entendre une minuscule notation de Matthieu (1, 25 ), qui pourrait sembler déplacée : "et il ne la connut plus jusqu'au jour où elle enfanta un fils", à rapprocher du comportement essénien signalé par Flavius Josèphe dans sa "Guerre des juifs", §161 : "et quand elles sont enceintes (les femmes esséniennes), ils (leurs maris) n'ont pas de commerce avec elles", pratique tout à fait inhabituelle chez des juifs.

Jésus, pour nous, est donc né et instruit dans l'ambiance eschatologique, celle de la venue imminente du jour de Iahveh, inaugurant un renversement du "monde" habituel. II a été choisi par son camp malgré de nombreuses réticences familiales au moment décisif pour tenir le rôle du messie attendu. C'est tout cela que suggèrent pour nous les nombreuses notations messianiques dans le récit "prénatal", et en particulier l'imposition, avant même la conception, d'un nom-programme messianique. II est évident aussi que tout cela n'a pas de sens si Jésus est Dieu ( le messie est un homme missionné par Dieu, et non un dieu), ou s'il est le fils d'une banale famille de campagne, qui vit dans l'isolement et l'ignorance des enjeux de l'époque.

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Published by Albert Blanchard-Gaillard - dans BLANCHARD-GAILLARD Albert
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