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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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5 avril 2007 4 05 /04 /avril /2007 19:48

"Lectures des évangiles et contresens", Recherches unitarienne, n° 8, mi 2000, étude coordonnée en 1999 par Albert Blanchard-Gaillard au sein du groupe unitarien de Digne

Un chrétien est quelqu'un qui lit fréquemment les évangiles pour y trouver des exemples et des enseignements. Cependant, il ne suffit pas d'ouvrir n'importe quelle traduction du Nouveau Testament pour le faire. Ce serait en pratiquer une "lecture naïve", une lecture qui croirait qu'il n'y a qu'un seul texte bien établi, et qu'un seul sens possible aux mots et aux phrases lues.

Ce n'est pas le cas ; les manuscrits grecs les plus anciens du N. T. datent au plus tôt du IVe siècle (Vaticanus et Sinaiticus) : environ 250 s'étagent entre le Ve et le VIIIe s. ; ils sont écrits en majuscules ou "onciales"; ils sont suivis à partir du IXe siècle par plusieurs milliers de manuscrits en minuscules : au total environ 5 000 manuscrits "authentiques" en grec : mais ce ne sont que des "copies de copies".

Tous ces manuscrits les plus anciens sont écrits sans aucun espacement entre les mots, les phrases, les paragraphes, ce qui en rend l'interprétation difficile. II n'y a pas de division en versets ou en chapitres, qui sont des inventions ultérieures. Aucune lettre plus grande ne vient accorder d'importance théologique à des mots comme "père", "christ", "esprit" (pneuma = souffle), "vierge", etc. D'autre part, il existe entre les manuscrits les plus anciens plusieurs dizaines de milliers de variantes, dont plusieurs centaines peuvent avoir une importance théologique, comme nous le montrerons par des exemples.

Quand vous avez entre les mains un évangile en français, sa traduction résulte de milliers de choix théologiques, de jugements qui ont été faits à votre place, en général dans le sens le plus conformiste, puisque ce sont les grandes Églises qui établissent et publient les textes. Il n'est pas innocent, par exemple, de traduire systématiquement par Saint-Esprit, au lieu de souffle de Dieu, ou par Christ (nom propre ou titre), au lieu de messie ou encore mieux oint (adjectifs). Autrement dit, sous prétexte de ne pas vous laisser lire naïvement le texte, on vous a arraché le livre des mains pour vous en faire une lecture déjà très orientée.

Pour toutes les raisons évoquées, remaniements nombreux et tardifs, difficultés de lecture des manuscrits, interprétations traditionnellement conformistes de certains versets, il se produit, lors d'une lecture non critique des textes, de nombreux contresens (dont certains sont déjà induits par les rédacteurs ou les retoucheurs des textes). Nous allons essayer d'en étudier un certain nombre, dont le texte reçu est présenté par "l'orthodoxie" comme une évidence, et qui pourtant effectuent un important gauchissement du texte, qui a des répercussions théologiques.

La " voix qui crie dans le désert "

Nous voulons commencer par un exemple simple, où le contresens, voulu ou non, semble de peu de portée. Il s'agit de la fameuse "voix qui crie dans le désert", devenue une véritable expression courante, désignant quelqu'un qui prêche sans être entendu.

Nous sommes lors de la première apparition publique de Iohanan (Jean, en grec des évangiles),fils de Zacharie. Les trois synoptiques font application à Jean de cette citation détournée et faussée d'Isaïe, 40, 3.

Mt. dit : "Car c'est de lui que l'oracle d'Isaïe dit...";

Mc. combine deux citations : la première de Malachie, 3, 1, "Voici que j'envoie mon messager devant ta face pour préparer la route", citée incorrectement, le texte exact étant : "Voici que j'envoie mon ange devant moi. II déblaiera la route.", ce qui ne signifie pas la même chose, et : "Voix de celui qui crie dans le désert : préparez le chemin du seigneur, rendez droits ses sentiers."

Lc. entame l'épisode semblablement (3, 3-4) : "Il (Jean) vint dans toute la région du Jourdain ... comme il est écrit au Livre des paroles d'Isaïe le prophète."

Tout cela est bel et bon, mais si l'on veut faire l'application d'une "prophétie", encore faut-il la citer textuellement. Or, si l'on se reporte au texte autorisé (quelles que soient les traductions) d'Isaïe, 40, 3, on lit : "Une voix clame : Frayez dans le désert la route de Iahvé! / Tracez dans la steppe une chaussée pour notre Dieu ! / Que toute montagne et toute colline soient abaissées, Que le saillant devienne uni / Et que les mamelons deviennent une vallée !

La gloire de Iahvé se révèlera, / Et toute chair à la fois verra, / Car LA BOUCHE DE IAHVÉ a parlé." (traduction J. Kœnig, La Bible, t. 2, La Pléïade, 1959.). Commentaire en note 3 de l'ouvrage : le Prophète entend une voie pendant une extase, comparer Ézéchiel, 1, 26 : c'était la vision de l'image de gloire de IAHVÉ, je vis et je tombai sur ma face, puis j'entendis une voix (celle de IAHVÉ) qui parlait. Autrement dit, UNE VOIX est toujours celle de Dieu. La route est celle qui permettra aux exilés (à Babylone) de rentrer en Judée, par des routes faciles. Cela résultera d'un miracle, tout comme le passage à travers les eaux, lors de la sortie d'Égypte.

On dira que l'on chipote, qu'il y a peu de différence entre : "Une voix crie dans le désert : Préparez..." et "Une voix crie : Dans le désert préparez...", et d'ailleurs que la première formulation est tirée de la Septante* par les rédacteurs des évangiles. Ce dernier fait est signalé par des exégètes autorisés comme les dominicains P. Benoît et M. E. Boismard dans leur "Synopse", t. II, p. 69 (1972). Ils ajoutent, pp. 72, 73 et 74, que les textes les plus anciens des synoptiques (Mc intermédiaire, Proto-Luc et Mt. intermédiaire) devaient se lire ainsi : "Or, en ces jours-là, vint un nommé Jean, baptisant un baptême de repentir dans le fleuve Jourdain, et tous venaient vers lui." C'est tout, jusqu'à Mc, I , 7.

* la Septante est une traduction en grec de la Torah (bible) hébraïque. Elle fut faite sur ordre du souverain hellénistique Ptolémée II, sans doute pour mettre par écrit les lois de l'importante communauté juive d'Égypte, à Alexandrie au milieu du IIIème s. avant notre ère. La légende veut que furent convoqués soixante-douze traducteurs (d'où le nom de Septante) et qu'ils remirent aux commanditaires un travail parfait. En fuit, la Septante est une adaptation du texte sacré qui modifie considérablement le sens de nombreux passages. Aussi les juifs de la Synagogue, après la chute de Jérusalem, considérèrent-ils cette traduction comme aussi néfaste et impie que l'adoration du Veau d'or. La Septante fut surtout lue par des juifs de la Diaspora ou des pagano-chrétiens (ou "hellénistes") extérieurs à la Palestine.

Donc, les citations "bibliques" et la description de Jean proviennent d'une étape tardive de la rédaction. Ces constatations et propositions amènent à réfléchir, et à tirer quelques conclusions.

1°) Les citations "vétéro-testamentaires" faites d'après la Septante (celles-là et toutes les autres) prouvent non seulement que les évangiles ont été rédigés en grec (ce qui est une évidence), mais qu'ils l'ont été par des juifs de la diaspora hellénistique ou des pagano-chrétiens, loin des lieux (la Palestine) et de l'époque de Jésus. Ce ne sont pas des témoins des événements, même s'ils peuvent s'appuyer sur des traditions plus anciennes.

2°) Ces rédacteurs sont des apologistes, c'est-à-dire qu'ils défendent une thèse. Ils ne se gênent pas pour utiliser comme il leur convient des citations bibliques tronquées, altérées ou détournées de leur contexte. A l'inverse des juifs observants que furent les premiers chrétiens, qui considèrent le Texte comme sacré, ce sont des propagandistes sans états d'âme : donc des membres de communautés à l'esprit et à la pratique très éloignés du judéo-christianisme originel. Ils sont très influencés par la pensée grecque (païenne).

3°) L'utilisation qu'ils font des citations "sacrées" influence sans doute le lecteur ou l'auditeur non-instruit. Il reste qu'elles sont incohérentes avec la situation historique qu'elles prétendent décrire. Ainsi Jean immerge (= plonger), plus qu'il ne prêche, sur les bords fertiles du Jourdain, au milieu d'un grand concours de peuple. Il ne tracera à Jésus, après son baptême, aucune route facile. Pour le rabbi galiléen, les chemins raboteux ne deviendront pas des routes unies, sa prédication ne sera pas rendue plus aisée et ne rencontrera aucun assentiment général.

4°) On peut se demander, dès lors, quel est le rôle de ces citations falsifiées. A notre avis, le texte composite de Mc, l , I - 6 et // répond à deux enjeux polémiques :

a) le plus banal est de démontrer aux pharisiens ou à leurs successeurs, par des citations même approximatives, que Jésus est bien le Messie annoncé par les Prophètes et espéré par Israël. On sait aujourd'hui que cet argumentaire, en direction des seuls juifs majoritaires, n'aura que peu de succès et ne convaincra pas. II est essentiel cependant de signaler qu'une telle tentative n'a pu avoir de sens qu'entre 80-90, date de l'assemblée de Yabneh, où les judéo-chrétiens commencent à devenir suspects aux orthodoxes maintenant univoques (Voir S.C. Mimouni, "Le judéo-christianisme ancien", Paris, 1998, pp. 177-I85) et 135 (révolte de Bar Kosiba), date à laquelle les judéo-chrétiens sont définitivement exclus du judaïsme. L'essentiel des évangiles sous leur forme actuelle est d'ailleurs rédigé entre ces deux dates.

b) comme, au début de l'action publique de Jésus, Jean le baptiste est le leader charismatique le plus important et le plus célèbre des messianistes de tout bord. On sait qu'il gardera nombre de ses partisans longtemps après son exécution. La manœuvre pour les "chrétiens" est de produire citations et descriptions qui le marginalisent. On le présente comme un excentrique (à la fois géographiquement et socialement), qui vit dans les sables habillé comme les anciens prophètes, Il est une voix isolée qui "crie dans le désert" (alors qu'il attire des foules nombreuses et intervient à la cour d'Hérode Antipas, qui devra l'exécuter à cause de son influence. Des versets tardifs des synoptiques lui font dire : "Celui qui vient derrière moi (Jésus) est plus fort que moi, lui dont je ne suis pas digne de délacer les sandales..." Toutes ces péricopes* "rédactionnelles" ne rendent pas compte (elles n'ont pas ce but) de la réalité historique.

* une péricope est, au sens figuré, un groupe de versets de l'Écriture formant un ensemble narratif ou théologique.

Les réflexions que nous pouvons faire à la constatation d'une minime altération de texte nous prouvent qu'on ne peut pratiquer qu'une lecture très minutieuse et très critique des textes reçus, même "sacrés".

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Published by Albert Blanchard-Gaillard - dans BLANCHARD-GAILLARD Albert
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