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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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29 septembre 2009 2 29 /09 /septembre /2009 12:36

"Michel Servet fut-il un prophète ?" par Fabien Girard *, article paru à la Une dans le bulletin de la Correspondance unitarienne, n° 96, octobre 2009. L'auteur est témoin de Jéhovah et éditeur du site "Liberté de croyance et anti-trinitarisme autour de Michel Servet et Sébastien Castellion".

 

Ne fut-il pas plutôt un médecin, un humaniste et ... presque un réformateur ?

gravure hollandaise de l'époque, vue sur le site de Fabien Girard. On remarquera le croissant sur l'église censée être Saint-Pierre de Genève, devenue église réformée avec Calvin. L'anti-trinitarisme, alors mouvement fondamentaliste chrétien, était accusé par certains d'être influencé par l'islam.

"Presque un réformateur". Pour qu'il soit devenu un réformateur il aurait fallu qu'il puisse diriger une assemblée de fidèles, que ses écrits aient été reconnus par l'intelligentsia protestante, par ceux notamment qui en occupèrent les sièges régionaux, je veux parler des Calvin à Genève, Melanchthon à Wittenberg ou Bullinger à Bâle, etc. En fait il conviendrait plutôt de dire qu'il ne fut surtout pas reconnu !

En tant que théologien, il ne se trouvera de place pour lui qu'au beau milieu des parias de la Réforme, les anabaptistes. Et encore ! Servet est tellement un penseur solitaire qu'il n'est jamais présenté par les historiens en tant qu'anabaptiste puisqu'il n'avait pas vraiment de rapports étroits avec cette mouvance. D'ailleurs il n'assistera pas au synode anabaptiste de Venise en 1550.

Un homme savant, né dans un petit coin de campagne insignifiant d’Aragon, soignant les malades, s'exprimant dans les langues des érudits et surtout celle des Juifs, capable de traduire les Saintes Écritures qu'il a la volonté d’expliquer alors que les "maîtres" de son temps le critiquent et le rejettent catégoriquement, ayant dû s’exiler d’Espagne, de Bâle et de Paris et vivre à Charlieu puis à Valence sous une fausse identité, terminant sa vie exécuté en public par ceux-là même qu’il estimait pouvoir le comprendre, les réformés de Genève des événements qui ressemblent à s'y méprendre à ceux qui se sont passés au Proche Orient quelques 1 500 ans plus tôt avec un certain Jésus.

Mais Servet n'a pas que l'habit du prophète... Le prophète a pour vocation de changer les choses, de bousculer les idées reçues et les institutions figées. Il porte en lui le souffle divin qui lui autorise toutes les folies en terme de communication. Mais à sa manière, en cherchant à diffuser, il se révèle le prédicateur exigeant d'un retour au vrai christianisme, celui que l'on appelle de nos jours "primitif" ou encore "anté-nicéen". Pour lui, si la Réforme l'entend et va au bout de son œuvre elle accouchera d'un christianisme vainqueur de la "Bête sauvage" de l'Apocalypse, la papauté, mot d'alors servant à qualifier l'Église catholique romaine, et abandonnera tout de ses pratiques jugée païennes. Rien qu'en rédigeant sa Christianismi Restitutio, il devient de fait l'annonciateur d'un monde nouveau où le christianisme apostat, selon l'idée qu'il s'en fait, n'a plus droit de cité. C'est un peu comme s'il s'était dit : "Calvin institue le christianisme et bien moi j'en annonce la restitution !".

Mais Servet céda à une tentation qui faillie lui être fatale déjà en 1538, celle de l'astrologie judiciaire. Pour lui aucun doute, si Dieu a créé la "machine" céleste ce n'est pas pour rien ! Il voit dans la création des corps célestes un appel divin à les observer et à en chercher les signes qui se révèlent au travers des mouvements planétaires. Il faut dire qu'à l'époque astrologie était synonyme d'astronomie. Si l'observation des mouvements faisait l'objet d'une interprétation ayant valeur de présage on parlait alors d'astrologie "judiciaire", pratique formellement condamnée par l'Église. Le lecteur et traducteur de la Bible qu'il était connaissait sans doute aucun ce mot de la Loi : "Vous ne devez pas chercher les présages, et vous ne devez pas pratiquer la magie" (Lévitique 19:26). Mais, le contexte du verset traitant de la magie – et lui-même ne la pratiquant pas - il pensait probablement que la recherche de présages condamné par l'Écriture était celle entourée de rituels magiques et non la sienne, qui, elle, s’accompagnait de raisonnements logiques et travaillant à la connaissance des actions divines.

Encore cette volonté d'annoncer !

Servet est trop spiritualiste pour cette époque où il est plus que jamais question de pouvoir temporel en religion et trop rationaliste pour une chrétienté encore tant fondamentaliste. Et puis, le temps n'est plus aux prophètes mais aux instituteurs. Le monde des réformés entend plutôt s’appuyer sur les Princes et les Communes qui les soutiennent et ils élèveront leurs enfants dans les lettres des grands hommes qu'ils s'étaient choisis pour guides.

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Published by Fabien Girard - dans (hist) SERVET Miguel
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