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le calice des unitariens

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9 janvier 2009 5 09 /01 /janvier /2009 19:20

Le christianisme est fondamentalement un personnalisme

par Jean-Claude Barbier

Correspondance unitarienne, n° 87, janvier 2009

 

Personnalisme

n.m. (de l’allemand Personalism, du latin personalis ; relatif à la personne)

1. Au sens premier, aujourd’hui abandonné, individualisme, égoïsme (le sens péjoratif de personnel est resté).

2. Doctrine religieuse opposée à l’impersonnalisme panthéiste par Feuerbach (1804-1872) et affirmant l’existence d’un Dieu unique comme personne. Le terme de Personalism, peut-être introduit par Schleiermacher (1768-1834), a été surtout utilisé en Allemagne au XIXe siècle.

3. Doctrine de Renouvier (1815-1903) consistant à mettre la personne au centre de la représentation du monde et à l’ériger en valeur suprême. La morale personnaliste est issue de Kant (1724-1804).

4. Philosophie d’Emmanuel Mounier (1905-1950), d’inspiration chrétienne. Elle repose sur une égale critique de l’individualisme libéral et du totalitarisme – les deux forces qui écrasent la personne (l’une procédant par l’atomisation des intérêts, l’autre par la massification des consciences). Comme le personnalisme est anti-individualisme, son communautarisme est anti-collectiviste

Christian Godin, 2004 - Dictionnaire de philosophie, Librairie Arthème Fayard / Editions du temps, p. 966 

     Et si nous faisions du sur place depuis les temps lointains ? Une forme de pensée binaire s’était développée dans des sociétés dites " primitives ". L’anthropologue Claude Lévy Strauss l’a bien expliqué à partir de ses études sur les mythes indiens ; moi même, j’ai rencontré cette forme de pensée auprès des populations sara du sud du Tchad.

Ces sociétés se constituent des points de repère pour structurer leur perception du monde sous forme de binômes opposés : le jour et la nuit, le soleil et la lune, la terre et l’eau, le masculin et le féminin, le village et la brousse, le cuit et le cru, etc . En Chine, le taoïsme préconise cette même forme de pensée en insistant sur la complémentarité des contraires. C’est précisément cette façon de voir les choses qui a conduit aux pratiques de la circoncision (bien dénudé le gland afin d’affirmer sa virilité) et l’excision (enlever le clitoris qui apparaît comme étant de la masculinité dans le sexe féminin).

Elle a conduit aussi à une multiplication d’interdits car, enfreindre ces catégories, c’est créer du chaos dans l’ordre établi par les ancêtres : donc pas de transversalité ni de mixité encore moins de transgression ! L’espace public est bien compartimenté, les rôles sociaux bien précisés en fonction des sexes, des rangs sociaux, des professions, etc.

     Bizarrement, on retrouve ENCORE cette forme de pensée dans nos sociétés modernes. Pire, ces oppositions ont quitté le terrain purement conceptuel ou symbolique pour s’engager dans des affrontements violents. Elles sont, aujourd’hui, en partie héritage des conflits de génération, des différences de comportement vis-à-vis des nouveautés ou – surtout – dans les luttes pour avoir le pouvoir : les Réformés et les catholiques au XVI° siècle (ce qui nous a valu de cruelles guerres de religion) , la querelle (plus pacifique) des Modernes et des Anciens dans les arts du XVII° s., les Royalistes et les Républicains, les Révolutionnaires et les Réactionnaires de tous les soubresauts politiques, les Noirs et les Blancs, les Indépendantistes et les Autonomistes, les Bourgeois et les Ouvriers, les Capitalistes et les Anti-Capitalistes, ceux de Droite et ceux de Gauche, etc.

Les modérés de tout bord, les libéraux qui veulent garder leur liberté de pensée, les penseurs non encartés dans une Ecole, une Eglise ou un Parti sont calomniés, vilipendés, écartés, exécutés, assassinés. Il n’y a pas de place pour eux dans ces dualismes exaspérés par les enjeux de domination d’un clan sur l’autre ! 

On continue aussi, malgré les progrès de la connaissance, à raisonner en catégories comme si celles-ci étaient homogènes. Certes les protestants, les catholiques, les musulmans, etc. existent bel et bien, mais ils sont pluriels (et ceci dès les débuts de leur religion respective !) et ce qui est vrai pour un protestant ne l’est pas forcément pour un autre. L’analyse doit donc descendre à un niveau inférieur – les diverses confessions, voire même les mouvements – et même, de plus en plus avec l’individuation, considérer la pensée originale de certaines personnes. 

On continue aussi à procéder par amalgame à partir des clichés du prêt à porter. Il en est ainsi pour les nombreux préjugés visant les races, les nationalités, les religions, les sexes, les orientations sexuelles (comme par exemple tous les homosexuels sont pédophiles), etc. Les individus sont communautarisés, collectivisés, alignés (on consent qu’un tel peut-être différent mais en ajoutant que c’est exceptionnel). Les statistiques fonctionnent avec du 99% (si ce n’est simplement la majorité simple) mais c’est bien suffisant pour dire qu’on a raison sans l’ombre d’un doute. 

     Pourtant cela fait près de 2 000 ans qu’un rabbi juif, Iéshoua de Nazareth, nous a invité à sortir de nos propres milieux sociaux pour être attentifs aux lépreux et aux aveugles, à la brebis égarée, à la femme adultère, à la prostituée, aux enfants, aux pauvres en esprit, aux étrangers … La psychanalyste Françoise Dolto a bien su mettre en évidence ces rencontres personnelles combien émouvantes de Jésus avec ses contemporains. Oui, le christianisme est avant tout un personnalisme et le juridisme ecclésial fut une bien grande trahison de la pensée et de la personne de son rabbi. 

Respectons les expressions personnelles … qui n’entrent pas forcément dans les catégories toutes faites. Soyons attentifs aux propos des autres surtout lorsqu’ils expriment leur expérience intime, leur conviction personnelle, leur vécu subjectif. N’enfermons plus les autres dans des catégories !

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Published by Jean-Claude Barbier - dans CU 2009 - articles
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