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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 10:43

Correspondance unitarienne, n° 85, novembre 2008

 

Les théologies chrétiennes libérales

par Pierre–Jean Ruff

pasteur de l’Eglise réformée de France (ERF),

conseiller honoraire de l’Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU)

communication à la Semaine unitarienne de Nantes, du 1er au 4 mai 08

 

Un tel sujet se prête difficilement à un exposé raccourci. Aussi, ce que je vous propose ici n’est qu’un aperçu en survol. C’est un résumé de ce que cette thématique suppose. Ceux qui souhaitent retrouver ces points de vue plus amplement développés peuvent se reporter à mon livre sur le Protestantisme Libéral ( éditions Théolib, 2005 ). Je vous présente cette courte évocation en cinq points.

1 ) les hérétiques

Il y a des affinités interpersonnelles ou des familles d’esprit. Tous, nous nous sentons plus proches de certains que d’autres. Mais aussi, et heureusement, nous avons chacun nos particularismes. Il y a donc légitimement autant de théologies libérales que de croyants qui revendiquent cette famille d’esprit. Il nous faut donc prendre en compte cette dualité. Il y a un courant chrétien d’ouverture et des options personnelles de chacun à l’intérieur de ce mouvement ou de cette tendance. Les deux doivent se conjuguer et trouver un équilibre harmonieux entre eux.

C’est pourquoi, même si chacun a sa personnalité et son autonomie de pensée, il y a des maîtres à penser. Ce ne sont pas des penseurs qu’il faudrait suivre totalement et aveuglément, mais des théologiens qui ont conceptualisé et exprimé au mieux une part importante de ce à quoi nous adhérons.

Enfin, je rappelle qu’indépendamment de l’usage courant et regrettable du mot hérétique, étymologiquement, ce terme signifie choisir. L’hérétique est alors celui qui choisit personnellement ce à quoi il adhère même si, bien sûr, il reste à l’écoute des autres voix de la pensée chrétienne. Le non-hérétique est alors celui qui suit bien sagement les voies tracées ou imposées par d’autres, celles de l’ortho-doxie. Vous comprendrez qu’au sens vrai et étymologique il est souhaitable que tous soient hérétiques.

2 ) christianisme libéral, protestantisme libéral, catholicisme libéral
.

Personne n’a le monopole de Jésus, de son enseignement, de l’Evangile. En revanche, il y a des traditions religieuses qui sont plus proches de son enseignement et qui lui sont plus fidèles que d’autres.

Toutes les branches du christianisme comptent des chrétiens d’ouverture, donc libéraux. Dans le livre mentionné dont cette communication s’inspire, je déclare :
Le libéralisme n’est pas l’apanage des seuls protestants. Je connais beaucoup de catholiques dont les convictions sont communes aux nôtres ou voisines d’elle. Il y a des catholiques libéraux comme il y a des protestants libéraux. En revanche, si je ne me trompe pas, à ce jour, ces amis catholiques et libéraux n’ont guère la possibilité statutaire ou officielle de se réunir " (p. 10 et 11 ).

Je rappelle alors la création vers 1830 d’un mouvement catholique libéral dont le journal s’appelait l’Avenir et la devise Dieu et liberté, mais qui fut condamné par le pape Grégoire XVI au travers de l’encyclique Mirari Vos. De même, plus proche de nous, le mouvement des Réseaux des Parvis réunit beaucoup d’associations catholiques ou d’inspiration catholique qui se veulent réformatrices. Aujourd’hui, fort heureusement, le fait qu’elles ne soient pas agréées officiellement ne remet pas en cause leur existence.

Voilà pourquoi j’aime mon Eglise. Elle connaît les mêmes faiblesses et les mêmes pesanteurs que les autres Eglises. Mais jusqu’alors, elle s’honore à mes yeux, acceptant le pluralisme religieux et ayant une attitude tolérante pour les positions minoritaires qui s’y expriment.

3 ) les différents visages du protestantisme libéral.

Schématiquement, je distingue trois types de protestantisme libéral, avec entre eux des passerelles possibles mais pas obligatoires.

a) les libéraux seulement pluralistes.

Ils sont souvent très différents les uns des autres. Certains revendiquent des dogmes orthodoxes (la toute-puissance de Dieu, la divinité du Christ, la Trinité). Ce qui les caractérise, c’est le profond respect de ceux qui pensent autrement. C’est un pacte de non-agression théologique et, en même temps, le plus petit commun dénominateur des protestants libéraux. Ils seraient en droit de proclamer la déclaration des droits des croyants, ceux-ci n’ayant pas que des devoirs, à commencer par celui d’obéissance.

b) les libéraux rationalistes
.

Cette catégorie de libéraux concernait davantage les libéraux du 19° siècle que ceux d’aujourd’hui, même s’il peut en exister des restes. Ce sont surtout des contestataires. Ils s’opposent fermement à toutes les assertions théologiques orthodoxes, fausses à leurs yeux. De ce fait, ils peuvent être ou paraître à la frontière de l’athéisme. Parfois, du message de Jésus, ils ne gardent que l’éthique et l’exhortation à l’amour.

c) les libéraux mystiques
.

Ce sont d’authentiques spiritualistes. Certes, ils discutent et raisonnent avec beaucoup de sérieux. Mais, en priorité, ils ont une conscience aiguë des limites de la raison humaine, de l’impossibilité fréquente à rendre compte verbalement de ce qui est essentiel à la vie et à la spiritualité, donc de la priorité de l’existentiel sur le notionnel.

L’école théologique dite de Paris, avec les pasteurs Ménégoz et Sabatier, en a rendu compte avec force au travers de ce que l’on a appelé le symbolo-fidéisme. En présence de l’inadéquation de nos mots à dire l’essentiel, le langage symbolique, dont les paraboles, est le plus valable pour ne pas trahir le message. De son côté, le fidéisme rappelle s’il en est besoin que la foi – attitude existentielle – prime de beaucoup les croyances au travers desquelles nous la formulons.

4) protestantisme libéral et unitarisme.

Beaucoup de protestants libéraux sont unitariens. Ils ne croient pas à la divinité de Jésus au sens habituel du terme, pas plus qu’à une trinité divine. Certains le clament haut et fort. D’autres y souscrivent de manière plus feutrée.

Comme je l’ai dit précédemment, tous les protestants libéraux ne sont pas unitariens. En ce qui me concerne, je suis unitarien, mais libéral avant tout, de même qu’en politique je suis démocrate avant de faire valoir mes opinions personnelles. Par ailleurs, même si cela peut surprendre et paraître de prime abord contradictoire, je suis simultanément unitarien et dualisant. Autrement dit, pour moi, le Dieu de l’Evangile est un et seulement un. En même temps, cela n’exclut pas l’existence éventuelle d’un Principe du Mal. En tout cas, même si je revendique l’agnosticisme concernant les origines, je tiens fortement à ce que le Dieu que Jésus nous apprend à appeler Père n’ait aucune responsabilité avec tout ce qui ternit l’existence.

5) apport de Charles Wagner à ce sujet.

Ma reconnaissance à Charles Wagner en ce qui concerne la théologie libérale trouve son apogée au travers de deux assertions clés.

Premièrement, le protestantisme libéral n’est pas une sorte d’avorton du christianisme, brusquement apparu au 19° siècle. Le protestantisme libéral, le christianisme d’ouverture, trouve ses racines dès le début du christianisme et même bien avant lui. Charles Wagner déclare : 
" Le plus formidable levier a besoin d’un point d’appui. Le point d’appui du protestantisme se trouvait dans les Prophètes et dans l’Evangile qui, eux-mêmes, le tenaient de plus loin, selon la loi inéluctable qu’il n’y a pas plus de génération spontanée dans le domaine spirituel que dans celui de la vie physique…L’esprit prophétique remonte dans la nuit des temps. Il a traversé tous les âges " (p. 39 ).

Secondement, nous devons à Charles Wagner la définition du protestantisme libéral qui, pour moi, est de beaucoup la plus pertinente et la plus encourageante.
"  Nous autres, protestants libéraux, aimons beaucoup penser et dire que Dieu est esprit et qu’il est amour. Le plus souvent, nous nous contentons de l’appeler Père " (p. 56).

Qu’est-ce à dire ? D’abord, qu’il doit toujours y avoir adéquation entre le penser et le dire. Il faut que le dire soit un dire vrai. Ensuite, honnêtement, nous ne pouvons affirmer haut et fort que deux choses : Dieu est esprit et il est amour. Ces axes sont incontournables. Il importe d’en tirer toutes les implications. Enfin, tout le reste, toutes les autres assertions théologiques peuvent être légitimes, mais jamais infaillibles. On ne saurait leur reconnaître une valeur normative.

Tels me paraissent les grands axes qui déterminent fondamentalement le christianisme libéral et accessoirement le protestantisme libéra
l.

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Published by La Besace des unitariens - dans RUFF Pierre-Jean
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