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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 13:00

La vie du pasteur Joseph Tuckerman (18 janvier 1778 - 20 avril 1840 ) illustre bien ce qu'était la philanthropie de l'Eglise unitarienne américaine du début du XIX ème siècle. Pasteur unitarien, débordant largement le cadre d'un ministère classique, il a fondé et dirigé "The Benevolent Fraternity of Unitarian Churches" (la Fraternité de bienfaisance des Eglises unitariennes). Réputé pour son action innovatrice auprès des pauvres de Boston et son militantisme en faveur des réformes sociales, il fut appelé "le père de l'action sociale américaine".

Joseph était fils d'un important propriétaire terrien, entrepreneur et fondateur de la première assurance américaine contre l'incendie. Après une enfance normale, il fit ses études universitaires à Harvard où il partagea sa chambre avec William Ellery Channing et Joseph Story (plus tard président de la Cour suprême du Massachusetts) qui devinrent ses amis pour la vie entière. Selon Channing, Tuckerman fut un étudiant ordinaire, sans solide projet de vie, et les trois années passèrent comme des vacances.

Il fut diplômé en 1798 et, après quelques autres études, fut intronisé pasteur à Rumney Marsh (actuellement Chelsea), tranquille village d'agriculteurs où il officia durant 25 ans. En 1824, Harvard le récompensa de son long service à Chelsea en lui décernant le diplôme de DD.(Doctor of Divinity, grade honorifique). Il reste peu de ses sermons de cette époque. Son pastorat ne fut sans doute pas remarquable, excepté son enthousiasme pour le travail auprès des marins qui demeuraient à Chelsea entre leurs voyages. Il consacrera d'ailleurs plus tard son travail social en tant que pasteur à Boston auprès des marins et de leurs familles itinérantes.

La gorge fatiguée il du cesser de prêcher en 1826. Il accepta alors l'invitation d'une association dirigée par Channing et qui regroupait des pasteurs en vue d'entreprendre un ministère pour les pauvres. La nouvelle Association unitarienne américaine (AUA), association sans but lucratif crée en 1825 pour promouvoir le travail missionnaire, assuma rapidement la responsabilité de l'ensemble de son ministère pour Boston. L'AUA versait à Tuckerman un salaire de 600 dollars par an.

Lorsqu'il commença ce ministère, Boston était en train de passer d'une petite ville commerciale d'import-export à une cité industrielle. L'afflux de paysans et émigrants pauvres changea l'aspect des basses classes de la société bostonienne. Les Eglises congrégationalistes et unitariennes étaient mal préparées et, de toute façon, mal disposées à aider des gens dont la pauvreté était censée provenir du péché, de la dissipation et autres vices.

Tuckerman voulait mettre en application les principes des chrétiens unitariens libéraux, à savoir que les humains étaient perfectibles quelles que soient les circonstances, que les privilégiés avaient une responsabilité morale et devaient s'occuper à résoudre les problèmes des citoyens ; on trouvait Dieu en chaque être humain. L'amour des autres était la plus grand preuve d'une vie chrétienne. "Il n'y avait pas d'être humain dépravé qui le soit complètement". Le christianisme devait permettre à chacun d'atteindre les plus hauts degrés de la perfection morale.

Avant de commencer son travail il fit des recherches sur la question sociale. Il lut les œuvres de philosophes européens comme Thomas Chalmers et Baron Degerando, étudia ce qui se faisait en Angleterre et en Europe continentale. Il continuera ses recherches tout au long de sa vie.

Au début il ne savait pas très bien quelle forme prendrait son ministère. Il allait simplement dans les rues de Boston, spécialement dans les environs des docks. Il se présentait aux gens qu'il pensait pauvres d'après leur habillement et leur conversation, s'invitait chez eux et parlaient avec les maris, les femmes, les enfants. Quelquefois il leur proposait de l'aide, un peu de bois, un peu d'argent ou des vêtements et établissait ainsi des liens de confiance et d'affection. Il demandait à tous d'envoyer leurs enfants à l'Ecole du dimanche et d'assister à ses conférences du dimanche soir dans une petite pièce qu'il louait, au-dessus d'une boutique de peinture, dans le Circular Building, au coin des rues de Portland et des Amis. Il se rendait compte de la misère noire des immigrants et des ravages que faisait l'alcool dans leur vie de famille. Il rencontrait des enfants que l'on envoyait voler ou se prostituer, ainsi que des veuves affamées et de vieux invalides.

Le nombre de familles qu'il visitait et aidait grossit rapidement. L’AUA récolta 2 000 dollars pour construire une nouvelle chapelle à Friend street en 1828 et une seconde à Pitts street en 1834. L'Ecole du dimanche était en plein essor. En 1836, lorsque Charles Barnard ouvrit une nouvelle chapelle pour les enfants ceux-ci étaient plus de 730.

Tuckerman se rendit vite compte que la mauvaise organisation des Eglises de Boston demandait une administration centralisée. La Fraternité bénévole "Ben Frat's" en prit la responsabilité et son activité pastorale put se développer. A la fin du XIXème siècle on comptait cinq chapelles, chacune ayant son propre pasteur, des écoles, un camp d'été et un centre de formation professionnelle.

A partir de 1832 la santé de Tuckermann commença à décliner ; deux pasteurs, les révérends Frederick T. Gray et Charles Barnard vinrent le seconder, mais sa santé demeurait fragile. En 1833 il partit en Angleterre pour se reposer ; là il noua amitié avec Lady Byron et Raja Rammohun Roy, réformateur hindou et fondateur du Brahmo Sama [un mouvement bouddhiste libéral]

Tout au cours de son ministère il plaida pour des réformes sociales et politiques. Il ne considérait pas l'alcoolisme comme une maladie , ni une faute morale mais proposait un traitement éducatif aidant à limiter les excès plutôt qu'une punition. Il demandait qu'on emploie des surveillants afin de s'assurer que les enfants allaient bien en classe. Il insistait pour que les enfants délinquants n'aient pas à être jugés, mais envoyés dans des fermes. Il faisait partie d'un groupe de pression pour la réforme des prisons et la création d'un programme éducatif dans les institutions pénales. Il a aidé à l'établissement de la ferme école de Thompson's Island. Il visitait les prisons et maisons de correction et s'occupait de la réinsertion des prisonniers libérés.

Il pensait que seule la charité chrétienne, nécessairement volontaire et privée, pouvait résoudre correctement le problème de la pauvreté à Boston. Il avait conclu de ses études sur les programmes gouvernementaux de France et d'Angleterre que ceux-ci ne faisaient qu'accroître la pauvreté. Donc il faisait pression contre et aurait voulu voir l'abolition de la charité municipale et d'Etat ; mais en cela il n'eut aucun succès.

Les écrits les plus importants de Tuckerman se trouvent dans les rapports concernant son travail ; on en trouve des extraits dans : "Joseph Tucckerman on the Elevation of the Poor" (paru en 1874). Il écrivit lui-même "The Principles and Results of the Ministry -at-Large in Boston", un résumé de son travail, à la fin de son ministère en 1838.

Dans les années 1830, son état de santé empira. Des amis lui conseillèrent un voyage en bateau à Cuba avec sa fille. Tuckerman fut enchanté d’y partir mais, peu après son arrivée, il mourut à La Havane.

D’après un article de Jedediah Mannis, paru sur le site de l’Unitarian Universalit Historical Society. 
Traduit en français et résumé par Noëlle Colle

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Published by d'après Jedediah Mannis - dans sur l'unitarisme
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