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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 17:47

Michel Bellin : ancien prêtre catholique, auteur de " Ieschoua mon Amour, l’évangile selon Loïc ",roman publié cet été et présenté dans les Actualités unitariennes (messages des 26 et 27 septembre 2007) : " Loïc ou le drame de l’homosexualité vécu de l’intérieur ",L’évangile selon Loïc à l’usage des exclus de la prêtrise ",


Dans le journal de bord que je tiens depuis 1972, j’avais recopié durant l’été 1979 une interview du poète Claude Roy dans Le Monde (" Les débordements du divin ") dont les propos qui suivent m’avaient beaucoup marqué à l’époque. Ils sont toujours valables et peuvent éclairer à propos des "débordements" dogmatiques :

" (...) Prenant à dessein des exemples de climat intérieur plus modestes que l’illumination, l’extase ou le ravissement, le philosophe Wittgenstein constatait que la sensation de bonheur que donne le fait de se promener par un beau jour d’été, ou le sentiment de se sentir en paix, en sécurité, d’avoir sa conscience pour soi ou – à l’inverse – le sentiment de culpabilité constituent des expériences indéniablement concrètes, mais indicibles. " L’expression verbale que nous leur donnons, dit-il, est un non-sens. "

Il suffit d’avoir, comme tout un chacun, été soudain allégé par ces visitations et ensoleillé par ces épiphanies pour lesquelles " on ne trouve pas de mots ", pour ne pas songer à contester le témoignage de ceux qui, employant les signifiants religieux que leur culture leur propose, parlent de leur " rencontre avec Dieu " de Pascal au " Dieu est Dieu, nom de Dieu ! " de Maurice Clavel, de Victor Hugo, auteur de " Dieu ", à Didier Decoin, auteur de " Il fait Dieu " (comme il fait jour), de Jean de la Croix qui se fondit en Dieu à André Frossard qui le rencontre, etc. On s’étonne seulement qu’à partir de cela on puisse déduire et professer tant de croyances aussi contradictoires entre elles que catégoriques et péremptoires chacune.

Si un homme me dit : " J’ai vu Dieu ", je consens à le croire sur parole. même sans croire en Dieu, en sachant que son langage est symbole et cette façon de parler parabole. Si le même individu ajoute : " Et en conséquence je crois à l’Immaculée Conception et à l’Infaillibilité Pontificale ", j’épouse totalement ici la pensée de Wittgenstein. Il est sans doute le plus important des philosophes modernes et le plus méthodiquement ignoré en France. Il apparaît que ce philosophe a connu toute sa vie des expériences " spirituelles ". Mais toute sa vie aussi, il a refusé de confondre ces expériences avec sa pensée et il a constamment pratiqué avec rigueur la séparation du spirituel et du rationnel. En matière de religion, remarque-t-il, ne pas croire à un dogme auquel adhère un " croyant " n’est pas une " opinion contradictoire " de la sienne. Il s’agit de deux modes de pensée autres, de deux plans qui n’ont pas le moindre rapport.

Il me paraît simplement honnête de constater [ici, c’est Claude Roy qui donne sa propre opinion], d’une part, que " ça (me) parle " et de l’autre, que toute tentative de traduction de cette obscure parole intime aboutit obligatoirement, dans le meilleur des cas, à l’auto-illusion, dans le pire des cas à la ventriloquie des clercs et des clergés qui font parler Dieu ou les dieux. Ils utilisent dès lors les soi-disant décrets " divins " pour assurer le pouvoir d’une loi dont ils sont à la fois les rédacteurs rusés, les représentants patentés et les exécutants assermentés, quand ce n’est pas les exécuteurs à la Khomeiny… "


Cette dernière phrase lue en 1979 - à l’époque, j’avais quitté le ministère depuis un an à peine - m’avait beaucoup marqué. Je m’étais identifié à ces clercs ventriloques et manipulateurs, sous des dehors doux et mystiques… et c’est pour cela que j’avais rendu mon tablier ! J’avais fui horrifié.


Il me semble qu’aujourd’hui, que ce soit au Vatican, chez les intégristes catholiques ou chez les fondamentalistes musulmans, hier chez les maoïstes, demain chez d’autres doctrinaires volontiers sanguinaires… c’est le même jeu de dupe qui continue, machiavélique et souvent criminel : on aboutit toujours à l’ " Abêtissez-vous ! " de Pascal ou à la 13ème règle de saint Ignace : " Pour tomber juste en tout, il faut toujours être prêt, devant ce que moi je vois blanc, à croire que c’est noir, si l’Eglise hiérarchique le décide ainsi. " Perinde ac cadaver, terrible devise ignacienne ! (Locution latine issue des règlements de l’ordre religieux jésuite d’Ignace de Loyola (XVIe siècle), qui exigeait de ses membres une obéissance fidèle et silencieuse " comme un cadavre " (perinde ac cadaver) aux injonctions de leur hiérarchie. Cette locution est devenue proverbiale et emblématique de toute obéissance totale à une autorité incontestée.).


Mais nul parmi nous n’ambitionne de devenir un cadavre ou une momie ! mais un vivant. Car la foi est d’abord une passion et l’Evangile un savoir-vivre, n’est-ce pas ? Un vouloir-aimer plutôt et tout groupement ecclésial, aussi infime soit-il, est un laboratoire de cette pratique et de cette poétique. Comme le résume bien Jean-Claude Barbier à la fin de son article Le christianisme post-confessionnel

" Il s’agit de vivre l’Eglise autrement… naissance d’un christianisme alternatif, hors Eglises, sur les " parvis " et sur les " pavés " de nos espaces publics… un christianisme libéré des pesanteurs confessionnelles que l’Histoire nous a léguées "

 et, évidemment, en donnant raison à la Raison (en même temps qu’au Symbolique, ce qui n’est pas forcément contradictoire) quand des dogmes emberlificotés la musellent, la travestissent, la ridiculisent et ne sont qu’ossements desséchés d’où la Vie est absente.


Telle est la simple opinion du barbare que je suis devenu après avoir été hier homme d’Eglise et aujourd’hui… homme tout court – et c’est bien assez !

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Published by Michel Bellin - dans CU 2007 - articles
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