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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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27 novembre 2007 2 27 /11 /novembre /2007 10:06

ralph_waldo_emerson_bis.jpegHarangue prononcée le soir du dimanche 15 juillet 1838 devant les élèves de dernière année de la Faculté de théologie à Havard, en Nouvelle-Angleterre, par Ralph Waldo Emerson (1803-1882) après qu’il eut quitté le ministère unitarien en 1832.

Ce discours, qui prônait la réflexion par soi-même et de ne plus être à la remorque des théories antérieures, a été considéré comme un manifeste de la philosophie transcendantaliste appliquée au religieux. Il constitue une référence majeure pour les unitariens-universalistes (dont la plupart ont effectivement rompu les amarres d’avec le christianisme en tant que religion).
 

Les extraits ci-dessous ont été choisis par Olivier Abel, dans une traduction en français de Christian Fournier, pour les besoins d’une Journée du
Fonds Ricoeur organisée à Paris le 1er octobre et intitulée "Emerson, une théologie de la dissidence" (information reproduite dans nos Actualités unitariennes du samedi 29 septembre 07).

(…) Ces traits moraux qui sont tous concentrés dans chaque acte et chaque pensée vertueux, - dans le discours il nous faut les dissocier, les décrire ou les suggérer par l'énumération pénible de nombreux détails. Pourtant, comme ce sentiment est l'essence de toute religion, permettez-moi de guider vos yeux sur les objets précis de ce sentiment en énumérant certaines de ces catégories de faits dans lesquelles cet élément apparaît visiblement.


(…) Si un homme a le cœur juste, alors dans cette mesure il est Dieu ; la sécurité de Dieu, l'immortalité de Dieu, la majesté de Dieu pénètrent en cet homme avec la justice. Si un homme dissimule, trompe, il se trompe lui-même et perd connaissance avec son propre être. A la vue de la beauté absolue, un homme adore en totale humilité. Chaque pas fait si bas est un pas vers le haut. L'homme qui se renonce revient à lui.


(…) un seul esprit est partout actif, dans chaque rayon de l'étoile, dans chaque vaguelette de l'étang ; et tout ce qui s'oppose à cette volonté est partout entravé et bafoué, parce que les choses sont faites ainsi et pas autrement. Le bien est positif. Le mal n'est que privatif, pas absolu : il est comme le froid qui est privation de chaleur. Tout mal n'est que mort, ou non-entité. La bonne volonté est absolue et réelle. Un homme a autant de vie qu'il a de bonne volonté.


(…) La marée descendante est semblable à la marée montante. Que cette foi s'en aille, et les paroles mêmes qu'elle prononçait, les choses qu'elle effectuait, deviennent fausses et nuisibles. Alors c'est la chute de l'Eglise, de l'Etat, des arts, des lettres, de la vie. Une fois oubliée la doctrine de la nature divine, une maladie infeste et rapetisse la constitution humaine.


(…) Le christianisme historique est tombé dans l'erreur qui corrompt toutes les tentatives pour communiquer la religion. Tel qu'il nous apparaît, et tel qu'il apparaît depuis des siècles, ce n'est pas la doctrine de l'âme, mais une exagération du personnel, du positif, du rituel. Il a insisté, il insiste avec une exagération néfaste sur la personne de Jésus. L'âme ne connaît pas de personnes. Elle invite chaque homme à s'étendre jusqu'au cercle complet de l'univers,


(…) Mais l'homme qui vise à parler comme le permettent les livres, comme en ont l'habitude les synodes, comme l'indique la mode et comme l'ordonne l'intérêt, babille. Qu'il reste silencieux.


(…) Nous avons envie de nous envelopper de nos manteaux et de nous assurer du mieux que nous pouvons une solitude qui n'entende pas. Il m'est arrivé d'entendre un prédicateur qui me soumettait terriblement à la tentation de dire : Je voudrais ne plus aller à l'église.


(…) Le peu de vie que conserve le culte public, il le doit à la troupe clairsemée d'hommes pieux qui exercent ici et là dans les églises et qui, acceptant parfois avec trop de douceur le credo des anciens, n'ont pas accepté d'autrui mais de leur propre cœur les instincts authentiques de la vertu et ainsi commandent encore notre amour et notre respect pour la sainteté de leur caractère.


(…) Je pense que nul ne peut rentrer dans l'une de nos églises en toute connaissance sans ressentir que l'emprise que le culte public avait sur les hommes est morte, ou en train de mourir. Il a perdu son influence sur l'affection des bons et la peur des méchants.


(…) Et quelle plus grande calamité peut accabler une nation que la perte du culte ? Alors toutes choses tombent en décadence. Le génie quitte le temple pour hanter le sénat ou le marché. La littérature devient frivole. La science est froide. L'œil de la jeunesse n'est point éclairé de l'espérance d'autres mondes, et le grand âge est privé d'honneur. La société vit pour des babioles et, quand les hommes meurent, nous ne les mentionnons pas.


(…) L'immobilisme de la religion ; l'hypothèse acceptée que les temps de l'inspiration sont passés, que la Bible est close ; la peur de rabaisser le caractère de Jésus en le représentant comme un homme ; tout cela indique avec une clarté suffisante la fausseté de notre théologie. C'est la charge d'un prédicateur véridique de nous montrer que Dieu existe, non qu'Il a existé ; qu'Il parle, non qu'Il a parlé.


(…) Permettez-moi de vous recommander tout d'abord de marcher seuls ; de refuser les bons modèles, même ceux qui sont sacrés dans l'imagination des hommes, et d'oser aimer Dieu sans médiateur ni voile. Vous trouverez assez d'amis qui proposeront à votre émulation des Wesley et des Oberlin, des Saints et des Prophètes. Remerciez Dieu pour ces hommes vertueux, mais dites : "Moi aussi je suis un homme".


(…) On peut s'assurer à peu de frais les louanges de la société, et presque tous les hommes se contentent de ces mérites faciles ; mais, l'effet instantané d'une conversation avec Dieu sera de les balayer. Il y a des personnes qui ne sont ni des acteurs, ni des parleurs, mais des influences ; des personnages trop grands pour la renommée,


(…) toutes les tentatives pour projeter et établir officiellement un culte avec de nouveaux rites et de nouvelles formes me semblent vaines. C'est la foi qui nous fabrique, et non pas nous qui la fabriquons, et la foi fabrique ses propres formes.


(…) Le christianisme nous a donné deux avantages inestimables ; premièrement ; le sabbat, un jubilé pour le monde entier, dont l'aube luit aussi bien venue dans le cabinet du philosophe, dans la mansarde du labeur et dans les cellules de la prison, et suggère partout, même aux infâmes, la dignité de l'existence spirituelle.


(…) Et deuxièmement, l'institution du prêche, - le discours qu'un homme adresse aux hommes, - qui est essentiellement le plus flexible de tous les organes, de toutes les formes. Qu'est-ce qui empêche qu'à présent, partout, en chaire, dans les amphithéâtres, dans les maisons, dans les champs, partout où vous mènent l'invitation des hommes ou vos propres occasions, vous disiez la vérité pure, telle que vous l'enseignent votre cœur et votre conscience,


(…) Les Ecritures hébraïque et grecque contiennent des sentences immortelles qui ont été le pain de la vie pour des millions d'hommes. Mais elles n'ont pas d'intégrité épique ; elles sont fragmentaires ; elles ne se présentent pas à l'intellect dans l'ordre. Je cherche le nouveau prédicateur qui poussera si loin ces lois brillantes qu'il les verra revenir à leur point de départ ; qu'il verra leur entière grâce circulaire ; qu'il verra que le monde est le miroir de l'âme ; qu'il verra que la loi de la gravitation est identique à la pureté du cœur ; et qu'il montrera que le Devoir, que l'Obligation, ne fait qu'un avec la Science, la Beauté et la Joie.

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Published by Ralph Waldo Emerson traduit par Christian Fournier - dans (hist) EMERSON Ralph Waldo
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