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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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30 septembre 2007 7 30 /09 /septembre /2007 09:30
" Le décloisonnement des rôles cultuels " par Jean-Claude Barbier, communication à la journée organisée à Cluj-Napoca (Roumanie), le 21 juillet 2005, par le Réseau européen des protestants libéraux (European Liberal Protestant Network - ELPN) sur le thème "Les meneurs religieux libéraux au sein d'une société en changement : enjeux et possibilités"

Les rôles sociaux n’ont plus la même rigidité qu’autrefois et sont moins porteurs d’identité, l’attention étant davantage portée sur l’individu que sur des catégories sociales : clercs et laïcs, hommes et femmes, adultes et enfants, chrétiens de diverses confessions, chrétiens et autres croyants, chrétiens et non croyants, etc. Les frontières établies s’estompent entre le sacré et le profane (les écrits, les lieux, les rituels, etc.). Des célébrations entre chrétiens libres se multiplient actuellement en France ; y participent principalement des catholiques réformateurs, des protestants libéraux et des chrétiens unitariens. Une nouvelle liturgie post-confessionnelle est en train de naître. L’expression communautaire tient désormais compte de la liberté de conscience des participants et valorise leurs charismes individuels. La communauté réunie autour d’un culte est désormais volontaire et participante.

1 - Qui, jusqu'à présent, a eu accès aux rôles cultuels ?


L'histoire des religions montre que les principaux rôles cultuels ont été assumés de tout temps par des hommes en position sociale dominante :

- des "aînés de lignage" pour le culte des mânes des ancêtres ;
- des "seigneurs" à la tête de grands troupeaux ou de domaines agricoles, où la famille se trouve élargie par de nombreux dépendants, par exemple le patriarche Abraham érigeant des autels au dieu El en pays Hébron ;
- des "anciens", comme les presbytres (Tt 1,5) à la tête des communautés chrétiennes ;
- des "meneurs politico-religieux", comme Moïse et Aaron, des réformateurs du XIVème siècle tels que Jean Calvin ;
- des "professionnels" : desservant(e)s de sanctuaires et autels, chamans, devins, voyants, médiums, etc. - des "lettrés" : les évêques de la chrétienté, les imams de l'islam, les moines bouddhistes ;

Toutefois, lorsque les dieux ou Dieu s'en mêlent en inspirant directement les humains, il leur arrive de transcender les clivages entre genres et entre les classes d'âge. Les rôles se conjuguent alors à la fois au masculin et au féminin :

- des "béni(e)s" de Dieu : les jumeaux ou jumelles, les miraculés, les oints, etc. ;
- des "consacré(e)s" : enfants nazir, hommes et femmes retirées du Monde (ascètes, ermites, moines, vierges, etc.) ;
- des "inspiré(e)s" : les prophètes de la Bible mais aussi Miryam, la sœur d'Aaron, prophétesse après la traversée de la "Mer Rouge" (Ex 15, 20), la pythie de Philippe (16, 16-24), les fous et les folles en pays bamiléké (Cameroun), etc. ;
- et "les enfants" ne sont plus écartés. Pour leur innocence présumée, pour leur pureté de cœur, ils peuvent s'approcher des autels et porter des objets sacrés. Avec leurs enfants de chœur, certaines Eglises ont répondu à l'appel de Jésus en faveur des petits enfants.

2 - L'accès revendiqué au ministère pastoral dans les Eglises chrétiennes


Alors que Jésus attirait les femmes, les apôtres les repoussaient ! Jésus rencontra seule la Samaritaine. Il était sans ses apôtres avec Marie, Marthe et Lazare. La femme victime d'un écoulement, qui voulait toucher le vêtement de Jésus, et Marie de Bethsada, pour verser du parfum sur ses pieds, durent forcer le barrage des apôtres. Ce furent des femmes qui, les premières, découvrir la disparition du cadavre de Jésus. La première communauté judéo-chrétienne se réunit autour de Marie, mère de Jésus. Et pourtant, très rapidement, ce furent des hommes qui dirigèrent les Eglises chrétiennes ! Même si quelques rares cas, d'ailleurs ambiguës, peuvent être cités (Golias 2005)
.

Toutefois des milieux gnostiques préférèrent Marie Magdala à Pierre et en firent une héroïne (Ruff 2004). Le culte mariale, quant à lui, se développa à Ephèse dans les milieux johanniques ; et, en métastase lointaine, dans la péninsule arabique préislamique des 4è et 5ème siècle, des femmes rendaient un culte d'adoration à la Vierge Marie, lui présentant une fois l'an un petit pain ou gâteau. C'étaient les collyridiens du nom grec kollyris qui signifie "gâteau". Epiphane, qui en parle, les présente comme hérétiques (Théron 2005 : 131). Au Moyen âge européen, des abbesses dirigèrent de grands monastères, comme en France l'abbaye double (hommes et femmes) de Fontevraud fondée en 1101 près d'Angers par Robert d'Arbrissel et dont la direction de l'ensemble fut confiée à une femme. 

Mais il faudra attendre le début du féminisme aux Etats-Unis, au milieu du XIXème siècle, dans le milieu chrétien rationnel et progressiste qu'étaient alors les congrégations universalistes et unitariennes de la Nouvelle Angleterre, pour qu'une première femme pasteur soit consacrée. Ce fut Olympia Brown ,de l’Église universaliste d’Amérique, ordonnée en 1863.

Aujourd’hui, aux Etats-Unis, le quart des pasteurs unitariens-universalistes employés dans les congrégations, sont des femmes ; c’est le nombre le plus élevé de toutes les dénominations établies. Et si l’on compte celles qui sont en formation, presque la moitié des ministères de l’Association unitarienne universaliste (AUU) se trouvent dirigés par des femmes.

Ayant sans cesse élagué ses branches hérétiques, l'Eglise avait alors complètement oublié ses artotyrites du 2ème siècle, nommé ainsi parce qu'ils communiaient avec un pain (en grec : artos) … et du fromage (en grec : tyros). Ils entendaient par là réconcilier Caïn l'agriculteur et Abel l'éleveur. Ils étaient également pacifiques et égalitaires vis-à-vis de leurs femmes et admettaient qu'elles accèdent à la prêtrise et même à l'épiscopat (Théron 2005 : 84). C'étaient des Cyrénaïques d'inspiration montaniste qu'Epiphane range avec les Pépuziens (de la ville Pépuze où Jésus serait apparu sous une forme féminine !) ou Quintilliens (Augustin 1869).

En France, en dépit de notre histoire égalitariste et révolutionnaire, il faudra attendre l'après Seconde Guerre mondiale pour avoir des femmes rendant un culte public à Dieu, en 1926 pour l'Eglise luthérienne en Alsace (ECAAL) et en 1949 pour les Réformés. Les Anglicans (non présents en France) commencèrent eux aussi à nommer des femmes prêtres dans les années 50. 

Le 20 octobre 1949, Mlle Elisabeth Schmidt, pasteur de l’Église Réformée de Sète, est enfin consacrée (la question du ministère pastoral féminin, évoquée en 1939 au sein de cette Eglise, était ouvertement posée depuis 1945). Nous disons bien "Mademoiselle" car le synode qui s'est prononcé en faveur de cette promotion précise que l'intéressée resterait célibataire (sic !) et que les cas devaient être exceptionnels !

Mlle E. Schmidt était pourvue depuis 1936 d’une délégation pastorale annuelle. De telles délégations étaient accordées à des femmes, exceptionnellement, en temps de guerre, pour remplacer leurs maris pasteurs. Mme René Fpfender, née Marguerite Gueylard (1889-1976), fut ainsi pasteur des Églises réformées évangéliques à Troissy-en-Champagne, puis à Choisy-le-Roy entre 1916 et 1919, son mari étant mobilisé comme aumônier, Mme Bourquin, qui remplaça son mari, mort pour la France, comme pasteur à la tête d’un poste de la Société chrétienne du Nord, filiale de la Société centrale évangélique (SCE), et Myriam Garnier, veuve d’un officier des FFL et pasteur à Marennes) durant la Seconde Guerre mondiale (Vismes).

Seize ans après, en 1965, la question revient ; la société a évolué. Une forte minorité voit encore l’Eglise réformée comme une communauté patriarcale dont le pasteur est le père. A une courte majorité, le synode lève les restrictions précédentes. La décision définitive n’est arrêtée qu’en 1966, au synode de Clermont-Ferrand. Aux Colloques d’Orsay, en 1979 et 1982, des femmes réfléchissent au sacerdoce féminin, souhaitant qu’il favorise une relecture de la Bible (Maison).

Les Juifs sont à la traîne, mais ils franchissent le Rubicon en 1989 en faveur de Mlle Pauline Bebe, première femme rabbin de France. 

Chez les catholiques, le 4 juillet 2005, avec l'ordination de Geneviève Beney sur une péniche remontant le cours de la Saône à partir de Lyon, haut-lieu du christianisme gallo-romain, c'est le début d'une dissidence féminine qui marquera certainement le règne du nouveau pape, Benoît XVI.

Geneviève Beney, 56 ans, mariée sans enfant, est consacrée selon le rite catholique sur une péniche entre Rhône et Saône, par trois évêques femmes : Gisela Forster (Allemande du diocèse de Munich), Christina Mayr-Lumetzberger, (Autrichienne) et Patricia Freisen (Sud-Africaine en rupture avec l'ordre dominicain) (Tincq 2005). Ces dernières avaient été consacrées prêtres le 29 juin 2002 (au sein d'une cohorte de 6 femmes, cette fois là sur les eaux du Danube) par l'archevêque argentin Romulo Braschi, de l'Eglise catholique, apostolique et charismatique Jesus Rey (non reconnue par Rome), lequel était assisté en la circonstance de l'évêque autrichien Ferdinand Regelsberger et d'un évêque tchèque. Cette Eglise dissidente a son siège à Munich et revendique quelques 13 000 fidèles dans le monde, en Europe, Amérique du Nord et du Sud et Afrique. On annonce que 65 femmes catholiques dans le monde seraient en train de se préparer au sacerdoce, dont 40 Américaines ­ 9 Canadiennes et Américaines seront ordonnées prêtres ou diacres, le 25 juillet, à l'embouchure du fleuve Saint-Laurent, au Canada ­ et une vingtaine d'Européennes (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Suède, Suisse, etc.). Au sein de la première promotion de 2002, les trois femmes citées furent consacrée évêques un an après, en juin 2003 par le même évêque argentin. 

Rappelons que, dans les pays de l'Europe de l'Est comme la Pologne et la Tchécoslovaquie, l'Eglise catholique confia à des laïcs résistant au régime communiste le droit de consacrer des hosties, parmi eux, une femme ... mais mission sans lendemain une fois la répression terminée !

Ce combat féministe se poursuit donc de nos jours au sein des Eglises conservatrices, mais, déjà, d'autres catégories revendiquent elles aussi le même accès : des homosexuels, par exemple des prêtres et maintenant des évêques anglicans, des non-croyants aussi, comme le pasteur danois Thorkild Grosboel (Jacob 2003) qui, soutenu par nombre de ses pairs, refuse de démissionner de l'Eglise luthérienne du Danemark et des révérend(e)s de congrégations unitariennes-universalistes qui se disent "humanistes".

3 - Faut-il donc décléricaliser nos assemblées cultuelles ?


Mais ces combats pour l'accès au ministère pastoral, aussi sympathiques qu'ils soient, ne renforcent-ils pas le système clérical de nos Eglises ? Or celui-ci est de plus en plus mis en cause pour la gestion des communautés, des lieux de culte, des assemblées cultuelles, pour la distribution des sacrements, etc. L'existence même d'un clergé ne tend t-elle pas à instaurer une division féodale du travail entre des spécialistes du sacré et des laïcs, ceux-ci prenant en charge les clercs, mais se déchargeant volontiers sur eux pour tout ce qui a trait à la religion ?

Or, cette répartition des rôles a été mise à mal, entre autres, par :

- les mystiques qui ont toujours privilégié la relation directe et personnelle à Dieu,
- les Réformes protestante du XVIème siècle qui ont prôné la lecture directe et personnelle des Ecritures,
- la réaffirmation d'un Dieu providentiel omniprésent par les mouvements de type pentecôtistes,
- la liberté de pensée, l'individuation, l'information au sein d'un espace mondialisé.

Parallèlement aux cultes confessionnels, auxquels beaucoup de fidèles restent encore attachés et qui, pour eux, comporte une charge affective et identitaire non négligeable, apparaissent des célébrations "libres" entre chrétiens, ou encore entre des croyants de diverses religions (Barbier 2004). Lors de telles rencontres, les rôles ne sont plus statutaires. Des prêtres ou des pasteurs peuvent être présents, mais ils le sont à titre purement personnel et non plus en position d'officiant, de président ou de prédicateur. L'assemblée (l'ecclesia) s'auto-organise, répartit les rôles des uns et des autres pour la célébration, décide du déroulement de celle-ci, prépare des textes et des chants, etc. Les expressions personnelles sont privilégiées ; la parole est répartie entre tous les participants ; tous les modes d'expressions (et pas seulement la parole) sont les bienvenus ; les rôles sont temporaires et non plus statutaires ; les actions communes, comme la récitation communautaire d'un texte liturgique ou la manière de procéder à un rite, sont au préalable discutées. 

Au niveau local, la tradition unitarienne accepte déjà qu'il y ait des "ministres du culte" choisis au sein d'une communauté, directement par les paroissiens, sans avoir pour autant suivi le cursus d'une formation théologique de niveau universitaire ; mais dans ce cas, leur activité est circonscrite à leur seule communauté et ils ne peuvent exercer ailleurs.

Allons nous vers des Eglises sans clergé ?
 

Si le maintien d'un tel statut apparaît nécessaire lorsqu'il existe une tradition ecclésiale et des lieux de culte à gérer, il ne s'impose plus dans le cadre associatif qui est celui de nouvelles communautés dans les pays où il n'y a pas eu ce passé. En l'absence d'une paroisse ayant une masse démographique suffisante, la prise en charge d'un ministre du culte peut en effet dépasser les ressources du groupe. En plus, la présence d'un ministre du culte attitré, ou encore l'instauration d'un conseil presbytéral ou paroissial, présentent l'inconvénient de la réification des rôles statutaires. Le fonctionnement démocratique des associations peut s'en trouver limité, la personnalité et les agissements du "ministre du culte" ou de conseillers pouvant être contestés par certains.

Par contre, inversement, il serait imprudent d'occulter les aléas de la vie associative avec ses luttes internes de pouvoir, la disponibilité limitée de certains responsables qui sont bénévoles, le niveau insuffisant de plusieurs d'entre eux, etc. La règle d'une diversité ecclésiale au sein d'une même famille religieuse est ici opportune. A l'heure du choix individuel de sa religion ou de sa spiritualité ou de sa philosophie, à chacun sa congrégation !

notice bibliographique


AUGUSTIN
(saint), 1869 - Œuvres complètes traduites en français. 

BARBIER Jean-Claude
, 2004 - "Célébrer en liberté, annonce pour un partage du pain et du vin le 5 juin 2004 à Paris" et "Propositions pour des célébrations entre chrétiens libres", Cahiers Michel Servet, n° 1, novembre, pp. 1-5.


Golias
, "Quand les femmes deviennent prêtres", juin 2005, hors-série n° 2, 57 p.).


JACOB Antoine
, 2003 - "Le cas du pasteur Thorkild Grosboel, qui ne croit pas en Dieu, trouble l'Eglise luthérienne du Danemark", Le Monde du 13 août.


MAISON Jean-Jacques
, *** - "Plaidoyer pour le bonheur", Evangile et liberté, n° ***, mis en archive sur le site de la revue (http://www.evangile-et-liberte.net/).
RUFF Pierre-Jean, 2004 - Marie de Magdala, figure de proue du christianisme de sensibilité gnostique, Nîmes : C. Latour, 164 p.).

THERON Michel
, 2005 - Petit lexique des hérésies chrétiennes, Paris : Albin Michel, 402 p. ,


TINCQ Henri
, 2005 - "Pour la première fois en France une femme a été ordonnée prêtre", article paru dans l'édition du Monde du 5 juillet. 

VISMES
(de) Bernard - "La question du ministère pastoral féminin dans l’Église réformée de France (ERF) par B. de Visme", La Revue Réformée, n° 204, site E&L, cité par Jean-Jacques Maison.


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Published by Jean-Claude Barbier - dans CMS articles
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