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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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29 septembre 2007 6 29 /09 /septembre /2007 16:31
" Propositions pour des célébrations entre chrétiens libres ", exposé fait par Jean-Claude Barbier à la rencontre organisée par le mouvement Jésus simplement à Mirmande (Drôme), du 19 au 24 mai (Ascension 2004) sur le thème "Comment Jésus et son enseignement s’inscrivent dans les sagesses du monde ? ", paru dans les Cahiers Michel Servet, n° 1, novembre 2004, "Le culte chrétien de maison ; le partage de la parole, du pain et du vin avec des amis et des voisins", 2ème édition septembre 2005, pp. 3-5. 

Les chrétiens, disciples de Jésus dit le Christ, sont invités à reproduire les gestes que leur maître spirituel fit solennellement du temps de son vivant, à savoir, selon ce que nous rapportent les Evangiles, le baptême dans l’eau, le carême, le lavement des pieds et l’eucharistie. Cette imitation doit être aussi fidèle que possible. Le premier danger est de vouloir en effet adapter ces rites au goût du temps et à certaines interprétations théologiques, ce qui a multiplié les versions confessionnelles. Comment procéder pour que le culte chrétien conserve la force de ses origines ?

1 - s’adresser séparément à Dieu et à Jésus


Du fait du dogme trinitaire, nos prières liturgiques sont souvent ambiguës. Il y a confusion orale entre le Seigneur (Adôn, Adonaï = maître d’un domaine, désignant le maître de l’univers qu’est Dieu), avec un grand " S ", traduit en grec par Kyrios, et le seigneur, petit " s ", également " kyrios ", désignant Jésus " Notre Seigneur ". Cette confusion est manifeste dans la TOB et le rite latin de la liturgie catholique. Pour cela, nous recommandons la Bible traduite par André Chouraqui qui reproduit les appellations en hébreux.


Ce langage liturgique est d’autant plus navrant que les auteurs du Nouveau testament font, quant eux, la distinction. Pour Paul, la première adresse va à El ou à IHVH et en second à " notre seigneur Jésus-Christ ". Hormis les hymnes christiques, que l’on trouve dans les Philippiens (2 : 6-11) et les Colossiens (1 : 15-20), qui sont des propos de dévots lancés dans une surenchère verbale : Jésus comme une apparence de Dieu, égale à Dieu, etc. - dont la source d’inspiration semble être le verset de la Genèse où Dieu aurait fait l’homme à son image (aujourd’hui on dirait l’inverse pour stigmatiser l’anthropomorphisme de nos représentations de Dieu !).


Pour l’Ecole johannique, Jésus est le Fils unique de Dieu, son Fils bien aimé (et non Dieu le Fils) et le Fils est toujours écrit avec une majuscule, c’est-à-dire qu’il montre un titre, une filiation spirituelle et en aucun cas une filiation humaine. Seul le Prologue introduit une ambiguïté, bien que ce soit le Verbe qui est Dieu et non pas précisément le corps récipiendaire de Jésus : le Verbe éternel (la Sagesse, le Logos) créé avant toutes les autres créatures, avant le Monde, s’est fait chair à un moment donné de l’histoire. Nous sommes là plus proches des thèses qui seront celles des adoptionnistes et que de la construction trinitaire des concile de Nicée et de Chalcédoine. C’est cependant Dieu lui-même que Jésus reçoit en lui : " et le Verbe était Dieu ". Jésus devient, de par sa naissance miraculeuse - il est engendré par l’œuvre du Saint-Esprit - un médium permanent. Et effectivement, Jésus n’a pas reçu de Révélations ponctuelles, ou comme Muhammad des songes et des messages venant d’en haut. Il fait la volonté de Dieu puisqu’il est en intimité avec Dieu ; il fusionne avec lui.

2 - prendre en compte la diversité de nos représentations


Le terme " Dieu " gomme les sensibilités qu’introduisent les diverses appellations bibliques de Dieu. Or celles-ci sont souvent utilisées d’une façon précise. Le Qohélet, par exemple, et d’autres écrits hellénistes d’Alexandrie évoquent un dieu universel et non particulier : El, le dieu des langues sémitiques, et non IHVH, le dieu qui s’est manifesté au sommet du Sinaï à un peuple particulier. De même, aujourd’hui, les représentations de Dieu se sont diversifiées. Au Dieu personne, anthropomorphique, providentiel, paternel, se sont ajoutées bien d’autres images. Certains préfèrent parler de milieu divin, ou encore d’une énergie créatrice de Vie, etc. La liturgie ne devrait-elle pas désormais tenir compte de cette diversité ? Qui, aujourd’hui, peut parler de Dieu d’une façon dogmatique comme s'il savait tout sur la nature du divin ...


Nous savons aujourd’hui que chaque évangile, canonique ou apocryphe, s’adressait à des communautés particulières et que la façon de penser Jésus pouvait différer d’une communauté à une autre. Le langage est différent entre l’évangile des Eboniens, où Jésus est un prophète, et les écrits de l’Ecole johannique, où il est le récipiendaire de la Parole. Prenons ces différences comme des richesses de sens et non forcément des oppositions. Dans une assemblée liturgique, il vaut mieux alors être minimaliste afin de ne pas heurter les sensibilités, du moins pour les parties récitées ou dites au nom de l’assemblée. Parlons de Jésus, tout simplement, sans ajouter forcément " Christ ". Préférons le symbole des Apôtres à celui de Nicée-Chalcédoine. Définissons les chrétiens comme les disciples de Jésus " dit le Christ " et non comme les adeptes du seul christianisme trinitaire, etc.

3 - déconfessionnaliser la liturgie


La liturgie comporte des lectures communes. Pour celle-ci, si les textes confessionnels peuvent avoir leur intérêt - mais alors il faut les présenter comme tels en les datant - il vaut mieux nous référer directement aux textes de référence que sont les textes bibliques et, éventuellement ceux des Pères de l’Eglise. Des textes apocryphes ne sont pas non plus sans intérêt puisqu’ils font partie, eux aussi, de la production littéraire de la chrétienté antique (mais il vaut mieux, pour eux aussi, signaler leur date). D’une façon générale les textes anciens sont plus à même d’être acceptés car ils précèdent nos actuelles divisions, même si eux aussi illustrent des courants distincts d’un christianisme déjà pluriel. Une présentation du contexte de l’œuvre lue est en tout cas toujours souhaitable.


Par exemple, il vaut mieux réciter le Notre Père tel qu’il est dans le N.T., y compris son préambule : prier dans le silence et l’intimité ; et sans ajouter la doxologie finale qui est un ajout que certains pourrons estimer abusif. Ceci n’empêche pas la lecture d’une version confessionnelle, mais alors sans en faire une récitation collective et en mentionnant bien l’identité du texte. Il en est de même pour le baptême, le repas chrétien, etc.


Mieux, prenons les textes du N.T. pour ce qu’ils sont : des œuvres de croyants, de communautés particulières et non " La Parole de Dieu ". Les processions où l’on sacralise la Bible sont certes émouvantes, mais elles font dire aux textes plus qu’ils ne disent réellement. Le concept d’homélie, où le prêcheur est censé recevoir l’inspiration du Saint-Esprit … ainsi que ceux qui l’écoutent pieusement, suggère qu’on puisse parler au nom de Dieu. Cette détention de la parole divine nous apparaît comme une prétention naïve et, dans certains cas extrêmes, comme une usurpation pour manipuler les croyants. Que le croyant parle avec sincérité, cela nous suffit ! D’ailleurs des textes d’inspiration non chrétienne peuvent également être lus pour leur sagesse.


Les actes de foi sont bien sûr émouvants, mais il vaut mieux qu’ils n’impliquent pas toute la communauté car un credo ne sera pas forcément accepté en son entier par tous les présents. Par contre, il est tout à fait légitime pour un individu ou un groupe de proclamer sa foi en s’engageant lui-même. Les autres ne sont pas alors obligés de dire " amen ", mais peuvent toutefois manifester leur accompagnement spirituel étant entendu que chacun doit respecter la liberté intellectuelle des autres et que nous nous devons nous encourager mutuellement dans notre foi. Là aussi, les différences ne doivent plus être ressenties comme des hérésies, mais comme des complémentarités.


Afin d’éviter des discours pseudo consensuels, qui vont souvent de pair avec une langue de bois, nous devons encourager l’expression individuelle : choix de textes qui interpellent, expressions artistiques, prières spontanées, etc. La communauté saura alors, par un chant ou une autre expression collective, témoigner de son accompagnement.


Il est souhaitable que chaque communauté se sente libre d’innover en valorisant les charismes de ses membres, dans un cadre congrégationaliste qui accorde le maximum de liberté à chaque entité. Cette affirmation va de pair avec la joie de partager avec d’autres communautés, par exemple dans un cadre fédératif souple. A nous d’imaginer des structures organisationnelles qui favorisent à la fois l’expression individuelle et les relations aux autres.

4 - décléricaliser


Réjouissons d’avoir parmi nous des théologiens et des exégètes, ressources humaines indispensables à une Eglise chrétienne digne de ce nom. Mais ce sont là des charismes parmi d’autres qui ne justifient aucun monopole sur la direction de la communauté, ni sur la présidence des cultes.


Rappelons que les fonctions au sein d’une communauté ecclésiale, conformément à l’institutionnalisation du lavement des pieds (tiens ! un sacrement qu’on a oublié !) sont des services et non des honneurs. L’invitation au culte, le fractionnement du pain, le baptême d’un nouveau chrétien, etc., peuvent être fait par tout membre de l’ecclesia. Cela peut être l’hôte qui reçoit en sa maison, le doyen de la communauté, le Juif présent du fait de son ancienneté dans l’ordre de la Révélation, ou encore le visiteur de passage, etc.

5 - se centrer sur Jésus


Si l’on s’en tient aux paroles mêmes de Jésus qui ont institué la communion, celle-ci se fait par rapport à lui : ceci est mon corps, ceci est mon sang ; si plusieurs sont réunis en mon Nom, je serai au milieu d’eux ; etc. En langage coutumier on peut dire que Jésus se positionne en ancêtre d’une lignée spirituelle. Dès lors, la communion est un culte qui lui est rendu, vrai culte pour ceux qui pensent que Jésus est présent et qu’ils peuvent alors s’adresser à lui ou encore vivre à ce moment une relation mystique ; simple rite de fraternité pour les autres qui sécularisent cette cérémonie.


La communion chrétienne est d’abord un repas, issu de la tradition juive. Quitte à certains, selon la grande tradition chrétienne, à y ajouter une dimension rédemptrice, Jésus ayant vécu, selon les Evangiles, une christicité conforme aux textes messianiques du Premier testament. Bien sûr, Jésus nous a parlé de Dieu comme étant son Père et notre Père à tous. En ce sens, la communion chrétienne est aussi une invitation à une montée vers Dieu.


Le chrétien, en tant que disciple de Jésus, aura à développer une relation de disciple à maître, par la lecture des textes, mais aussi par l’imitation des gestes de Jésus : le baptême, la présentation des enfants au Temple, la récitation du Notre Père, le lavement des pieds, la communion, etc. Et bien entendu le perfectionnement moral.


L’ouverture de Jésus aux personnes qu’il rencontrait, nous invite nous aussi à cette ouverture, sans aucune exclusive. Jésus ne nous demande pas nos croyances (ce sont les Pharisiens et les Saduccéens qui l’abordent pour polémiquer), mais de le suivre. Dès lors, la communion chrétienne est ouverte - sans conversion préalable - à toute personnes, y compris des gens d’autres religions, ou encore à des agnostiques et à des athées, voir à des polythéistes. Que les personnes soient invitées telles qu’elles sont ; à elles ensuite de se positionner, en toute liberté de conscience, vis à vis de Jésus et de Dieu.

 

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Published by Jean-Claude Barbier - dans CMS articles
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