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le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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2 septembre 2007 7 02 /09 /septembre /2007 19:23

U---Pologne--m--daille-des-Fr--res-polonais-les-deux-faces.jpeg photo provenant du site "Livres.mystiques.com"

2ème partie - La médaille dite du Campo dei Fiori


En mars 1897, à Rome, sur la place du " Campo dei Fiori ", non loin du palais Farnese, siège de l’ambassade de France, se tenait comme tous les mercredis un marché à la ferraille, sorte de gigantesque brocante. Un touriste français, A. J. Boyé, dit Boyer d’Agen, " érudit régionaliste ", y dénicha, au milieu d’autres pièces, une médaille très oxydée et sale qu’il paya " deux sous ". 

Nettoyée, elle laissa apparaître un visage – apparemment celui du Christ – et des inscriptions hébraïques. Boyer, séduit, la porte d’abord en breloque, quand des orfèvres parisiens la remarquent et obtiennent le droit de la reproduire. On en vend alors un assez grand nombre d’exemplaires, en or, en argent ou bronze (ce qu’on continue de faire). 

En 1898 et 1899, la presse bien pensante, voire extrémiste (La Libre Parole), s’empare du sujet et lui donne un certain retentissement, puis l’engouement retombe assez vite, devant les exagérations des propagandistes et des exploitants de la médaille. Aujourd’hui, seuls de petits groupes (les Amitiés spirituelles, fondées par l’occultiste Sédir, dont la somptueuse tombe, au cimetière Montparnasse [ndlr. qui a été depuis transférée au cimetière Saint-Vincent, 6 rue Lucien Gaulard, dans le XVIIIème arrondissement] s’orne d’une reproduction de l’avers de la Médaille, et certaines loges marginales) croient encore au caractère mystérieux, et quasi miraculeux, de la pièce du Campo dei Fiori. (...)

[l’auteur Albert Blanchard-Gaillard critique la première interprétation qui fut donnée à cette médaille, qui en faisait une effigie du Christ au 1er siècle, remontant à l’Eglise primitive et frappée en Orient]

Les spécialistes hausseront les épaules ; mais dans le grand public, peu de gens connaissent l’hébreu, la paléographie et l’iconographie chrétienne des premiers siècles. Alors notons quelques données importantes :

1° - Les premiers chrétiens de Palestine (les judéo-chrétiens) sont des juifs observant fidèlement la Torah (Ac, 2, 46 ... ). Toute représentation humaine et animale leur est interdite : il n’y en a pas d’ailleurs d’exemple parmi eux. Il ne peut donc y avoir cohabitation d’une inscription juive ancienne et de la représentation d’un visage.

2° - Même chez les pagano-chrétiens, on ne constate aucune utilisation d’images pendant les deux premiers siècles. Sous l’influence du paganisme, les chrétiens du bas peuple commencent à tourner l’interdiction biblique, en invoquant " symboliquement " le Christ par des images : le Poisson, l’Agneau pascal, le Bon Pasteur, mais ne dessinent jamais de représentation réaliste du Messie.

3° - C’est seulement au IVème siècle, après les conciles, qu’apparaissent les premiers visages du Christ, dans le style byzantin bien connu. Mais il y a bien longtemps que les chrétiens, qui détestent maintenant les juifs, ne comprennent plus et n’utilisent plus l’hébreu. Depuis Paul, TOUS les écrits chrétiens ont été rédigés en grec. Donc, là encore, impossible cohabitation d’un portrait du Christ et de l’hébreu, et ce pendant les quinze premiers siècles.

4° - Les chrétiens (et les papes) ne recommenceront à s’intéresser à l’hébreu qu’à la Renaissance, pour vérifier les traductions, l’Ancien testament et lire les textes kabbalistiques et talmudiques.

5° - Le (ou les) auteur(s) de la brochure précitée affirment l’ancienneté des caractères hébraïques de la Médaille au prétexte qu’ils sont analogues, disent-il, " à ceux des manuscrits bibliques ". Or, avant la découverte des manuscrits bibliques de Qumrâm, en écriture quasi cursive, le plus ancien manuscrit biblique connu, en hébreu, ne remonte qu’au Xème siècle de notre ère (Codex d’Alep, Maison du livre, Jérusalem). Encore ces caractères diffèrent-ils légèrement des nôtres, dont on peut penser qu’ils sont plutôt de style ashkénaze (Europe de l’Est, à partir des XIVème, Xvème siècles). 

La cause est suffisamment entendu : il y a toute chance que la médaille d’origine date bien du XVIème siècle. Le visage a sans doute été copié sur celui de la médaille du sculpteur milanais G. Antonio Rossi, commandée par Pie V vers 1570, dont un exemplaire est à la Bibliothèque nationale. Le graveur anonyme a simplement supprimé le nimbe crucifère et les inscriptions latines " Ego sum lux mundi ", etc., donnant au portrait un caractère exclusivement humain, selon la théologie unitarienne. Adôn Ieshouah est Jésus le Maître, le Chef (Dux et Princeps selon les expressions sociniennes).

Les inscriptions du revers sont plus complexes à interpréter, ce qui s’explique d’ailleurs par des raisons de prudence. Médaille de reconnaissance, elle doit être vue, mais pas compromettante. De là, d’abord, l’usage de l’hébreu, peu accessible au commun, et qui a l’avantage de référer au christianisme primitif, dont les sociniens affirment depuis toujours qu’ils n’étaient pas trinitaire.

Le début (les trois première lignes) prête peu à controverse : "Un Messie, un Roi est venu dans la Paix ". Il s’adresse aux juifs, ou plutôt cherche à distinguer les sociniens unitariens des juifs, puisque leurs ennemis les traitaient de " judaïsants ". Le Messie est déjà venu (contrairement à ce qu’affirment les juifs), ce n’est pas un messie guerrier qui a pour tâche de rétablir le royaume d’Israël. Du point de vue chrétien, ces affirmations sont orthodoxes, et donc non dangereuses. 

Il faut pourtant bien, quoique d’une façon voilée, que ces anti-trinitaires disent leur foi particulière (peut-être dans un mauvais hébreu !). Alors on écrit littéralement : " Il a été fait vivant parmi les hommes ", ce qui, en cas d’inquisition, peut à la rigueur passer pour une allusion à l’Incarnation, mais qui signifie, dans l’esprit des concepteurs de la médaille, compte tenu du contexte, du dit et surtout du non-dit (aucune allusion à ,la divinité, à la gloire, à la puissance, etc.). " Il a été choisi (Dieu l’a choisi, selon l’usage hébreu) parmi les hommes " ; Dieu a choisi un homme parmi tous pour être son Oint (l’Onction d’ailleurs peut-elle être pratiquée sur autre qu’un homme ?).

La médaille que nous connaissons, de Rome ou de Jendrzejov, de Cork ou de Rostock, peut être portée par tout le monde, par tous ceux qui, sans superstition, aiment Jésus et le tiennent pour leur maître. Les bijoutiers ont encore de beaux jours ! Cependant, il faut savoir qu’elle a été conçue pour exprimer un christianisme particulier, hétérodoxe pour certains, une christologie de la seule humanité de Jésus, un christianisme strictement monothéiste, qui est celui des unitariens, qui sont encore nombreux de par le monde.

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Published by Albert Blanchard-Gaillard - dans BLANCHARD-GAILLARD Albert
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