le calice des unitariens

chaque communauté unitarienne arbore un blason ou un logo. Voici celui des unitariens qui sont regroupés au sein de l'Assemblée fraternelle des chrétiens unitariens (AFCU). Voir sur son site à la rubrique "le calice des unitariens"
http://afcu.over-blog.org/categorie-1186856.html


 

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Etats-Unis--UUA--flamming-chaliceeditrj18mt.png Après les 7 principes de l’unitarisme-universalisme - qui ont été repris avec quelques modifications par ceux de l’ICUU ( lien) - il y a les 6 sources de cette nouvelle approche du religieux. Le texte original est en anglais sur le site de l'Unitarian Universalist Association (UUA) of Congregations (lien), avec une version en espagnol ; il est traduit ici par Jean-Claude Barbier (France).


L’unitarisme-universalisme (UU) provient de nombreuses sources :


1 - L'expérience directe de ce mystère transcendant et prodigieux, affirmée dans toutes les cultures, qui nous pousse à un renouvellement de l'esprit et à une ouverture aux forces qui créent et soutiennent la vie ;
2 - Les paroles et les actes des femmes et des hommes prophétiques qui nous incitent à faire front aux pouvoirs et aux structures mauvaises avec justice, compassion et la puissance transformante de l'amour ;
3 - La sagesse des religions du monde qui nous inspire dans notre vie éthique et spirituelle ;
4 - Les enseignements chrétiens et juifs, qui nous appellent à répondre à l'amour de Dieu en aimant notre prochain comme nous-mêmes ;
5 - Les enseignements humanistes qui nous conseillent de bien maintenir une ligne conforme à la raison et aux résultats de la science, et nous mettent en garde contre les idolâtries mentales et de l'esprit ;
6 - Les enseignements spirituels des traditions centrées sur la Terre qui célèbrent le cycle sacré de la vie et nous demandent de vivre en harmonie avec les rythmes de la nature.

 

Ces principes et les sources de la foi sont l'épine dorsale de notre communauté religieuse.

Dimanche 27 mai 2012 7 27 /05 /Mai /2012 18:32
- Par Unitarian Universalist Association (UUA) - Publié dans : sur l'unitarisme - Communauté : Unitariens

"Un homme de caractère libre : Emile Mihière" par Jean-Claude Barbier, paru dans le bulletin n° 116 de la Correspondance unitarienne, juin 2012 (Ndlr - La mention des pages renvoie à son livre autobiographique « Tous les chemins mènent à Rome », publié aux éditions L’Harmattan en 2011, lien)


Emile Mihière est né en 1922 dans une famille marseillaise de petits commerçants, catholiques et bien pensants, où le non respect des règles de bienséance faisait scandale : un grand cousin épousant une protestante (p. 10), un grand-père paternel ayant eu paraît-il une fille naturelle (p. 10), un grand-père maternel mécréant, n’allant jamais à la messe. Tout naturellement, et malgré les sacrifices que cela demande, il entre au pensionnat du Sacré-Cœur, et ses parents l’inscrivent en plus à l’ « Oeuvre Allemand », un mouvement de piété et de scoutisme fondé par l’abbé Allemand. Il aime le sport, la marche, l’escalade dans les calanques marseillaises (avec Gaston Rébuffat qui devint plus tard guide de Chamonix ; dans ses expéditions, il emmène ses jeunes scouts qui sont tout admiratifs de son énergie et ses hardiesses.


Après le bac il choisit la Faculté de Droit (p. 11), puis, à la surprise de ses amis et surtout au regret des étudiantes qui admirent sa sportivité, il entre au Séminaire car il a de la générosité à donner. Bien que ce soit un milieu préservé où l’on garde et sa virginité et sa naïveté des choses du monde, le jeune Emile n’en garde pas un souvenir trop négatif : il apprécie les cours donnés par des professeurs intelligents, notamment en ce qui concerne l’histoire et l’étude biblique d’une manière scientifique (p. 12). Il est également actif en tant qu’animateur au sein de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC).


Mais avec la guerre, le jeune séminariste va être plongé dans les dures réalités du monde puisque « la Classe 22 », celle qui correspond à son année de naissance, est réquisitionnée d’office par les autorités françaises de Vichy pour participer à l’effort de guerre du côté allemand dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO). Les séminaristes qui s’y retrouvent sont encouragés par leur évêque car ce sera pour eux un champ d’évangélisation (p. 13). Notre jeune héros se retrouve ainsi en Silésie, au sud de Breslau, dans une usine à métaux où l’on fabrique des obus. Il est travailleur en fonderie, maniant une lourde masse en fer et dont le manche lui-même est en fer ! Il s’enfuit avec ses copains à l’approche de l’armée russe en février 1945. L’évacuation est prévue en juin 45 par le port d’Odessa et la Mer Noire, mais, les bateaux étant réquisitionnés pour les armées, c’est finalement par Berlin et en chemin de fer (arrivée le 10 juillet 45) qu’il retrouvera la liberté.


Retour au séminaire, puis ordination et affectation dans une paroisse ouvrière « aux Crottes » dans le quartier nord de Marseille. Il y constate avec réalisme la pratique d’une religion de convenance, tout à fait éloignée de la foi : « … la plupart des gens ne demandaient rien au prêtre ni à l’Eglise, sinon des rites extérieurs qu’il fallait garder : baptême, communion, mariage et enterrement ». (p. 23). Avec de nombreux prêtres de son temps, il s’engage dans ces milieux populaires avec la volonté de rapprocher l’Eglise de ces gens. Il entre au mouvement de la Paix (p. 23), s’inscrit à la CGT, écrit dans le journal communiste du coin « La Marseillaise » sous le nom d’Emile Carvin, cite volontiers Péguy « Ils ont les mains pures, mais pas de main ! » ; et puis il travaille à temps partiel dans une entreprise de parpaings. Plongé dans ces réalités, les élucubrations théologiques ne l’intéressent plus : « Je ne croyais plus aux dogmes romains. Péché originel, infaillibilité papale, Immaculée conception, etc. » (p. 27).


La douche froide vient en 1954 avec la condamnation des prêtres-ouvriers par le pape. Il est affecté dans une paroisse dite « bourgeoise » ; puis il est nommé aumônier catholique du lycée (mixte) Marcel Pagnol à Marseille. Il sera dénoncé à Rome comme hérétique ! Finalement, il quitte l’Eglise en mars 1965 au désespoir de sa mère. Puis il se marie avec une catéchiste de Lyon qui l’avait aidé au Lycée Pagnol.


emile_mihiere_portrait2.JPG Sur l’avis d’un ami pasteur protestant, il s’engage sans état d’âme dans le pastorat protestant. En septembre de la même année, il est à Genève pour trois ans et entreprend une thèse où se manifeste avec éloquence son esprit frondeur : « Mission et colonisation... Dieu et César... Les missionnaires serviteurs de Dieu ou valets de César ? » ; elle sera publié en 1968 par la Faculté de théologie de l’université de Genève (soit 84 p.). Durant ces trois ans, sa femme est infirmière à l’hôpital cantonal (Ndlr - tout près de la stèle élevée en souvenir de Michel Servet). Malgré le thème de sa thèse, les Missions étrangères protestantes de Paris boudent ses services car il est jugé trop à Gauche ! Il se retrouvera pasteur de l’Eglise réformée de France, dans une paroisse à dominante ouvrière, celle à Montrouge, de 1969 à 1972 ; puis à la Mission populaire de Saint-Nazaire : là, il prend la défense des ouvriers du Chantier de l’Atlantique, des objecteurs de conscience, des insoumis de la Guerre d’Algérie, voire même des naturistes !


Il quitte la Mission populaire en 1980 suite à une mésentente entre responsables de la Fraternité. Il retourne à Marseille, cette fois-ci dans le civil, avec un poste d’aide-soignant au centre de rééducation fonctionnelle de Valmante (il y restera deux ans, de 1980 à 1982) - mais il y dénonce (à la télévision française) la non titularisation des aides-soignants. Il a accepté en plus l’aumônerie protestante à la prison des Baumettes - mais se retrouve vite en conflit avec le directeur de cette prison dont il dénonce les méthodes musclées. Exclu de ces emplois, il se retrouve en 1982 au chômage à 60 ans. Finalement, il accepte un poste pastoral pour le secteur de Pau et d’Oléron (commune d’Oloron – Sainte-Marie). Il y restera 17 ans et vivra au hameau de Gan où il retape une vieille ferme.


Il écrit des articles entre 1970 et 1985 dans la revue protestante libérale Evangile & Liberté, et aussi, à partir de 1982 dans Ensemble, le journal protestant du Sud-Ouest ; mais il écrit aussi, entre 1990-1994, des articles qui vont dans le sens de ses convictions anarchistes, pour l’Union pacifiste de France et la Libre pensée Aquitaine.


A la mort de sa femme victime d’une tumeur au cerveau, il retourne à Marseille, précisément à Aubagne en banlieue Est. Il s’y fait des amis parmi les poètes du coin. Mais finalement, il quitte ce paradis provençal en 2012 pour s’installer à Gradignan en banlieue Sud de Bordeaux afin de se rapprocher de ses enfants (un fils et deux filles).

Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 18:44
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : CU 2012, articles - Communauté : Religions en toute liberté

Article à la Une - J'ai rencontré Pierre Bailleux ... Ce fut le coup de foudre, par Emile Mihière, ex prêtre ouvrier et pasteur de l'ERF à la retraite, mis en ligne dans la Besace des unitariens le 6 avril 2012 (lien).

 

Bibliographie - Emile Mihière, 2011, "Tous les chemins ne mènent pas à Rome", Paris, L'Harmattan, c.r. par Jean-Claude Barbier, mis en ligne dans les Actualités unitariennes du 6 avril 2012, à la rubrique "à contre courant, la page des prophètes" sous le titre "Emile Mihière et les derniers anarchises chrétiens" (lien)


Biographie : Un homme de caractère libre : Emile Mihière, présentation par Jean-Claude Barbier, mis en ligne par La Besace des unitariens, le 25 mai 2012, sous le titre "Emile Mihière, la vie d'un chrétien libre" (lien).


Information : Nous vous recommandons la lecture de la revue électronique trimestrielle de la Libre Pensée Chrétienne (LPC), basée à Bruxelles, qui en est à son 18ème numéro, avec pour celui-ci une réflexion sur "Nos croyances à l'épreuve de la vie et de la réalité", avec des auteurs qui parlent en toute sincérité de l’évolution de leur foi et conviction … et de Dieu revisité à partir de leur propre expérience vécue : Christian Biseau « Je doute … du divin », Edouard Mairlot « Nos croyances à l’épreuve de la vie et de la réalité », Pierre Le Fort « Un testament spirituel ? Plutôt une simple mise au net », Christian Bassine « Le chemin de Dams », Roger Rabu « Vous avez dit « l’Ultime » … Mais quel ultime au bout d’un si long chemin ? », Jacques Musset « Pentecôte », Marie-Jeanne De Pauw « De Jésus à Jésus en passant par Darwin », Alain Dupuis « Du Dieu du dehors au Dieu « centre », Jean Gondry et Paul Tihon « Comment vivre une foi personnelle et adulte dans une Eglise globalement conservatrice ? ». Pour contact et s’abonner à la revue voir le site du mouvement (lien).


Message d'envoi du 25 mai 2012, par Jean-Claude Barbier

interfaith_Rehnberg_memorial_UU_church_of_Rockford_-Illinoi.jpgCher(e)s Ami(e)s de la Correspondance unitarienne
Né avec le courant anti-trinitaire au sein des Réformes protestantes du XVIème siècle européen, l’unitarisme n’est pas encore très connu dans notre pays, mais nous constatons qu’à nos militants et sympathisants s’ajoutent de très nombreuses personnes qui, au terme d’une vie dense et sincère, s’interrogent sur Dieu, sur le mystère de la Vie, sur notre relation à Jésus, sur le Royaume promis et sur l’au-delà, etc., en des termes souvent très proches des nôtres.
C’est ainsi que nous vous conseillons la lecture du livre d’Emile Mihière, séminariste sportif et animateur de mouvements de jeunesse catholiques, aumônier de lycée, prêtre ouvrier, pasteur protestant, engagé dans la Libre pensée, etc. Dans le même sens, nous vous conseillons la lecture du dernier n° de la revue trimestrielle de la Libre pensée chrétienne (LPC n° 18) particulièrement riche en itinéraires spirituels. Pour contact et abonement (lien) http://librepenseechretienne.over-blog.com Bilan de vie, bilan de nos croyances religieuses : c’est aussi ce que nous avons proposé dans plusieurs n° de nos Cahiers Michel Servet (lien).
Que chacun s’exprime, disait Paul aux communautés chrétiennes naissantes, pour l’édification de tous ! Nos colonnes et nos pages de site sont ouvertes aux expressions des uns et des autres quelque soit sa foi et ses propres convictions dès lors qu’il y a sincérité et franchise, ouverture aux autres et tolérance. A vos plumes Cher(e)s Ami(e)s pour vous exprimer et que ce soit le temps de l'inspiration puisque nous sommes à la veille de la Pentecôte !

Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 09:35
- Par Correspondance unitarienne - Publié dans : CU les sommaires - Communauté : Religions en toute liberté

Article à la Une : "Christianisme d'ouverture et cohérence ; à partir de l'expérience des unitariens français", note de Jean-Claude Barbier, le 2 avril 2012, mis en ligne le 22 avril 2012 sur le site "Unitariens français" du Conseil des unitariens et universalistes français à la rubrique "le forum des unitariens francophones" : (1) l'expérience historique des unitariens français (lien), (2) Pour un unitarisme contemporain plus cohérent (lien).


Libre propos de Gérard Mantion : "l'interpellation d'un néo-païen aux unitariens français", mis en ligne le 22 avril 2012 sur le site "Unitariens français" du Conseil des unitariens et universalistes français, à la rubrique "le forum des unitariens francophones" (lien).


Message d'envoi du 22 avril 2012 par Jean-Claude Barbier :


Cher(e)s Amie(e)s de la Correspondance unitarienne

 

A une époque où les chrétiens se sont mis à s’intéresser à d’autres religions de par le monde, les unitariens apportent volontiers leur expérience (en France depuis 1986) puisque toutes leurs activités, y compris le culte mensuel organisé par l’Eglise unitarienne francophone, sont ouvertes à tous. Il s’agit là de partager des espaces d’activités, ce qui va bien au-delà des simples rencontres œcuméniques ou inter-religieuses.


A la suite du Manifeste d’Avignon d’août 2007, qui déjà posait les conditions d’une ouverture des communautés chrétiennes unitariennes aux autres croyances et philosophies, le présent bulletin avance quelques propositions pour une meilleure cohérence au sein de l’unitarisme contemporain entre tous les courants libéraux qui se sont agrégés à l’unitarisme chrétien depuis le XXème siècle. Cette ouverture aux autres est importante ; mais elle doit savoir se gérer.

En exemple pratique, l’interpellation d’un néo-païen, Gérard Mantion.

 

Qu’on se le dise, l’unitarisme est une mouvance discutante (en toute convivialité) et non ronronnante ! Venez nous rejoindre au sein de notre groupe "Unitariens francophones" sur Facebook (lien). Vous y serez le ou la bienvenu(e).

Dimanche 22 avril 2012 7 22 /04 /Avr /2012 12:06
- Par La Correspondance unitarienne - Publié dans : CU les sommaires - Communauté : Religions en toute liberté

Neuchâtel, ville suisse située au bord du lac de même nom, sur le flanc sud du massif du Jura, est citée pour la première fois en 1011. Elle fut gérée par des comtes jusqu'en 1458, qui y construisirent un château qui donna le nom à la ville « Nouveau château » , puis elle passa sous l'autorité de la famille française d'Orléans-Longueville. La Réforme du XVIe siècle, y fut introduite en 1530 par Guillaume Farel, et imposée à la comtesse catholique de Jehanne de Hochberg avec l’appui de Berne. La Vénérable Classe ou Compagnie des pasteurs fondée en 1535, demeura quasiment autonome, tant au point de vue doctrinal qu’au point de vue administratif et financier. En 1707, la ville passa sous l'autorité des rois de Prusse. En 1814, elle adhère à la Suisse en formant le canton de Neuchâtel. Le 1er mars 1848, c’est la Révolution et le canton devient une république.


Les premiers pasteurs réformés furent d'anciens curés, puis, dans la seconde moitié du XVIe siècle, des maîtres d'école que la Compagnie des pasteurs consacrait par imposition des mains. La Classe procurait en privé des leçons théologiques de base; ceux qui se proposaient pour le "saint ministère" (les "proposants") complétaient leur formation dans une Académie "étrangère" (Bâle, Strasbourg, puis Lausanne, Genève, Saumur entre autres et plus tard, quand Neuchâtel sera devenue principauté du roi de Prusse, Berlin, Marbourg, Tübingen, Greifswald, etc.). Cette double voie de formation, privée, ecclésiale et neuchâteloise d'une part, publique, académique et étrangère d'autre part, deviendra courante; même quand Neuchâtel disposera de sa propre Faculté de théologie (voire de deux facultés !), les étudiants iront fréquemment parfaire leur formation dans une faculté extérieure.


La Prusse, pour faire pencher en sa faveur le choix des Neuchâtelois, en 1707, promit une académie (= une université), celle ci se fera attendre jusqu’en 1838 et la première Académie de Neuchâtel est, enfin, inaugurée en 1841. Elle ne formait toutefois pas les futurs pasteurs car, jalouse de son monopole et de son indépendance, la Classe des pasteurs avait repoussé en 1838 les offres du Gouvernement désireux d'intégrer l'enseignement de la théologie et la formation des pasteurs dans la première Académie !


A une bourgeoisie enrichie par le commerce international au XIIIIè siècle, ce sont ajoutés, au siècle suivant, des milieux ouvriers avec l’horlogerie, la chocolaterie Suchard, les forges et scieries Martenet, la fabrication d'indiennes, puis l’arrivée du chemin de fer. Lorsque Ferdinand Buisson arrive en 1866, ces milieux sont déjà fortement déchristianisés et commencent à voter socialistes.


Avec l’institution de la République, une nouvelle loi ecclésiastique faisait passer l’administration suprême de l’Eglise de la Vénérable Classe à l’autorité civile, donc à l’Etat. Un synode formé de laïcs et d’ecclésiastiques est désormais chargé de s’occuper du domaine spirituel et remplace donc la Compagnie des Pasteurs. C’est ce synode qui continue la charge de former des pasteurs. La fondation de la seconde Académie en 1866 (elle deviendra l'Université de Neuchâtel en 1909) ne change pas la donne. C’est elle qui recrute Ferdinand Buisson.


Durant le séjour de ce dernier à Neuchâtel (1866-1870), l’idée de séparer Eglise et Etat semble avoir gagner du terrain. Félix Pécaut, un ami de F. Buisson, est installé comme premier pasteur libéral le 5 décembre 1869 à la Chaux-de-Fonds ; il rentre en France lui aussi l’année suivante après la défaite de Napoléon III à Sedan.


Une proposition est adoptée le 19 décembre 1872 par le Grand Conseil pour permettre à la minorité libérale d’avoir sa part dans les affaires de l’Eglise et pour abolir la consécration pastorale. Mais la situation se complique l’année suivante, en septembre 1873, avec la « Loi Numa Droz ». Celle-ci, proposée par Numa Droz  (1844-1899), un graveur puis instituteur, devenu conseiller d’Etat (et qui finalement sera conseiller fédéral de 1876 à 1892), vise à affirmer la laïcité de l’Etat … mais aussi à contrôler l’Eglise ! * Le même Numa Droz réforma également l'école primaire et rendit facultatif l'enseignement de la religion. L’initiative ne fait pas l’unanimité et la loi passe de justesse; l’Eglise se scinde alors en deux, une « Nationale » (l’Eglise nationale du canton de Neuchâtel) dont les ministres et les lieux de culte sont à la charge de l’Etat, et une « indépendante » (l'Eglise évangélique neuchâteloise indépendante de l'Etat)qui refuse cette collusion.

* par le salariat car, au niveau des principes, la loi affirme «  La liberté de conscience de l’ecclésiastique est inviolable ; elle ne peut être restreinte ni par des règlements, ni par des vœux ou engagements, ni par des formules ou un credo, ni par aucune mesure quelconque ».


Paradoxalement par rapport au manifeste de Ferdinand Buisson et de ses amis, la séparation de l’Etat et de l’Eglise qu’il demandait se fait ici contre l’Etat laïc et est à l’actif des éléments les plus conservateurs !


neuchatel_eglise_reforme_evangelique_du_canton.jpg On se retrouve donc avec deux Eglises, deux écoles pastorales pour former les ministres du culte, mais ce n’est pas la guerre pour autant ! L’Eglise « nationale » s’avèrera plus ouverte (c'est la Faculté "nationale" qui accueillit en 1912 la première étudiante ; elle venait de... Pologne ! et s'appelait Lucie Schmidt), mais il n’y aura pas de différence de théologie (là aussi un désaveu du manifeste de F. Buisson), et une réunification (envisagée dès 1920) s’effectuera le 3 juin 1943 au sein de l’Eglise réformée évangélique du canton de Neuchâtel (EREN).


Séparée de l'Etat, mais "reconnue d'intérêt public", l’EREN signa avec l'Etat un concordat dans lequel fut fixé le statut de la Faculté de théologie. Celle-ci fit désormais partie de l'Université; une commission des études, nommée par le Synode, assurait le lien entre elle et l'Eglise. Nommés par le Synode, les professeurs, agrégés au corps pastoral de l'EREN et donc pasteurs, faisaient partie du Sénat de l'Université. Leur traitement était à la charge de l'Eglise.


En 1980, la Faculté de théologie intègre juridiquement l'Université et retrouve un statut d'Etat. Le corps enseignant est nommé par le Conseil d'Etat, sur proposition du Conseil des Professeurs. La Faculté doit, au préalable, requérir l'avis du Conseil synodal. La Faculté peut assumer en toute indépendance sa tâche académique et l'Eglise reconnaît en elle l'instance universitaire dont elle a besoin pour la formation de ses futurs ministres.


Sources :
- message de Charles-Henri Matile du 2 avril 2012 faisant référence à des brochures éditées par le Canton pour célébrer, en 1948, le centenaire de la Révolution de 1848 (et où Ferdinand Buisson est cité). Voir aussi le témoignage de Charles-Henri Matile sur l'après Ferdinand Buisson (lien).
- article dans l’encyclopédie Wikipedia (lien).
- site de la Faculté de théologie de l’université de Neuchâtel (lien)
- site de l’Eglise réformée évangélique du canton de Neuchâtel (EREN) lien.

Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 19:50
- Par Jean-Claude Barbier et Charles-Henri Matile - Publié dans : sur le protestantisme libéral - Communauté : Religions en toute liberté

Charles-Henri Matile, Neuchâtel (Suisse), message du 29 mars 2012 :


Merci de m’avoir permis de faire connaissance avec cet extraordinaire Ferdinand Buisson dont j’ai lu le manifeste de 1969 avec attention (lien), ainsi que divers événements de sa vie sur le site de La besace unitarienne.


Il a donc enseigné, très jeune, à l’académie de Neuchâtel, à 10 km de chez nous, de 1866 à 1870. Son manifeste est un modèle de clarté et de bon sens et, ce qui m’a le plus frappé, c’est qu’il contient tous les ingrédients de l’unitarisme, mais si le terme même n’y apparaît jamais !


Le site de la Faculté de théologie de l’université de Neuchâtel (unine.ch) fournit quelques éléments des péripéties de l’Eglise protestante neuchâteloise (lien). Séparation donc peu après 1870 en une Eglise dite nationale avec des pasteurs payés par l’Eglise/Etat et une Eglise dite indépendante avec des pasteurs payés par les paroissiens. Chacune ayant sa propre faculté de théologie à l’Université (Académie). Je pense que l’activité déployée par F. Buisson et autres a nécessairement joué un rôle dans cette séparation.


Ce qui me surprend davantage, c’est que la nouvelle Eglise indépendante n’était, déjà à ses débuts, pas si libérale qu’on pourrait le croire. Pourquoi ? Probablement parce que les idées de Buisson ont mieux convaincu sur le plan socio-politique que sur le plan théologique. Peut-être que les gens n’osaient pas souscrire à une telle verve, si louable fut-elle ! Il faut aujourd’hui prendre la relève pour sauver ce qu’il reste du christianisme.


charles-henri_matile_et_ses_petits_enfants.JPGJe n’en sais pas assez pour savoir quelles franges de la population se partageaient les deux églises. Ma mère venait d’une famille ouvrière rattachée à l’Eglise nationale, mon père, maître boucher-charcutier de son état, venait d’une famille d’indépendants rattachée à l’Eglise indépendante ! Un milieu certes respectable, mais pas suffisamment intellectuel pour parler théologie à la maison. C’est d’ailleurs pour cela que je me sens, en dépit de quelques études, plus près de ma terre que de l’intellectualisme. C’est aussi pour cela que je n’aime pas voir mes petits-enfants, que j’aime beaucoup, avoir peur de se salir les mains. Je leur explique parfois que les mains sont quelque chose qui se lave très bien !


Au temps de ma jeunesse, nous allions plutôt régulièrement au culte parce que la majorité en faisait autant, sans se poser trop de questions. De même que tous les enfants allaient aux leçons de religions. J’ai  retrouvé mon acte de baptême : le 16 mai 1943, quelques semaines avant la fusion, en la chapelle indépendante de Cernier, le village voisin, alors que la paroisse de Fontainemelon, paroisse nationale, avait un temple offert en 1902 à la commune par une riche famille d’horlogers. Au bas de l’acte, dans un coin, le pasteur de Fontainemelon a ajouté : « Baptême inscrit sur le registre de Fontainemelon : Borel, pasteur ».
Et juste après eut lieu la fusion et la victoire de l’orthodoxie, barthiste notamment. Pourquoi ? Sans doute parce que les gros poissons finissent par manger les plus petits.


Cependant, si on ne parlait pas de théologie, mes oreilles se souviennent fort bien avoir entendu mon père pester contre les pasteurs de l’Eglise nationale, avec des remarques du genre : de notre temps, on payait le pasteur et il travaillait, il faisait des visites régulièrement, mais maintenant, etc.


C’est dommage que ce petit canton de 800 km2 et de 170 000 habitants actuellement n’ait pas mieux écouté Ferdinand Buisson. ! Mais bon, le bas du canton, avec Neuchâtel, bourgeoise et un peu guindée comme souvent les chefs-lieux, préféra s’en tenir aux vérités de la « vénérable classe » des pasteurs, tandis que le Haut, avec la Chaux-de-Fonds horlogère et populaire, avec des socialistes trop mécréants pour apprécier même le discours d’une Eglise libérale. Contexte très compliqué.

Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 11:59
- Par Charles-Henri Matile - Publié dans : sur le protestantisme libéral - Communauté : Religions en toute liberté

Article à la Une : " Deux Dieux ? chez deux Monod " par Michel Jas, pasteur de l'Eglise réformée de France (ERF), mis en ligne le 31 janvier 2012 dans La Besace des unitariens à la rubrique "sur le protestantisme libéraal " (lien).

Libre propos :" Faut-il abandonner la main de Dieu ? " par Jean-Claude, chrétien unitarien, note du 17 août 2010, mis en ligne le 11 avril 2012 sur le site de l'Eglise unitarienne francophone, à la rubrique "Croyants - non croyants" (lien), traduit en italien par Giacomo Tessaro le 29 avril sur le site de la Congregazione Italiana Cristiano Unitariana (CICU), lien.

Informations :

- " L'Europe unitarienne en 2012 " : une rencontre organisée par l'International Council of Unitrarians and Universalists (ICUU) à Kolozsvar, au siège de l'Eglise unitarienne de Transylvanie, du 31 août au 4 septembre 2012, et à laquelle participeront les délégations française et italienne ; mis en ligne dans les Actualités unitariennes à la rubrique "Unitarisme (ICUU)", le 4 avril 2012 (lien).

- " Les unitariens francophones sont sur Facebook ", depuis février 2012 (lien).

Message d'envoi, le 11 avril 2012, par Jean-Claude Barbier :

S’interroger en toute lucidité sur Dieu ou sur le divin ou sur une transcendance contenue dans la Vie, voici ce que vous propose notre mouvance unitarienne, et dans ce bulletin du mois d’avril en particulier - avec entre autres des voix du protestantisme libéral avec Wilfred Monod (1867–1943), Victor Monod (1882-1938) et Michel Jas (1953-). Pour échanger avec nous de ces transcendances en toute convivialité, vous pouvez rejoindre notre groupe Unitariens francophones sur Facebook (44 membres à ce jour ; vous y serez les bienvenus.
Je profite de ce message pour vous informer de la session qu’organise le pasteur Roger Parmentier, toujours bon pied bon œil à 93 ans, chez lui à La Raynaude, commune du Mas d’Azil en Ariège (tél. 05 61 69 97 44), du 1er au 5 août sur le thème : « Trouver un trésor à tout âge » ; là aussi pour trouver une transcendance dans notre vie quotidienne ?
Je vous souhaite un bon printemps sur la lancée pascale. En toute fraternité.

 

Mercredi 11 avril 2012 3 11 /04 /Avr /2012 12:33
- Par la Correspondance unitarienne - Publié dans : CU les sommaires - Communauté : Religions en toute liberté

emile_milhere_portrait.jpg " J'ai rencontré Pierre Bailleux ... ce fut le coup de foudre " par Emile Mihière, ex prêtre ouvrier et pasteur de l’Eglise réformée de France (ERF) à la retraite (voir son livre paru en 2011 aux éditions L'Harmattan, lien). Texte à paraître en article à la Une dans la Correspondance unitarienne du mois de juin 2012 (n° 116).


C’était un rassemblement organisé par Evangile et Liberté à Sète dans les années 82-85. Lors d’un repas et une conversation à bâtons rompus, nous avons ressenti une sympathie mutuelle avec le sentiment profond que nous étions bien sur une même longueur d’onde.


Pierre était un fonceur, style Bulldozer, dans le genre du prophète Amos ou de Jean-baptiste l’intransigeant ; il ne faisait pas dans la dentelle et çà me convenait. Il me raconta les péripéties de sa vie quelque peu mouvementée, soutenue toujours avec constance et sans aucun compromis. Pas de cadeaux aux « quand dira-t-on », ni aux bien pensants.


C’était le premier pasteur franc-maçon que je rencontrais et c’est pour cela qu’on l’avait choisi pour aller chercher Pierre Joxe à la gare. Celui-ci était l’invité conférencier de notre session et était à ce moment là ministre de la Justice.


Comme moi, Pierre Bailleux détestait la cléricature et pas seulement celles des Eglises, mais aussi dans toutes les branches de la société : politique, éducation, santé, etc. Il se méfiait de la terrible tentation du pouvoir, de la volonté de puissance qui vicie en profondeur tous ceux qui se prennent au sérieux pour jouer leur personnage.


Mais comme nos conversations entre deux exposés ne nous suffisaient pas, il m’a proposé de me raccompagner chez moi à Oloron (commune d’Oloron-Sainte-Marie, près de Pau). Ndlr. Emile Mihière était alors pasteur protestant de l’ERF pour Pau et Oloron. Ma femme fut ravie de le recevoir et nous eûmes une petite journée très dense en interrogations, questions sur Dieu, la foi, les institutions, le rapport à la politique. Nous avions des amis communs … et aussi des ennemis !  C’est fou que l’on peut échanger, apprendre à se connaître et s’estimer en si peu de temps. Nous nous sommes quittés à regret. Il m’avait demandé un article pour sa revue que je lui ai envoyé. Bien plus tard, j’ai appris son décès avec de la peine. Ndlr. Pierre Bailleux est décédé le 29 janvier 2008.


Il n’est pas facile de dire la vérité de l’Evangile, et les hommes de l’Institution croient souvent qu’en l’édulcorant, un peu ou beaucoup, on la fera mieux passer : il y a le scandale des faibles, mais aussi celui des forts … et la limonade sucrée ne remplacera jamais le bon vin ! Si le sel de la terre s’affadit, il n’est plus bon qu’à être jeté au feu. Pierre, tu es de ceux qui n’a jamais cherché à transiger , je sais que tu fus jusqu’au bout un homme sans compromission … toujours à tes risques et périls. A Dieu, Pierre.

 

Ajout du mardi 10 avril 2012 :

 

patrick_surmont.jpgUn autre témoignage sur Pierre Bailleux : celui de Patrick Surmont, pasteur belge dans la Brabant et enseignant en cours de religion, sur Facebook, le 7 avril 2012. " Pierre était un homme de convictions et un homme très attachant. J'ai fait mon stage pastoral pendant six mois chez lui, à Braine l'Alleud ! Il y a bien longtemps... mais ça reste en moi ! Pour moi, c'était un "homme debout" tout simplement, jusqu'à sa fin. Je pense souvent à lui et regrette qu'il n'y ait pas plus de pasteurs de son acabit. "

Vendredi 6 avril 2012 5 06 /04 /Avr /2012 11:40
- Par Emile Mihière - Publié dans : BAILLEUX Pierre - Communauté : Unitariens

Article à la Une : " Un credo pour le christianisme unitarien est-il possible ? Un débat initié par Giacomo Tessaro "  (texte paru le 22 octobre 2010 sur l’ancien site de la Congregazione Italiana Cristiano Unitariana (CICU), dont l’auteur est membre, sous le titre « Un possibile Credo Unitariano »), suivi d'une discussion avec Michele Moramarco, Alessandro Falasca et Roberto Rosso, mis en ligne le 5 avril dans La Besace des unitariens (lien).


Document : " L'unitarisme en Italie en Italie - un bref historique (2004-2012) ", résumé d'une note de Jean-Claude Barbier publiée le 4 avril dans les "récapitulatifs" du site Unitariens français, le site du Conseil des unitariens et universalistes français (CUUF), lien.


Message d'envoi : par Jean-Claude Barbier, le 5 avril 2012

Nous sommes très fiers de vous présenter ce numéro spécial sur l’unitarisme en Italie, lequel fait preuve d’une bonne santé. Vous y verrez la collaboration fraternelle et très positive entre unitariens français et unitariens italiens.

Jeudi 5 avril 2012 4 05 /04 /Avr /2012 12:33
- Par La Correspondance unitarienne - Publié dans : CU les sommaires - Communauté : Unitariens

A l'initiative de Giacomo Tessaro, un débat a eu lieu sur le thème :  " Un credo pour le christianisme unitarien est-il possible ? " dans le cadre d'un forum animé par nos amis italiens. Ce texte est paru le 22 octobre 2010 sur l’ancien site de la Congregazione Italiana Cristiano Unitariana (CICU), dont l’auteur est membre, sous le titre « Un possibile Credo Unitariano »..Nous l'avons reproduit en article à la Une de notre bulletin de la Correspondance unitarienne n° 113, de mars 2012, suivi des échanges qu'il a suscités. Ceci dans le cadre d'un numéro spécial sur l’unitarisme en Italie (lien).


La question d’un credo pour les chrétiens unitariens avait déjà été posée par un jeune britannique, Matt Grant, dans un article de 2005 The Unitarian Christian Shahada ? ”, The American Unitarian , Quarterly Journal of the American Unitarian Conference (AUC), volume 4, n° 1, mars 2005 ( lien). Cet article fut traduit en français par Noëlle Colle (alors présidente de l’AFCU) et publié comme article à la Une du bulletin n°100 de la Correspondance unitarienne de février 2010 : « Un shahada pour les chrétiens unitariens ? », puis mis en ligne dans La Besace des unitariens le 29 janvier 2000 (lien), 


giacomo_tessaro_portrait_2011.jpegGiacomo Tessaro :


Je crois à Celui Qui a créé l'Univers, appelé de beaucoup de façons différentes selon les lieux et les temps ; je crois qu'Il coïncide avec le Dieu des religions monothéistes, qu’Il est la source des dieux des conceptions polythéistes ; je crois qu'Il comprend l'Idéal de beaucoup de philosophies humanistes, même quand Il est refusé.
Je crois qu’il n'est pas possible de penser à quelque chose de bon dans la Création dont Il ne serait pas la Source première et qu’on ne pourrait pas ramener à Lui. Je crois que le mal dérive seulement de l'Homme quand le mal est choisi en connaissance de cause ou non, puisque l'Homme, en général, est doué de libre volonté totale et peut donc choisir de faire du bien ou du mal, l'un et l'autre presque sans limite.
Je crois à l'enseignement de Jésus-Christ, le plus ardu et exaltant proposé dans l'Histoire. Je crois que cet enseignement est valide et utile pour les hommes de chaque temps, et que, pour les hommes de chaque temps il est très difficile à mettre en pratique. Mais je crois que s'engager à pratiquer les enseignements de Jésus donne une vraie liberté et assure un progrès individuel et social.
Je reconnais être né et avoir grandi dans un temps, un lieu et un contexte marqués, d'une façon ou d'une autre, par la présence de Jésus et par son enseignement, bien que celui-ci ait pu être déformé. Je reconnais Jésus, non seulement Maître universel, mais aussi patrimoine culturel ancestral de la société où je vis. Je m'estime donc heureux d'avoir connu notre Maître dès mon plus jeune âge, même si c’est d'une façon que maintenant j'estime peu valide. De toute façon, j'admire la diversification du monde chrétien, signe de richesse et non pas de scandale.
Mais je crois que chaque culture, même la plus isolée et la moins sophistiquée, a quelque chose à dire sur le mystère de la Réalité ultime, dans les façons de penser et le langage élaboré au cours des génération. Nombre de ces cultures ont élaboré de grandioses mythes et d’imposants systèmes religieux et philosophiques, toujours enrichis grâce aux contacts avec les cultures voisines. Il est évident que l'Esprit de Dieu, la Ruah qui a créé le Monde, a soufflé abondamment dans tout ce monde, en s'harmonisant avec la pensée de chaque société et en obligeant chacune d’entre elles à reconnaître l'existence de la Réalité ultime. En conséquence, je désire mieux connaître les réalités religieuses de notre monde afin de pouvoir y tirer de l'inspiration, à la gloire de l'Eternel.
Je crois à l'Esprit de Dieu, créateur et innovateur dans sa liberté absolue. Je crois qu'Il souffle sur toutes les créatures en déposant en elles les germes du Bien et de la connaissance de Dieu, sans s'opposer à la personnalité et aux inclinations de chaque homme. L'on peut ressentir cela, d’une façon particulière, dans les moments individuels et communautaires de prière et de recueillement.
Je crois à la liberté, réalité créée par Dieu et que chacun est invité à reconnaître pour lui-même et surtout pour son prochain, que celui-ci soit homme ou animal, et ceci malgré les déformations que l'idée de liberté a pu subir. Je crois que Dieu nous appelle à promouvoir la liberté au niveau social et religieux. Pour cette raison je crois à une religion libérale, qui cherche à sortir des abus de maintes institutions religieuses, en promouvant la dignité de tout le monde.


michele_moramarco_portrait.JPGMichele Moramarco


L'idée que le mal soit réductible à la volonté ou aux pulsions humaines me semble tout à fait limitative ; malheureusement, il y a eu un courant de ce genre dans l'unitarisme (l'idée « libérale » selon laquelle chacun peut se faire son credo est récente ), mais cela n’est sûrement pas la vision originaire et authentique d'une foi qui prend au sérieux le témoignage de Jésus et de Paul sur les « puissances » et sur le « Prince de ce monde ». Les écrits d'Umberto Pagnotta offrent une lecture, dans un langage « dynamique », de cette vision.


alessandro_falasca.jpgAlessandro Falasca


J'apprécie la profondeur de ce texte de Giacomo comme l’expression d'un cheminement spirituel personnel. Mais je ne suis pas sûr de la nécessité, pour les chrétiens unitariens italiens, d'un « credo » , alors qu’une définition plus précise de sa propre identité me semblerait indispensable pour les unitariens-universaliste. En ce cas, de toute façon, on a besoin d'un travail collectif, bien sûr à partir d'une ébauche initiale ; cette ébauche ne me semble pas mal du tout.
Le passage sur lequel moi aussi je suis perplexe, c'est sur la genèse du Mal. Ramener le Mal entièrement à l'incorrect usage de la liberté humaine est en contradiction avec notre identité unitarienne. Nous avons en effet refusé le Péché originel, c'est à dire l'idée d'un être humain coupable de nature, étant donné que c'est le libre choix même qui caractérise la nature humaine. De plus, cela me semble une solution insuffisante pour deux raisons :
1) le « mal physique », c'est à dire les tremblements de terre, cataclysmes, maladies, épidémies, etc., dont l'être humain est bien peu coupable ;
2) l'existence de « puissances et structures du Mal » (en utilisant le langage des principes et résolutions des unitariens-universalistes) qui dépassent la volonté de chacun, car ils résultent des hasards de l’Histoire accumulant les fautes et les transformant en injustices durables.
Je serais plutôt d'accord avec le théologien David Bentley Hart en affirmant que le Mal et la souffrance naissent de l'interaction complexe entre les forces que Dieu a créées au service d'un être humain libre et de l'exercice d’une telle liberté humaine. Les expériences douloureuses peuvent avoir des genèses les plus diverses, mais interpellent Dieu ou l'Homme en cause ex-post, c'est à dire qu’en acceptant la souffrance comme partie d'un parcours de croissance, en instaurant une interaction entre l'humain et le divin, on peut transformer la souffrance en une occasion pour obtenir du bien.


roberto_rosso_portrait.JPGRoberto Rosso


Oui Alessandro, tu as raison. Je pense également que le travail de Giacomo a été très bon, mais je crains aussi que l'utilisation du mot « credo » en ce contexte ne soit trop forte. Sur le problème du Mal je suis d'accord avec vous pour la nécessité d'un débat. La proposition de Hart (et la tienne) me semble en effet plus partageable, avec deux éclaircissements : 1) que les forces que tu cites soient créés au service du genre humain, me semble être une illusion ; 2) que la cause ex post soit non pas le divin, mais un faux dieu créé par la raison (comme un mauvais masque) et avec qui la raison puisse réglementer et juger.
Le Dieu que j'ai en mon esprit c'est, comme disait Nietszche, au delà du Bien et du Mal. J'ai foi dans la possibilité que la racine même de la réalité physique et de la réalité humaine soit le divin, et que ceci nous mène à terme au dessein global comme quoi c'est bon parce que c'est divin. Ce sur quoi je suis totalement sceptique, c'est la possibilité de l'Homme de comprendre le divin et de le juger …

Jeudi 5 avril 2012 4 05 /04 /Avr /2012 11:50
- Par La Correspondance unitarienne - Publié dans : CU 2012, articles - Communauté : Unitariens

Le volume 7, numéro 1, 2011 de la Tribune libre unitarienne est consacré à l'humanisme unitarien universaliste ( lien). Compte rendu par Jean-Claude Barbier (chrétien unitarien, France)

 

 Avant-propos sur l’humanisme unitarien universaliste, par Léo Poncelet ( lien).

« Un humanisme à saveur unitarienne universaliste. »


L’humanisme, horizon indépassable, par Fabrice Descamps ( lien).

L’auteur rappelle l’importance de l’humanisme à une époque où Michel Foucault évoque la mort de l’Homme et la fin du sujet dans Les mots et les choses, paru en 1966 ; mais aussi, face à la vague écologique qui attire notre attention sur l’environnement, la planète et l’univers sous le prétexte que l’homme n’y est plus qu’un élément parmi tant d’autres et non plus au centre du système.

Raison et révérence : un humanisme religieux pour notre temps, par William A. Murry (lien).
Ce pasteur émérite de la communauté unitarienne universaliste de River Road et ancien président de la Meadville Lombard Theological School est aussi auteur du livre Reason and Reverence Skinner House. 2006. Son article « La foi naturelle : Comment l’évolution darwinienne changea la religion libérale » est paru dans le numéro précédent de la Tribune libre unitarienne, vol. 6, n°. 2, décembre 2010, numéro consacré à la science et la religion.
Partisan d’une approche rationnelle et scientifique, bannissant toute croyance dans l’existence d’un surnaturel (Dieu, l’âme, les miracles, etc.), l’auteur, à la suite de Ralph Waldo Emerson et son essai célèbre sur la « Nature », nous fait part de son émotion en contemplant la Nature et l’Univers – à qui nous devons un sentiment des respect et de révérence - également de la gratitude car nous sommes vivants. Ces sentiments ne vont nullement à une divinité surnaturelle (il ne s’agit pas là d’un néo-paganisme), mais à une force intrinsèque de la nature (pas très éloigné somme toute du panthéisme – grâce au « pouvoir créatif d’une énergie-matière »). Il s’ensuit un nouveau type de spiritualité très éloigné de ce qu’on appelle d’habitude par ce terme ; une spiritualité faite de respect de la vie, de solidarité, de luttes sociales et d’éthique environnementaliste pour améliorer nos destins, etc. Il propose un naturalisme humaniste … et religieux, réintégrant l’émotion (mais non point l’irrationalité !) ; ce qui correspond d’ailleurs à la ligne directrice adoptée depuis plusieurs années par l’UUisme nord-américain *

* voir l’article à la Une " Quel langage pour l’unitarisme ? Un débat ouvert par le révérend William G. Sinkford, président de l’Association unitarienne-universaliste, Boston, Etats-Unis ", dans le bulletin n° 22 de la Correspondance unitarienne, août 2003, lien .

Son article, qui est un écho de son livre Reason and Reverence : Religious Humanism for the 21st Century, étant d’une très grande richesse ne peut pas être ici résumé : nous conseillons très vivement au visiteur de le lire attentivement en entier.
Selon lui et d’après des sondages, sans doute empiriques car non cités, les humanistes, naguère majoritaires au sein de l’UUisme nord-américain, seraient maintenant moins nombreux, de l’ordre le la moitié des effectifs.


L'exode silencieux  :  Où sont donc partis tous les humanistes ? par Pat Duffy Hutcheon (lien).
Cet article a été soumis au magazine UUWorld vers 1995 (mais non retenu). L’auteur est décédée en 2010. Née dans les années 1920, cette femme a été élevée dans les prairies canadiennes. Son parcours est celui d’une sociologue, d’une humaniste et d’une unitarienne. Dans The Road to Reason : Landmarks in the Evolution of Humanist Thought, publié par Canadian Humanist Publications en 2001, on trouvera un recueil de plusieurs de ses articles.
« J’ai assisté l’an dernier à deux conférences humanistes : une au Canada, l’autre aux États-Unis. Quelle ne fut pas ma surprise de faire connaissance avec un nombre impressionnant d’anciens unitariens universalistes ! Ils avaient tous depuis peu quitté nos églises et nos congrégations pour la même raison. Ils ont quitté non parce que nos pasteurs, lors de leur apprentissage, sont rarement éduqués par des maîtres humanistes, ni obligés de lire les grands classiques du naturalisme philosophique; ni parce que les agnostiques pétillants d’intelligence ne se destinent plus au pastorat et n’adhèrent plus à nos congrégations; ni parce qu’on entend trop peu souvent dans les prêches un langage éclairant sur la pensée humaniste. Même si tel est le cas, là n’est pas la question. Il y a une autre raison, une raison évoquée immanquablement par ces gens pour expliquer pourquoi ils ont quitté leur communauté bien-aimée. C’est quelque chose qu’ils voient de bien plus grave que simplement le désintérêt et l’ignorance par les jeunes pasteurs de l’humanisme sous-jacent à la tradition unitarienne universaliste. Ce qui les préoccupe avant tout, c’est la montée des propos mystifiants dans les prêches et parmi les adeptes de la communauté unitarienne universaliste. ».
Suit un plaidoyer pour l’humanisme, puis une conclusion assez étonnante puisqu’elle propose d’en revenir à des chrétiens : William Ellery Channing (1780-1842), principal fondateur du christianisme unitarien en Nouvelle Angleterre, au début du XIXème siècle (lien), mais également à Albert Schweitzer (Alsacien, protestant libéral et médecin,1875-1965), en sautant l’épisode romantique du transcendantalisme avec Ralph Waldo Emerson (1803-1882) (lien), pour finalement revendiquer une filiation remontant à Erasme (1469-1536).
« C’est pourquoi les humanistes tirent la conclusion que le mouvement mystique et spiritualiste du Nouvel Âge auquel souscrivent tant de nos pasteurs actuels est très nuisible à nos membres et destructeur de tout rôle de leadership que notre dénomination pourrait autrement jouer dans la cité. Nous aimerions voir cette nouvelle influence omniprésente du transcendantalisme d’Emerson contrebalancée par une plus grande allégeance aux deux autres principales trames dont sont tissés les liens de notre mouvement. Notre confession a besoin de porter une attention accrue aux théistes libéraux qui font appel à la raison et à l’autorité de la science comme le veut la tradition de William Ellery Channing et d’Albert Schweitzer. Et nous avons un besoin criant de faire prendre conscience du rôle primordial que la philosophie naturaliste a joué au sein de notre mouvement UU, depuis ses racines qui remontent à la renaissance avec l’humanisme d’Érasme (lequel inspira nos fondateurs et nos martyrs) * jusqu’à la résolution des problèmes de l’approche analytique et empirique de la science moderne. »

* ndlr – pour les unitariens, ce serait plutôt Michel Servet (1511-1553) qui fut médecin et savant en son temps en plus d’être théologien anti-trinitaire.


L’hérésie : a-t-elle toujours une place chez les unitariens universalistes ? par Emanuel Freitas (lien).
« Ce qui suit est une adaptation d’une présentation faite à l’Église unitarienne de Montréal dans le cadre de nos célébrations d’été où les membres de la communauté qui le désirent peuvent s’exprimer sur des sujets qui leur tiennent à cœur. Cette présentation est une réflexion personnelle et n’engage personne d’autre ni l’Église unitarienne de Montréal. ».
Constatant que les positions radicales de l’unitarisme (de l’anti-trinité au XVI°s au mariage des couples homosexuels au XX°s) ont été largement acceptés dans les milieux libéraux, notamment chez les chrétiens progressistes, l’auteur s’interroge sur l’avenir de sa confession et, d'une façon plus générale, sur la disparition des religions dans les pays occidentaux *

* Dans son édition de mai/juin 2011, le magazine The Humanist, de la American Humanist Association, affirme qu’une étude récente présentée à la réunion annuelle de la American Physical Society a conclu que « si la tendance actuelle se maintient, la religion aura disparu dans neuf pays, soit : l’Australie, l’Autriche, le Canada, la République tchèque, la Finlande, l’Irlande, les Pays-Bas, la Nouvelle-Zélande et la Suisse ».

D'où l'interrogation suivante : « Le temps est peut-être venu pour les unitariens universalistes de se trouver de nouvelles hérésies. Mais lesquelles ? ». L’auteur finit par des propositions quelque peu hétéroclites et qui ressemblent fort à une fuite en avant A lire pour se rendre compte combien l’humanisme consiste entre autres, pour certains, à se démarquer du christianisme par l’athéisme (l'auteur fait référence au livre de Richard Dawkins, Pour en finir avec Dieu), l’affirmation péremptoire que Jésus n’a pas existé historiquement (en vogue chez certains historiens au début du XX°s, mais encore colporté *), la présentation de la communauté comme simplement une « société » ou une « fraternité », mais non plus comme une Eglise (« s’éloigner graduellement de la religion pour n’être plus qu’une communauté spirituelle »), etc.

* l'auteur mentionne Les mystères de Jésus, de Timothy Freke et Peter Gandy, "où les auteurs démontrent sans équivoque que Jésus n’a jamais eu une existence historique et que le christianisme n’est qu’un mythe dont les racines remontent à l’ancienne Égypte" (sic !).

 

Montreal--Eglise-unitarienne--salle-Thomas--porte--P525065.JPGEglise unitarienne de Montréal (Québec), vitrail représentant l'ascencion de Jésus.

Porte avec vitrail récupéré de l'ancienne église (après l'incendie de celle-ci).

Photo Jean-Claude Barbier, mai 2008


Un apprenti pasteur en manque de racines unitariennes universalistes (UU), par Curtis Murphy ( lien).
L'auteur est Youth Programs Coordinator (coordinateur des programmes pour les jeunes) à l’ Unitarian Church of Montreal, et il est candidat au pastorat. Article paru dans le Canadian Unitarian Newsletter, vol.53, no.1, Spring 2011, et traduit par nous en anglais avec l’autorisation de son auteur.
Partant des propos du moine catholique Thomas Merton (1915-1968) qui revendiquait son droit à l’incohérence, du moins à la diversité de ses points de vue : « Mes idées changent constamment, elles se déplacent sans arrêt autour d’un centre unique. De quelque angle que ce soit, j’aperçois ce centre sans arrêt. Donc, je serai sans cesse accusé d’incohérence. Mais, je ne serai plus là pour entendre l’accusation. », l’auteur constate les mérites de l’espace de libre expression formé par l’unitarisme-universalisme, mais aussi l’existence d’une certaine vacuité.
« Je sais que plusieurs UUs ont choisi cette église parce qu’ils avaient besoin de cet espace. Las des règles et des rituels, ils ont trouvé ici une nouvelle vie dans une communauté libérée des dogmes et de l’emprise de l’autorité, et qui offrait un espace pour s’épanouir. C’est cette liberté que nous acclamons. Et nous nous définissons par rapport à elle.
Malgré tout, ayant grandi dans cette tradition, j’en suis venu à ressentir un grand vide dans tout cet espace. À force d’insister sur des valeurs comme le libéralisme, l’individualisme et le progrès – pour moi des mots mutilés – nous nous donnons très peu de points d’appui. Nous ne voulons pas être gavés d’idées et de croyances, mais nous avons quand même besoin d’être nourris. Combien aurons-nous à offrir en retour si nous demandons si peu ? »
Ou encore cette image de l’arbre qui dévoile ses branches mais qui a besoin aussi de ses racines : « Invisibles, les racines d’un arbre s’enfoncent aussi profondément que s’élève la cime de ses branches. Autrement dit, un arbre ne grandit vers le haut et vers l’extérieur qu’en fonction de la profondeur et de la puissance de ses racines. Si nous ne cherchons qu’à nous ouvrir et à nous déployer, nous nous verrons, peu importe la force de nos aspirations, empêchés d’y parvenir, faute de profondeur. Paradoxalement, pour devenir plus inclusifs, accueillants et ouverts à la diversité dont on nous parle sans cesse, nous aurons probablement besoin d’articuler une identité plus forte. Au bout du compte, les gens ne veulent pas seulement être inclus. Ils veulent être inclus dans quelque chose ".
Sa conclusion : « Alors, c’est quoi ce quelque chose qu’on appelle l’unitarisme universalisme? Je suis ravi de savoir que c’est probablement quelque chose de différent pour chacun d’entre nous. Mais il reste que j’ai parfois l’impression qu’on dépense plus d’énergie pour ne pas faire valoir des croyances particulières que pour créer quelque chose dans laquelle il vaut la peine de croire. Il n’est pas nécessaire que la profondeur, la permanence et la vérité soient rigoureuses ou oppressives. Elles peuvent être chaleureuses et humaines d’un seul coup de cœur. J’ai besoin d’un centre pour avoir quelque chose à embrasser. ».

 

Ces racines, ces points d’appuis, ce centre … ? Mais n’est-ce pas précisément le christianisme unitarien que nombre d'unitariens-universalistes ont jeté un peu trop précipitamment comme le bébé avec l’eau du bain ? Voilà que, plus qu’une réflexion sur l’humanisme unitarien-universaliste, on se retrouve avec ce numéro face aux états d’âme d’une mouvance qui cherche un second souffle et qui apparaît écartelée par sa diversité. En fait, ses progrès, tout à fait méritants, se sont accompagnés chez beaucoup d’une rupture d’avec le christianisme, alors que celui-ci – dans sa version unitarienne dont la référence historique est donnée par l’Eglise unitarienne de Transylvanie, fondée en 1568  - est à son origine et n’a nullement démérité. Certains, sans culture chrétienne d'origine, ont tout simplement fait l'impasse, ne faisant aucun effort pour connaître la tradition unitarienne et son histoire.

 

En conciliant l’ouverture aux autres sagesses - et même la pratique de l’interfaith - et la continuité d’une tradition bien précise, l’unitarisme français entend justement éviter ces écarts et ce manque de cohérence ( lien). 

Lundi 26 mars 2012 1 26 /03 /Mars /2012 13:01
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : Tribune libre unitarienne - Communauté : Religions en toute liberté

Histoire résumée, proposée par Jean-Claude Barbier à partir de l’encyclopédie en ligne Wikipedia, notamment avec les articles "Les Vaudois du Luberon" (lien) et "Eglise évangélique vaudoise" (lien).


pierre_valdes_dessin.JPG Les Pauvres de Lyon (1170)


Le mouvement vaudois a été initié en 1170 par un riche commerçant lyonnais du nom de Pierre Vaudès / Valdo et ses « Pauvres de Lyon » *. Ces prêcheurs populaires gênaient l’Eglise car c’étaient des laïcs (il fallait alors être prêtre ou moine pour avoir le droit de prêcher) et qu’ils voulaient un retour à la pauvreté évangélique. Pire aux yeux des clercs, ils traduisaient les textes en langue provençale ! Le mouvement est condamné au 3ème concile de Latran en 1179. Il essaime dans le Piémont italien, puis plus tard jusqu’en Bohème (les vaudois de Bohème se rallieront aux Hussites après 1495). En 1184, le concile de Vérone excommunia les Pauvres de Lyon.
* voir notre article précédent « les Réformateurs d'avant le XVIème siècle (1) - la pauvreté évangélique » (lien).

 

 Pierre Valdès lui-même rejetait le catharisme (la croisade contre les Albigeois 1209-1229 date de cette époque). Il serait mort vers 1206 alors que lui et son mouvement étaient proches d'une réconciliation avec l’Église. Le pape Innocent III était disposé à dialoguer. Il semblerait que la branche lombarde du mouvement, les Pauvres Lombards, après une courte réintégration entre 1208 et 1210 (on leur accorda le droit de prêcher mais à un auditoire restreint) fut exclue et anathématisée.


Vers la même époque apparut l'ordre des frères mineurs, fondé en 1209 par saint François d'Assise, fils d'un riche marchand de cette ville d'Italie centrale, par réaction contre la puissance grandissante de l'argent dans la société ecclésiastique et laïque. À l'origine, les franciscains ne devaient pas posséder de biens ; ils vivaient de leur travail ou d'aumônes et prêchaient dans les villes. Contrairement aux vaudois, ils avaient obtenu l'autorisation de prêcher, puisque François et ses disciplines se montrèrent toujours respectueux des consignes du clergé. Ce qui montre que le rejet des vaudois par l'Église ne venait pas à l'origine de l'idéal de pauvreté mais bien du fait de prôner le sacerdoce universel (droit de prêcher pour tous y compris les femmes).


Les vaudois sont définitivement déclarés hérétiques par le concile de Latran IV en 1215. Au XIIIe siècle un groupe de vaudois italiens rejoint même l'Église catholique. L'idéal vaudois de pauvreté inspira en Italie du Nord bon nombre de mouvements radicaux déclarés hérétiques : à la fin du XIIIe siècle les apostoliques de Gherardo Segarelli ; au XIVe siècle les spirituels radicaux de l'ordre des frères mineurs fraticelles et les dolciniens.


Les vaudois dans le Luberon (à partir de 1399)


L'installation de vaudois dans la région du Luberon commence en 1399 sous le règne de Louis II de Provence lequel, par besoin d’argent, vendit des terres de peu de valeur. Les nouveaux propriétaires y font venir des vaudois du Piémont qui sont réputés pour leur travail. Les témoignages de l'époque décrivent ces vaudois comme de gros travailleurs, intègres, payant leurs dettes, d'une grande pureté de mœurs. Grâce à leur labeur, les terres produisent de plus en plus, et leurs seigneurs voient leurs dividendes passer « de quatre écus à huit cents ». Le peuplement vaudois du Luberon prend de l’importance.


Jusque vers 1528, ils semblent vivre en bonne intelligence avec leurs voisins catholiques ; mais à cette date l'évêque d'Apt commence à lancer des procès en hérésie. Vers 1530, une troupe menée par un dominicain, Jean de Roma, commet massacres, viols, tortures, pillages, avant de devoir s’enfuir au Comtat Venaissin car le roi de France, inquiet de ces pillages, avait saisi contre lui le Parlement d'Aix. Ce dominicain fanatique meurt quelques années plus tard atteint de la peste à Avignon selon Jean Mahuet ; et selon Jean Crespin, auteur protestant de l' Histoire des martyrs, d'un mal qui le fera se décomposer vivant dans une épouvantable puanteur !

à suivre ...

Vendredi 9 mars 2012 5 09 /03 /Mars /2012 13:08
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : sur les Réformateurs - Communauté : Religions en toute liberté

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Le ralliement à la Réforme calviniste au synode de Chanforan (1532)


C'est l'époque de l'installation du calvinisme à Genève. En 1530, les vaudois du Piémont y envoient quelques émissaires à Bâle (où séjourne Œcolampade) et à Genève. Calvin leur montre leurs similitudes de doctrine. En 1532, au synode de Chanforan, au Piémont italien dans le Val d’Angrogne, le mouvement vaudois va se rattacher officiellement au protestantisme. Les barbes vaudois (des prédicateurs itinérants) * sont venus de plusieurs régions comme les Pouilles, la Provence, le Piémont, les Allemagnes et les communautés dispersées en Europe. Le synode durera plusieurs journées d’intense débats.
* après 3 ans d'apprentissage des textes et de visites auprès de barbes plus anciens, ils confessaient et présidaient les cérémonies


Le synode de Chanforan décide que le ministère itinérant des barbes est aboli. La plupart des barbes deviennent pasteurs. Les localités visitées deviennent des sièges d'Églises réformées. Le réformateur Guillaume Farel, venu de Gap, a eu au cours de ce synode une influence décisive: il emporte l'adhésion aux idées réformées, tout juste naissantes.

 

Voir une carte de la situation du peuplement vaudois à cette époque (lien).


Il s’ensuivra immédiatement une répression. Dans le Comtat Venaissin, propriété du pape, le vice-légat confisque des terres de vaudois et les redistribue à des catholiques. Le pape Clément VII demande au roi de France François Ier d'agir de même sur le versant français du Luberon. Le parlement d'Aix-en-Provence condamne en 1532 sept personnalités vaudoises, et demande aux seigneurs locaux de confisquer les terres des vaudois. C’est le début de l’insurrection vaudoise. En 1534, de nouvelles condamnations frappent des vaudois, qui sont libérés par leurs coreligionnaires en armes des prisons d'Apt, Cavaillon, Roussillon. François Ier cherche alors à calmer la situation en Luberon, et le 15 juillet 1535, il accorde le pardon aux vaudois à condition que ceux-ci abjurent leur religion dans les six mois.


En 1540, les vaudois du Luberon font l'objet d'une condamnation par l’édit de Mérindol. Mais ayant besoin de leur soutien contre l’empereur Charles-Quint, François Ier expédie des lettres de grâce aux habitants persécutés en Provence pour cause de religion.


La Bible d’Olivetan


Lors du synode de Chanforan (1532), les barbes vaudois décidèrent de faire traduire la Bible en français, par un cousin de Jean Calvin, Pierre Robert Olivetan, et récoltèrent les fonds nécessaires à ce travail (soit 500 écus ; un écu représente pour ces paysans une année de travail). Jusque là, la Bible n'était imprimée qu'en latin. Des versions en provençal circulaient sous le manteau, colportées par des pasteurs vaudois, mais sous forme manuscrite donc rare et très chère. P. R. Olivetan travaillera deux ans dans « les vallées » et Lyon, qui est alors la capitale mondiale de l'imprimerie, avec plus d'une centaine d'ateliers, se charge de l'impression d'une grande partie de ces bibles. La diaspora des émigrés protestants, appelés aussi huguenots, diffusera diffuser cette bible dans le monde entier.


Erasme, Lefèvre d'Etaples, Briçonnet et le cénacle de Meaux faisaient les traductions à partir de la Vulgate, en latin, de Jérôme. Pour les vaudois puis les protestants, l'autorité de la Bible surpasse celles des papes, des évêques et des conciles. Les vaudois ont été les premiers à traduire la Bible en français à partir des textes originaux en hébreu et en grec.


La répression de 1545 au Luberon


En 1544, les vaudois incendient le monastère de Sénanque (Gordes). Mais avec la retraite de Charles-Quint en 1545, qui change la donne en Europe, ils ne vont plus être ménagés par le roi de France. En avril, Jean Maynier baron d’Oppède et premier président du Parlement d’Aix déclenche la persécution, menée par Paulin de La Garde et Joseph d'Agoult. Les villages vaudois sont pillés, les hommes massacrés ou envoyés aux galères, les femmes violées avant d’être tuées. Certains sont vendus en esclavage. Les terres sont confisquées. Les biens pillés sont bradés au dixième de leur prix, pour payer les soldats. Les violences débordent, les villages alentour les subissent aussi. Le chef de la résistance vaudoise Eustache Marron a son fief à Cabrières (actuel Cabrières-d'Avignon), qui est détruit le 19 avril, tout comme 23 autres villages vaudois du Luberon, massacrés par l'armée du baron. Celle-ci extermine 3000 personnes en cinq jours et envoie aux galères 670 hommes, des deux côtés de la montagne du Luberon. De plus, le passage des soldats détruit les cultures, les troupeaux sont tués, et un nombre indéterminé de paysans meurent de faim. Une partie des habitants s'exile alors dans la province de Darién dans l'est du Panama, en Amérique centrale. Après la mort de François Ier en 1547, un procès est ouvert par les seigneurs de la région, qui ont perdu gros. Mais les soudards comme les parlementaires qui se sont enrichis sont tous acquittés


Le 12 février 1560, Paulon de Mauvans rallie les soixante églises protestantes de Provence à la conjuration d'Amboise : deux mille hommes sont promis au parti huguenot. Mais cette conjuration, qui devait s’emparer de la personne du roi François II et le soustraire de la tutelle catholique des Guise, est trahi par des huguenots légalistes (lien).

 

vaudois jean leger 1669 "Histoire générale des Eglises évangéliques des vallées du Piemont ou vudoises", par Jean Leger, pasteur et modérateur des Eglises des Vallées [Vaudoises], et - depuis la violence de la persécution [Pâques piémontaises de 1655]- appellé à l’église Wallonne de Leyde [aux Pays Bas, entre Amsterdam et La Haye]. Le tout enrichi d'estampes. – A Leyde : Chez Jean le Carpentier, 1669.

 

Pour voir le contenu de ce livre (lien).

 

Illustration de couverture : deux Barbes vaudois maintiennent la vérité évangélique malgré l'acharnement du clergé, que l'on voit comploter en bas de l'image contre l'Eglise Vaudoise. En haut, soutenu par les anges, le blason de l'Eglise représentant une bougie entourée de 7 étoiles (celle au dessus de la bougie semblant ici introduire au ciel) .


Les massacres des vaudois dans le Piémont italien (1561 et 1655)


L’histoire vaudoise est marquée par de nombreux massacres comme ceux de 1545 dans le Luberon ou de 1561 dans le Piémont et des accords qui garantissent une fragile tolérance de cette minorité religieuse comme le traité de Cavour en 1561. Le plus sanglant des massacres en 1655 est connu sous le nom de Pâques piémontaises (illustration ci-dessous).


vaudois_massacres_1665_enfants.jpg

à suivre ...

Vendredi 9 mars 2012 5 09 /03 /Mars /2012 12:55
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : sur les Réformateurs - Communauté : Religions en toute liberté

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vaudois-histoire-eglise_monastier_1847.gif L’émigration après la révocation de l’édit de Nantes (1685)


Par l’édit de Fontainebleau en date du 18 octobre 1685, Louis XIV révoque celui de Nantes par lequel Henri IV avait mis fin, en 1598, aux guerres de religion en France. Les protestants doivent se convertir au catholicisme. en A partir de janvier 1686, les mesures de la Révocation française s’appliquent dans le Piémont : des dragonnades frappent les vallées vaudoises jusqu’en 1690. Les vaudois se réfugièrent d'abord à Genève, comme des milliers de huguenots. De là, c’est la diaspora en Suisse, dans les possessions de Berne, en Allemagne ; plusieurs centaines partant aussi en Hollande, en Angleterre, en Afrique du Sud et dans le Nouveau-Monde. Par ailleurs, plus de 300 femmes vaudoises se réfugient de l'autre côté de la frontière, dans le Queyras français, à Molines.


Les vaudois du Luberon vont fournir près du quart des effectifs des huguenots d'Afrique du Sud lors de la révocation de l'édit de Nantes qui provoque au total l'exil de plus de 200 000 huguenots. Les huguenots partis du Luberon vers l'Afrique du Sud venaient principalement des villages de Lourmarin, Saint-Martin-de-la-Brasque et La Motte-d'Aigues, tous trois martyrs lors du massacre de 1545.

 

" Histoire de l'Eglise depuis son origine et des vaudois du Piémont jusqu'à nos jours ; avec un appendice contenant les principaux écrits originaux de cette Eglise, une desciption et une carte des vallées vaudoises actuelles, et le portrait d'Henri Arnaud " par Antoine Monastier, du canton de Vaud et originaire des valéles vaudoises du Piémont. "Si ce dessein est un ouvrage des hommes, il se détruira de lui-même ; mais s'il vient de Dieu, vous ne pourrez le détruire ; et prenez garde qu'il Ne se trouve que vous ayez fait la guerre à Dieu" (Actes V, 38, 39). Tome premier, Lausanne, chez Georges Bridel, Libraire-éditeur, 1847. Pour lire l'ouvrage (lien).

 
La rentrée glorieuse (1689)


Mais les vents tournent pour la politique européenne de Louis XIV lorsqu’une intervention militaire anglo-hollandaise, composée de 20% de huguenots, met fin en 1688 à la dynastie des Stuart catholiques. Le duc de Savoie, Victor Amédée II, renverse alors son alliance et, en 1689, accorde aux vaudois un édit de tolérance et les autorise à rentrer au Piémont. Ceux-ci reviennent au pays, mais groupés et armés pour éviter une contre attaque française, et par un périple de 200 kilomètres, plein sud, le long des crêtes montagneuses. C’est la « glorieuse rentrée », scellée par le serment de Sibaud (le 11 septembre 1689) (lien)
 
La fête des Libertés (1848)


Le 7 février 1848, le duc de Savoie Charles Albert, devenu roi d’un royaume couvrant désormais toute l’Italie, octroya à ses sujets non-catholiques (juifs et protestants) une lettre patente par laquelle il leur donnait la permission de suivre des études supérieures et de pratiquer des professions libérales (médecin, avocat, etc..). Cette lettre patente ouvrait aussi les ghettos dans lesquels les vaudois avaient été enfermés et c'est à partir de cette date qu'ils purent propager leur foi et leur croyance dans toute l'Italie.


De nos jours, les vaudois fêtent cette date par des feux de joie, des cortèges et des cultes solennels. Cette date est appelée aussi "Fête des libertés". Voir pour la célébration de cette année, les photos de Giacomo Tessaro (lien).

à suivre ...

Vendredi 9 mars 2012 5 09 /03 /Mars /2012 12:43
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : sur les Réformateurs - Communauté : Religions en toute liberté

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L’Eglise évangélique vaudoise


blason_de_l_eglise_vausoise.gif L’Église évangélique vaudoise (en italien Chiesa Evangelica Valdese) est la principale Église actuelle issue de la prédication de Pierre Valdo (Vaudès). Elle compte environ 45 000 fidèles répartis pour un tiers dans le Piémont, un autre tiers dans les grandes villes l'Italie et l'autre tiers en Amérique (surtout en Amérique du Sud). Elle est adhérente de l'Alliance réformée mondiale et de la Conférence des Églises protestantes des pays latins d'Europe. Ne pas confondre avec l'Église évangélique réformée du canton de Vaud.


À l'origine, il n'y avait que la volonté de revenir à la pauvreté évangélique. Par la suite, la doctrine des vaudois se précisa lors de colloques (Laus - 1526, Chanforan -1532) ; la base étant la connaissance de l'Évangile, de l'Ancien et du Nouveau Testament. Les aspects principaux sont :


- L'Écriture est la seule règle de la foi et des cœurs.
- Tout homme et toute femme initié à la connaissance de l'écriture peut prêcher.
- Il est bon que le culte soit fait en langue populaire et que chacun use de la Bible.
- La foi est un don de Dieu. Elle comprend l'amour du Seigneur et l'obéissance à ses commandements.
- La messe du culte romain ne vaut rien.
- Les indulgences ne valent rien. Le purgatoire est une fable.
- Tout ce que l'on fait pour le salut des morts est inutile.
- Jésus est le seul intercesseur. Nous devons imiter les saints, non les adorer. Leur culte est idolâtrie.
- Le clergé romain ayant perverti la doctrine et les sacrements des apôtres, et n'imitant pas leur exemple, n'a aucune autorité.
- Le baptême n'est qu'un signe de régénération. Celle-ci n'aura réellement lieu que lorsque l'enfant aura une foi véritable. Les seuls sacrements reconnus sont le baptême et la sainte Cène.
- Le mariage est dissout par l'adultère.


La Table vaudoise


En Italie, depuis les années 1970, l'Eglise évangélique vaudoise s'est unie aux méthodistes : La Table vaudoise (ou Union des Eglises évangéliques vaudoises et méthodistes) réunit des Églises locales vaudoises et méthodistes. Elle est présidée, en qualité de « modératrice » par le pasteur Maria Bonafede, première femme à la tête des Églises vaudoises.


La Table vaudoise compte environ 30 000 fidèles en France dans quelques vallées alpines et au Nord de l'Italie, essentiellement dans le Piémont, on trouve par exemple au Palazzo Cavagnis à Venise une Foresteria Valdese, maison d'hôtes des Églises vaudoise et méthodiste associées. La Table vaudoise compte également quelques communautés en Amérique latine.

 

Toujours en Italie, existe depuis les années 1960 une Fédération des Églises Évangéliques en Italie, qui regroupe les Vaudois, les Méthodistes, les Baptistes, les Luthériens, l’Armée du Salut, et quelques Églises pentecôtistes.

Vendredi 9 mars 2012 5 09 /03 /Mars /2012 12:35
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : sur les Réformateurs - Communauté : Religions en toute liberté

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Ferdinand-BUISSON.jpg Ferdinand Buisson (1841-1932), naît à Paris dans une famille huguenote orthodoxe mais non contraignante. Sa santé ne lui permet pas de se présenter à l'Ecole normale supérieure, mais il obtient néanmoins, à l'âge de vingt-sept ans, l'agrégation de philosophie. Républicain, il refuse de prêter serment au Second Empire, renonçant ipso facto à occuper tout poste universitaire en France, et s'exile en Suisse en 1866 sur le conseil de Jules Barni. Il obtient au concours une chaire de philosophie et littérature comparée à l'Académie (Université) de Neuchâtel, qu'il quittera en 1870 (source : « Le parcours intellectuel et politique de Ferdinand Buisson », par Samuel Tomeï, lien)


Jules Barni (1818-1878), ex professeur au Lycée de Rouen, est alors exilé à Genève où il fut appelé, en 1861, par le régime radical à enseigner l'histoire et la philosophie à l'académie de cette ville, où il remplaça un autre exilé, Victor Chauffour. Il occupa cette situation jusqu'en 1870. Plusieurs de ses ouvrages, Les Martyrs de la libre-pensée, Napoléon Ier et son historien M. Thiers, Histoire des idées morales et politiques en France, La Morale dans la démocratie ne sont que le résumé de ses idées exposées par lui dans ses cours de Genève. En 1867, fortement influencé par les principes de Kant, il organisa et présida le premier congrès de La Paix et de la Liberté à Genève. À l'issue de ces assises, il devint l'un des fondateurs et dirigeants de la Ligue internationale de la paix et de la liberté, qui avait pour objet la substitution de l'arbitrage à la guerre (source : Wikipedia, article à son nom, lien).


Ferdinand Buisson en Suisse (1866-1870), son activité protestante libérale


a) une série de conférences


Ferdinand Buisson est une des grandes figures historiques du protestantisme libéral. Il fit sa thèse sur Sébastien Castellion, en qui il voit un "protestant libéral" à son image. Il mène à partir de décembre 1868 dans ce canton de Neuchâtel une activité dense et iconoclaste en misant sur une contagion des cantons allemands où les thèses libérales connaissent déjà un vif succès. Il donne une série de conférences dans les temples ou dans les cercles (par exemple le cercle de l’Union républicaine tenu par ses amis radicaux), lesquelles sont relayées par la presse locale, par exemple Le Progrès tenu par les socialistes – et il lancera aussi un hebdomadaire : L'émancipation. Il avance des idées nouvelles :


- l'abandon de l'Ancien Testament comme livre de lecture à l'école primaire car il s’agit d’une histoire nationale particulière et non celle de l’Humanité. Il donne notamment une conférence sur l’Histoire sainte où il rejette l’idée de révélation divine : il n’y a pas d’autres fondements à la morale que la conscience humaine.
- le scepticisme scientifique vis-à-vis des miracles relatés dans la Bible (son ami, le pasteur Félix Pécaut, dans un temple de Neuchâtel, donnera une conférence intitulée « La religion du miracle et le religion de la libre conscience »)
- la séparation de l’Eglise et de l’Etat
- la liberté de conscience.


Il s’agit d’une rupture totale par rapport au calvinisme qui sévit en Suisse depuis le XVIème siècle. S’adressant aux protestants orthodoxes, il prône le choix d’autres prédécesseurs « Apprenez, Messieurs, si vous l’ignorez, que nous aussi nous avons nos aïeux qui sont contemporains des vôtres. Les vôtres, quand vous en évoquez le souvenir, vous les trouverez au seizième siècle dans les chaires, dans les consistoires, dans les conseils publics de Genève, par exemple, puisqu’il s’agit de la Suisse. Les nôtres, nous les trouvons dans les prisons, dans les cachots, dans les tortures et sur les bûchers où les envoyaient les Farel, les Bullinger et les Calvin. Savez-vous de quel jour date la séparation du protestantisme orthodoxe et du protestantisme libéral ? Ils se séparent au pied du bûcher de Michel Servet … Calvin a vaincu, c’est vrai. Il a eu les bourreaux pour lui. Nous avons pour nous ses victimes. Nos ancêtres, ce sont ces vaincus du 16ème siècle ; ce sont un Michel Servet, un Castellion, un Gruet - qui, pour avoir protesté devant l’Etat et devant l’Eglise contre l’autorité dogmatique de Calvin, a eu la tête tranchée - , un Valentin Gentilis exécuté pour hérésie. Nos ancêtres, ce sont les anti-trinitaires, les sociniens, les libertins de Genève, les remonstrants et les mennonites de Hollande, les dissidents suisses, qui ont nié les premiers le droit de punir l’hérésie, et tous ces obscurs hérétiques du XVIème contre qui sévirent impitoyablement l’orthodoxie catholique et l’orthodoxie protestante. Les voilà nos propres ancêtres, et nous ne rougissons pas plus de leurs hérésies que de leur martyre » (« Profession de foi du protestantisme libéral », conférence donnée en février 1869, relatée dans James Guillaume, L’Internationale, Paris, 1905, p. 122).


b) le projet d’une Eglise libérale


Très rapidement, ces conférences débouchent sur un « manifeste du christianisme libéral », rédigé le 3 février 1869 et publié les 8-9 février à Neuchâtel à l’imprimerie G. Guillaume fils, soit un opuscule de 16 pages (op. cité, p. 124)


Cette Eglise garde « la substance morale du christianisme », mais « sans dogmes obligatoires, sans miracles, sans livre infaillible, et sans activité sacerdotale ». Elle s’inscrit résolument dans une vision universelle de l’Humanité si bien que, au-delà des seuls chrétiens, elle lance un appel aux théistes et aux athées : « S’il se trouvait des hommes qui prétendissent être athées et qui néanmoins prissent comme les autres le sérieux engagement de participer de toutes leurs forces à cet effort moral que supposent les mots « culte du bien » et « amour de l’humanité », l’Eglise libérale devrait les recevoir au même rang que tous leurs frères, non comme athées, mais comme hommes » ; Cette Eglise s’engage à recevoir en son sein tous ceux qui veulent travailler à leur commune amélioration spirituelle « sans s’informer s’ils professent le théisme, le panthéisme, le supra-naturalisme, le positivisme, le matérialisme ou tout autre système » ; (op. cité, p. 124).


Ses opposants crient tout de suite au manque de transcendance : c’est une religion des hommes qui s’identifie à la science. Toutefois, le manifeste mentionne explicitement Dieu et considère que la religion s’adresse à tous et pas seulement à des intellectuels théistes. Il trouve précisément dans le christianisme cette densité humaine qui s’appuie sur un Jésus simplement homme et fraternelle, et dont les enseignements constituent une bonne base pour une morale effectivement universelle.


Il est donc erroné de présenter ce projet comme simplement rationaliste et théiste, seulement lié aux idées du Siècle des lumières. Il s’agit plutôt d’un christianisme ouvert à l’universel et qui, dépouillé de ses oripeaux, fidèle aux évangiles et à Jésus, sert précisément de base à un universel vécu dans les mœurs et la morale. Utopie ? Là aussi, les commentaires sont souvent à côté de la plaque puisque ce modèle d’Eglise apparaîtra concrètement à la fin du XIXème siècle aux Etats-Unis à partir des congrégations unitariennes (sans d’ailleurs qu’il y ait eu connivence entre les deux courants, le protestantisme libéral en Europe et l’évolution de ces congrégations américaines).


Ce manifeste prévoit la constitution d’une Union du christianisme libéral  « sans distinction de nationalité, de culte ou d’opinion publique », mais veut laisser le temps de la réflexion à ses lecteurs avant de d’ouvrir un lieu de culte. F. Buisson compte sur ses amis pasteurs Félix Pécaut et Jules Steeg pour animer cette Eglise ; mais la défaite de Napoléon III à Sedan et la fin de l’Empire entraînent le retour en France des émigrés français en Suisse, dont en premier Fernand Buisson. Ils sont appelés à servir la République française que leurs amis radicaux mettent sur pied.


Jules Steeg (1836-1898) a fait des études théologiques à Bâle, Strasbourg et Montauban. Il est le premier pasteur de la paroisse protestante de Libourne (en Gironde) en 1859, rôle qu'il conservera jusqu'à sa démission en 1877. Félix Pécaut (1828-1898) fut voué à la religion protestante et fit ses études à la faculté de théologie de Montauban, mais refusa le pastorat à Salies, et préféra, grâce à son amitié avec Ferdinand Buisson (il vient au début de 1869 à Neuchâtel faire des conférences « libérales »), se consacrer à l'éducation. Voir son livre réédité par Théolib : « Le Christ et la Conscience. Lettres à un pasteur sur l’autorité de la Bible et celle de Jésus-Christ » (collection Libres pensées protestantes).

 

Ce projet d'Eglise sera mis en discussion lors d'un colloque organisé par Théolib et la Fédération française de la Libre Pensée, à Paris, le 3 mars 2012 (lien).

à suivre ...

Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 18:27
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : sur le protestantisme libéral - Communauté : Religions en toute liberté

Suite de l’article précédent


Le rejet du manifeste par les socialistes


Sur place, les amis radicaux appuient ces idées. Par contre, ce sera vite la rupture avec les socialistes de Neuchâtel qui ne veulent pas se compromettre avec des « supra-naturalistes » ! L’heure est déjà au socialisme matérialiste, anti-religieux. Les socialistes du canton reçoivent d’ailleurs la visite du révolutionnaire russe Bakounine (qui virera plus tard à l’anarchisme et au terrorisme) à Locke, banlieue ouvrière, du 20 au 22 février, lequel leader déclare d’une façon péremptoire que « la supposition d’un Dieu créateur du monde est absolument contraire au bon sens » ; pour lui, « le monde existe par lui-même de toute éternité ». En arrière fond, la lutte des classes entre les ouvriers (soutenus par les socialistes) et les bourgeois (soutenus par les radicaux). Pour la première fois, au 1er mars 1869, des ouvriers du canton de Neuchâtel, exhortés par les socialistes , s’abstiennent de participer à la fête patriotique qui, chaque premier mars, célèbre la révolution ("bourgeoise" pour eux) de 1848.


A propos du christianisme social, James Guillaume, l ‘éditeur du Progrès *, écrira dans le 4ème n° de ce journal socialiste : « Que les hommes qui, dans le canton de Neuchâtel, ont inauguré le mouvement qu’on baptise du nom de christianisme libéral, y réfléchissent. S’ils s’adressent à la bourgeoisie, ils feront bien de lui offrir une potion anodine, fortement mixturée de mysticisme spiritualiste et de sentimentalité religieuse. Mais s’ils veulent être entendus des ouvriers, qu’ils laissent là leur tisane chrétienne : pour les hommes, il faut du vin pur «  (op. cité, p. 137). Toutefois le journal socialiste Le Progrès continue sa critique des dévots calvinistes.


* lancé en janvier 1869, ce journal hebdomadaire, au début « organe des démocrates loclois », devient « l’organe socialiste de la commune ouvrière du Locle » (Le Locle, canton de Neuchâtel). Il est envoyé dans plusieurs pays étrangers à des socialistes de l’Alliance internationale des travailleurs dont Bakounine a donné les noms.

 

neuchatel_carte_canton_bis.gif


Paix et Liberté


Parallèlement à cet activisme religieux, et toujours dans la logique de l’universel, Ferdinand Buisson met à profit son exil en Suisse pour assister aux trois premiers congrès internationaux de la Paix et de la Liberté (1867, 1868 et 1869). Celui, à Genève en 1868, est présidé par Giuseppe Garibaldi ; à Lausanne l'année suivante, c’est par Victor Hugo. A ce dernier congrès, Buisson lit un discours marqué par un vif antimilitarisme : "Je voudrais un Voltaire occupé pendant cinquante ans à tourner en ridicule les rois, les guerres, les armées ! " Ses adversaires ne pardonneront pas à Buisson d'avoir alors comparé l'uniforme militaire à une "ignominieuse livrée ". Il se justifiera plus tard, arguant de sa jeunesse et précisant qu'il avait fait allusion à l'armée de Napoléon III !

 

suisse_carte.jpg

le pays de Neuchâtel, en Suisse romande,

entre le Jura vaudois et le Jura bernois (partie francophone du canton de Berne)

 

Epilogue


Ses conférences suscitèrent, par réaction, la création de l'Eglise indépendante de Neuchâtel en 1873, mais de nature non libérale ! De retour en France après 1870, il devint inspecteur général de l'enseignement primaire (1878), collabora avec Jules Ferry à l'instauration de l'école laïque, au lancement des Écoles normales supérieures formant les personnels des Écoles normales et fut professeur de pédagogie à la Sorbonne (1896). Il participa à la révision du procès Dreyfus et à la fondation de la Ligue des droits de l'homme (dont il fut président de 1913 à1926). Député radical-socialiste (1902-1914; 1919-1924), il présida la commission de la séparation des Eglises et de l'Etat en 1905. Il reçut le prix Nobel de la paix en 1927.
 

A suivre ...

Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 18:04
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : sur le protestantisme libéral - Communauté : Religions en toute liberté

Suite des articles précédents


Notice bibliographique

 

a) publications de l'auteur


- Le Christianisme libéral, Cherbuliez, Paris, 1865, rééd Théolib, 2008.
- De l'enseignement de l'histoire sainte dans les écoles primaires, 1869, rééd Théolib, 2008.
- Sébastien Castellion, sa vie, son oeuvre, Hachette, Paris, 1892, 2 tomes [(fr) lire en ligne]
- La Religion, la Morale et la Science, quatre conférences. Fischbacher, Paris, 1900, rééd Théolib, 2008.
- Libre Pensée et protestantisme libéral, quatre lettres au Protestant et réponses de Charles Wagner. Fischbacher, Paris, 1903, rééd Théolib, 2008
- Condorcet, réédition : Alcan, Paris, 1929.
 - (Dir.) Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (deux éditions, en 1887 et en 1911). – Réédition : Alcan, Paris, 1929. Réédition en cours du texte intégral du "Nouveau Dictionnaire" (1911) par Théolib.
- (Dir.) Nouveau dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire  (lien).
- Éducation et République. Choix de 111 textes, effectué par Pierre Hayat, avec des notes et une présentation, aux éditions Kimé, Paris, 2003.
- La politique radicale, 1908.
- Le vote des femmes, Paris, H.Dunod et E.Pinat,1911
- L'avenir du sentiment religieux (1914), Fischbacher; 1923, rééd Théolib, 2008.
- Le fonds religieux de la morale laïque, dans Revue pédagogique, rééd Théolib, 2008.
- Sommes-nous tous des libres croyants ? Libre pensée et protestantisme libéral, Éditions Le foyer de l'âme/Église réformée de la Bastille, 1992. (co-auteur : le pasteur Charles Wagner)
- Souvenirs et autres écrits, sous ce titre Theolib a réédité en 2011 la conférence Souvenirs prononcée par F. Buisson en 1916 (et éditée une seule fois chez Fischbacher en 1916) ; l'hommage à Félix Pécaut du 3 août 1898 ; L'école et la nation en France, une synthèse de sa vision républicaine de l'école paru en 1913 dans L'Année pédagogique.
 

 

Le texte du Manifeste du protestantisme libéral a été numérisé par Google ( lien)
 


Théolib ( lien) a réédité des textes de F. Buisson : 1 - dans la collection "Libres pensées protestantes"


- une déclaration de l’Union protestante libérale dans BERSIER Eugène, BUISSON Ferdinand, COQUEREL fils Athanase, DELORD Taxile, etc. - Athanase Coquerel fils ou le procès ecclésiastique d'un pasteur libéral.


- Le christianisme libéral, par Ferdinand Buisson et Félix Pécaut. Présentation de l’éditeur : « Pour un christianisme laïque et républicain » : Entre 1865 et 1870, Ferdinand Buisson et Félix Pécaut s’attachèrent à une œuvre immense : redéfinir un christianisme libéral, tenant compte du progrès de la science et de l’exégèse, mais témoignant aussi du besoin de dépasser les frontières artificielles, confessionnelles et religieuses, qui empêchent si souvent les humains de se rejoindre. Ce “christianisme libéral”, appelé de leurs vœux, connut une brève réalisation en 1869, avec la création d’une Église libérale à Neuchâtel. Félix Pécaut en fut le pasteur, et c’est alors que les deux hommes vécurent, outre le début d’une amitié qui ne devait plus s’estomper, la complicité d’un combat commun. Celui-ci devait les conduire, dix ans plus tard et à la demande de Jules Ferry, à fonder ensemble l’école de la République… Mais, pour l’instant, il s’agit pour eux “d’édifier une religion vivante sur le fondement de l’individu et de la vie naturelle”, pour reprendre les termes de Pécaut, ou encore, pour le dire avec les mots de Buisson - sans qu’il y ait de décalage entre les deux auteurs - de proclamer une Église où “Jésus-Christ est tout, les dogmes ne sont rien”. Dans ce livre, nous avons rassemblé certains textes dont les titres indiquent suffisamment la proximité : “Le Manifeste du christianisme libéral” et “Le christianisme libéral”, dus à la plume de Ferdinand Buisson, et de Félix Pécaut “Qu’est-ce que le christianisme libéral ?” et “Le christianisme libéral et le miracle”.


- Libre pensée et protestantisme libéral, suivi de Les Droits de l’Homme, Ferdinand Buisson et Charles Wagner. Présentation de l’éditeur : "[…] Lorsque Ferdinand Buisson se rapprocha de la libre pensée, convaincu que le protestantisme libéral trouverait dans ses rangs des partenaires et des proches, de nombreux protestants s’en émurent. Ferdinand Buisson rédigea donc une brochure, que Charles Wagner devait éditer dans Le Protestant sous forme de feuilleton. La taille en étant importante, cela devint un livre, comprenant la réponse de Charles Wagner aux quatre “lettres” de Buisson. Peu après, les deux hommes se retrouvèrent pour un échange, cette fois en direct, autour des Droits de l’Homme, dans le cadre de l’“Union de Libres penseurs et de Libres croyants pour la Culture morale”, fondée par Buisson et dont Wagner était le Président d’honneur ".


- La Religion, la Morale et la Science. Leur conflit dans l’éducation contemporaine. Présentation de l’éditeur : Des “religions du passé” à “l’irréligion de l’avenir” : “Est religieux tout acte qui élève l’homme vers un idéal inaccessible sans doute, mais si beau, si grand, et d’autre part si attrayant et si impérieux qu’il se sent obligé de le poursuivre. […] Croire en Dieu, ce n’est pas croire que Dieu est, c’est vouloir qu’il soit.”. Ces quelques lignes de Ferdinand Buisson indiquent bien la perspective de l’ouvrage : participer à l’élaboration d’une religion toute spirituelle, profondément laïque, sans dogme ni miracle, sans prêtre ni autel, une religion toute humaine - diront certains - , mais où le grand acteur de la laïcité française trouve l’essence même du religieux : l’aspiration de la personne humaine à aller au-delà d’elle-même. […] Le livre, en tant que tel, est de nature à apporter beaucoup dans la construction de cette “spiritualité laïque” dont nombre d’entre nous rêvent encore, et qui pourrait, peut-être, être une chance pour demain ".


Ferdinand-Buisson-.jpg 2 - Et dans la collection « Sources laïques », sous la direction de Ferdinand Buisson - Nouveau Dictionnaire de Pédagogie et d’Instruction primaire – La Bible des hussards noirs. A paraître. Présentation par l’éditeur : ce véritable Manuel de l’instituteur républicain, publié en 1911, coordonné par James Guillaume et dirigé par Fernand Buisson, n’avait jamais été réédité. Par bien des aspects, à l’heure où les débats relatifs à l’école reviennent au premier plan, ce Dictionnaire est d’une étonnante actualité ; sa réédition nous est apparue d’utilité publique. Dans notre réédition, il représentera 12 volumes de 500 pages, dont le 6e sera bientôt chez l’imprimeur. L’ensemble devrait être disponible en juin 2012. Ce dictionnaire fut surnommé « la Bible des hussards noirs de la République française » .


b) sur Ferdinand Buisson :


Wikipedia, article à son nom (lien)
Martine Brunet, " L'unité d'une vie ", dans « Ferdinand Buisson, Souvenirs et autres écrits », Théolib (collection Libres pensées protestantes), 2011, p. 119-170.
H. Meylan, «Les débuts de Ferdinand Buisson à Neuchâtel», dans MN (ndlr - sans doute une revue suisse ?), 1973, 100-113
J.-M. Mayeur, « La foi laïque de P. Buisson », dans Libre Pensée et Religion Laïque en France, 1980, 247-257
André Encrevé (sous la direction de), Les protestants, Dictionnaire du monde religieux, éd. Beauchesne, publié avec le concours du CNRS, Paris, 1993 (lien)
James Guillaume, L’Internationale, 1905, pp. 122-124 (lien)

à suivre ...

Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 17:07
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : sur le protestantisme libéral - Communauté : Religions en toute liberté

npb logo Au sein du protestantisme hollandais, d’héritage calviniste, le courant libéral se manifeste de plus en plus à partir de 1864 sous l’impulsion de Cornelis Willem Opzoomer, de Cornelis Petrus Tiele et d'autres. Une association, la Vrijzinnige (libéral) Geloofsgemeenschap (communauté de foi) est fondée en 1870. Elle sera ensuite plus connue sous les initiales NPB : La Nederlandse protestanten Bond (Bond = Union).

 

le logo du NPB


Pour ces protestants, la Bible n’est plus vue comme la Parole de Dieu dans un sens littéral, mais plutôt comme un document qui témoigne de l'amour de Dieu ; par ailleurs, le savoir scientifique moderne et la rationalité entrent dans le cadre de la foi. De nos jours, ce courant s’est élargi à l’humanisme religieux, lequel va au-delà du seul christianisme.


La NPB, en tant qu’association, réunit des fidèles qui veulent leur propres églises afin de mieux préparer une Eglise chrétienne d’avenir et qui sont donc dissidents (le mouvement compte quelques 70 «départements »), mais aussi d’autres qui sont restés au sein de l’Eglise réformée hollandaise. Aujourd’hui le NPB est en collaboration étroite avec d’autres Eglises dénominations libérales comme les Arminiens, les Remonstrants et les Mennonites. Ceci fait que le NPB est resté dénominationnellement une « Union » et non pas une « Eglise » (en néerlandais, Kerk), bien qu’elle dispose de ses propres églises et secteurs. La traduction en anglais maintient cette idée de ralliement transversal aux Eglises en parlant de « communauté de foi libérale » : Liberal Faith Community (NPB). Bien joué sur les deux tableaux ! Mais, par contre coup, l'Eglise réformée (la Protestantse Kerk in Nederland), délestée de ses éléments libéraux, s'avère beaucoup moins libérale que peut l'être par exemple la même Eglise en France (l'ERF).

 

npb_schiedam.jpg npb_eglise_a_Weesp.jpg


Les églises les plus célèbres de ce courant sont celles de Schiedam (photo de gauche), fondée par François Haverschmidt , prédicateur et chef de file des libéraux, et qui fut consacrée en 1909, et de Weesp (photo de droite) laquelle fut donnée aux libéraux en 1940.


La Commission centrale pour le protestantisme libéral du NPB a contribué à la traduction de la Bible de Leiden (1914) et à la création de la radio VPRO en 1926 (qui est devenue depuis une importante radio-télévision).


Source : Wikipedia, article en néerlandais ( lien). 

 

Lors de la conférence internationale organisée du 7 au 12 février 2012 aux Philippines par l'International Council of Unitarians and Universalists (ICUU), la NPB vient d'être reconnue membre à part entière (lien).

à suivre

Vendredi 10 février 2012 5 10 /02 /Fév /2012 12:57
- Par Jean-Claude Barbier - Publié dans : sur le protestantisme libéral - Communauté : Religions en toute liberté

Michel-Jas-2011.jpg"DEUX DIEUX ? CHEZ DEUX MONOD" par Michel Jas, pasteur de l’Eglise réformée de France (ERF), à paraître comme article à la Une dans le bulletin du mois d’avril 2012 de la Correspondance unitarienne, n° 114.


Cette courte réflexion croisant les parcours et sensibilités théologiques chez deux pasteurs de la famille Monod au tournant des siècles, il y a cent ans, permet d’évoquer le dialogue science et foi chez l’un, bien avant que l’on parle de l’Intelligent Design ou de la théologie du Process, et chez l’autre, de la foi comme protestation et contestation du réel avec des accents qui n’auraient pas fait rougir les cathares.


J’aime les théologies démodées. Deux vieux livres m’accompagnent depuis plusieurs dizaines d’années. L’un de spiritualité révolutionnaire derrière un langage prêché, piétiste et fleuri, l’autre, plus systématique, mais inclassable par la variété des champs interrogés et un peu démodé aussi.

 

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Celui de Wilfred Monod, en avance sur les essais, tant catholiques d’ouvertures d’inspiration jésuite et très Vatican II (Zundel, Varillon, Varone, Bessière), que protestants de tendance freudienne ou bultmanienne (L. Basset, J.-D. Causse, Bourguet) refusant la toute puissance de Dieu, brille par sa virulence et clarté. Remanié de 1906 à 1923, le volume comprend des textes prononcés, pour les uns, devant des libres penseurs sensibles aux luttes sociales et pour les autres devant des protestants libristes préoccupés par l’évangélisation, Aux croyants et aux Athées devint pour moi un message libérateur face au problème du Mal parce que répondant de façon cohérente et courageuse au fameux dilemme attribué à Epicure : Ou Dieu peut supprimer les maux mais ne le veut pas ou au contraire, etc. Peu de pasteurs libéraux avaient découvert cette dualité (l’Evangile change notre vision de Dieu) avant Wilfred Monod.


L’autre Monod : Victor cite, uniquement dans un premier ouvrage en 1910 et en note, l’étude de son cousin aîné de 15 ans.


Plus théorique d’accès, son ouvrage de 1933 :  Dieu dans l’Univers, Essai sur l’action exercée sur la pensée chrétienne par les grands systèmes cosmologiques depuis Aristote jusqu’à nos jours, jamais réédité, cité seulement par le dogmaticien libéral de Genève Auguste Lemaitre, ne m’a, non plus, jamais quitté. Victor Monod est le premier protestant francophone à citer le grand mathématicien Whitehead, père de la théologie du Process. Et ceci avant la montée des orthodoxies du XXe siècle accueillies d’abord positivement, comme mettant fin à une sorte de relativisme subjectiviste de la foi. Orthodoxies protestantes, calvinienne puis barthienne, ensuite contestées par les deux Monod (de façon virulente par Victor dans la Revue du christianisme social).


« Un livre substantiel et passionnant » reconnaissait Wilfred. Peut être que Dieu dans l’Univers signifiait un compromis entre la vision militante d’un Dieu du « monde nouveau à construire », que lui, Wilfred, fondateur d’un christianisme politique-utopique prêchait, et le Dieu plus théorique « de nos pères », redevenu un peu plus créateur avec les préoccupations calvinistes puis barthiennes du début du XXe siècle, mais sans doute moins « souverain » et autoritaire que chez Calvin ( ?). Sans doute y discernait-il quelques réponses possibles ou souhaits de réactions que ses contemporains protestants francophones, à l’époque, désiraient à ses géniales outrances.

 

Wilfred, n’avait pas craint de distinguer le Dieu-Ancien du Nouveau (« nul ne s’est montré moins panthéiste que Jésus ; je nie Dieu, j’affirme le Père ; le chrétien n’est pas tenu de déifier la nature » ! ). Visionnaire, il était arrivé, par un mélange de motivation mystique et un désir d’incarner sa prédication, à de très risquées hypothèses franchement dualistes. Le grand historien du catharisme Jean Duvernoy me disait à Toulouse, quand je lui fis lire du Wilfred Monod, n’avoir rien lu d’aussi dualiste depuis le Livre des deux principes des cathares italiens ! Sur la route de Wilfred Monod, président d’une Eglise unie, pasteur, actif dans les œuvres sociales et professeur de théologie, il y eut l’influence du Marcion de Harnack, ce qui fut quand même extrême ! Certains de ses collègues ou fidèles dans le protestantisme français ont dû, à cette époque, chercher, plus ou moins directement, à tempérer cette voie exagérément tranchée ; car Wilfred n’était pas un marginal dans le protestantisme français (il dirigeait des revues, motivait les Synodes, présidait le conseil national d’une Eglise réformée regroupant les composantes évangéliques et libérales).


Les protestants de l’époque se partageaient entre d’un côté les piétistes calvinistes ou méthodistes de moins en moins naïvement créationnistes (beaucoup moins que les evangelicals actuels), grâce aux influences de Franz Leenhardt puis de Henri Bois à la Faculté de Montauban-Montpellier, et de l’autre côté les libéraux du Midi généralement spinozistes ou du moins rousseauistes et unitariens. Wilfred Monod cassait les aprioris de ces deux milieux par son fidéisme confessant, futuriste et social.


Peut être que, plus consensuel, Victor était tiraillé par le doute : « qui pourrait douter que le système de Copernic n’ait contribué à affaiblir la foi des chrétiens en une vie future et compromis gravement l’image traditionnelle du séjour des élus ? ».

 

Certaines pages de Victor annoncent celles des théologiens de la mort de Dieu, trente ans plus tard.


Dieu chancelant, à l’époque de Laplace, ou redevenu crédible, avec la philosophie de Bergson, ne doit pas être « excommunié de l’Univers » selon la formule de Wilfred. C’est dans l’univers, dans la chose du réel, que Victor veut replacer le possible Mystère. Mais non sans tension : Dieu exprime un impératif et une contestation morale, un devenir qui focalise une protestation.


Victor Monod tout autant que son cousin est conscient du dilemme mais à la différence de celui-là, ne s’arrête pas à l’antinomie. Wilfred Monod, qui pourtant correspondit avec Bergson, reproche à son cousin de confondre l’Esprit du Père avec « l’élan vital » qui reste, pour lui, celui de la jungle.


Le Dieu chrétien est né au confluent de deux pensées distinctes et s’est enrichi de leur fusion ; le Dieu éthique issu de la tradition juive et chrétienne, et le Dieu physique, issu de la tradition grecque qui répond au principe d’explication nécessaire au premier courant. Pour Victor, les deux chemins pour arriver jusqu’à Dieu ne sont pas deux temps dans la Révélation, Dieu sauveur et Dieu créateur, mais deux expériences humaines, toutes deux nécessaires. La crédibilité du discours chrétien demande la superposition des deux méthodes : le salut et la science. Victor annonce : « nous apercevons un seul et même Dieu dans la conscience et la nature ». Wilfred répond : « je n’aurais pas écrit le problème du Bien si je pouvais accepter cet aphorisme » !


Annette-Monod-infirmiere-du-Val-D-Hiv---photo-du-film-film.jpg Et pourtant Victor et Wilfred se ressemblent : piétistes issus du Réveil tout les deux, mais rejoignant la gauche théologique (Victor Monod est nommé à la faculté de Strasbourg pour être le porteur de cet humanisme là, francophile, internationaliste et pacifiste, mort trop jeune il n’eut pas à se déterminer contre Hitler ; il l’aurait fait sans doute comme sa nièce infirmière au Vél d’Hiv) ; leurs problématiques symétriques divergent en apparence. Dans les chaires, les sacristies, les lieux de prière ou d’action sociales, les deux Monod étaient-ils « du monde » selon Jean 17/16 ? Wilfred est déconstructiviste, Victor cherche, lui, un système conceptuel apologétique. Victor explique la spatialisation naturelle de Dieu puis son impossibilité à l’époque moderne et le repli stratégique de Pascal et de Kant, dans le contexte de leur époque, comme nécessaire. Le débat est tout autant cosmologique que théologique : il convient d’après lui, qui écrit en 1933, de tenir compte des découvertes de Planck et d’Einstein !

 

Annette Monod infirmière du Vél d'Hiv ; photo du film de Roselyne Bosch.

 

Mais, regrette Victor Monod, à chacune des époques, beaucoup restent dans les schémas de l’époque précédente. Au siècle des Lumières beaucoup  pensaient dans le cadre aristotélicien. Et encore aujourd’hui peu réalisent les nouveautés conceptuelles des théories ondulatoires, des quantas et de la relativité. Il est à remarquer et regretter que beaucoup restent marqués par les visions mécanistes et antispiritualistes du monde. « Dieu est à chercher dans le temps » : temps socialiste ? temps bergsonien ? Sans doute la problématique de Victor Monod serait à revisiter sur plusieurs points aujourd’hui. Victor Monod commit la maladresse de vouloir sauver Bergson contre Einstein. Ni le temps, ni la durée ne doivent rester absolus.


Ce n’est pas Victor mais Wilfred qui écrivait : « le domaine du surnaturel semble s’élargir devant la pensée contemporaine, à mesure que la matière nous apparaît toujours plus mystérieuse, toujours plus rapprochée de l’Energie invisible, inétendue, qui vibre au fond des choses. La matière semble spiritualisée ». Comme il s’intéressait à la paléontologie avec son fils Théodore, l’anti-dogmatique-toujours-curieux et l’anti-sectaire Wilfred Monod se serait sans doute intéressé à Fritjof Capra s’il avait vécu en 1975 !

Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 18:14
- Par Michel Jas - Publié dans : sur le protestantisme libéral - Communauté : Religions en toute liberté
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